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Saint Thomas


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 L’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a des personnes qui achètent un appareil sans jamais ouvrir le mode d'emploi. Et puis il y a les autres... celles qui lisent les cinquante pages avant même d'appuyer sur le bouton ! Dans la foi, nous sommes un peu pareils. Certains font facilement confiance ; d'autres ont besoin de comprendre, de vérifier, de poser des questions. Et, soyons honnêtes, il arrive que ces deux personnes cohabitent... dans le même cœur ! C'est sans doute pour cela que saint Thomas nous est si proche.

On l'appelle volontiers « Thomas l'incrédule ». C'est un peu injuste. Car si l'on relit l'Évangile, Thomas n'est pas un sceptique professionnel. C'est un homme passionné. Lorsque Jésus décide de retourner en Judée, alors que le danger est réel, c'est Thomas qui dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui. ». Voilà une belle preuve de courage !
Et lorsque Jésus annonce son départ au soir de la dernière Cène, Thomas est encore celui qui ose dire tout haut ce que les autres pensent tout bas : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous connaître le chemin ? ». Thomas n'est pas un homme qui refuse de croire. Il refuse de faire semblant de croire. C'est très différent.

Huit jours après Pâques, Jésus revient. Remarquez qu'il ne fait aucun reproche à Thomas. Il ne lui dit pas : « Tu aurais dû avoir honte ! » Il rejoint simplement son disciple là où il en est. Il connaît ses blessures, ses questions, son besoin d'être rassuré. Et c'est alors que Thomas prononce la plus belle profession de foi de tout l'évangile de Jean : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il est le premier à appeler Jésus ainsi. Comme souvent dans l'Évangile, celui que l'on croyait le plus en retard devient celui qui va le plus loin.

Le pape François disait un jour : « La foi n'est pas une lumière qui dissipe toutes nos ténèbres, mais une lampe qui guide nos pas dans la nuit. » Thomas découvre justement cela. La foi ne supprime pas toutes les questions. Elle permet de continuer à avancer avec le Christ, même lorsque tout n'est pas clair.

Dans la première lecture, saint Paul nous offre une autre image : celle de la construction. Nous sommes « des pierres vivantes », édifiées sur le fondement des Apôtres, avec le Christ comme pierre angulaire. Une pierre toute seule ne construit pas une maison. Thomas aurait pu rester enfermé dans ses interrogations, à l'écart des autres disciples. Or c'est au milieu de la communauté qu'il rencontre le Ressuscité. Voilà peut-être un message important pour notre époque. Beaucoup disent : « Je crois, mais je n'ai pas besoin de l'Église. » Or Thomas nous montre le contraire. C'est en revenant parmi les autres qu'il rencontre le Seigneur. Personne ne croit tout seul. Nous recevons la foi les uns des autres. Nous nous soutenons mutuellement lorsque la confiance vacille.

Et puis il y a cette dernière parole de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Attention : Jésus ne fait pas l'éloge de la crédulité. Croire sans voir, ce n'est pas croire sans réfléchir. C'est accepter que l'amour, la confiance et l'espérance ouvrent un chemin là où nos seules preuves ne suffisent plus. Bernanos écrivait dans une de ses pages les plus lumineuses : « L'espérance est un risque à courir. » La foi aussi est un risque. Le risque de faire confiance à Quelqu'un avant de tout comprendre. Le risque de laisser le Christ entrer jusque dans nos questions. Le risque de croire que sa présence est plus réelle que nos peurs.

Aujourd'hui, en fêtant saint Thomas, demandons non pas de n'avoir plus aucun doute, mais de ne jamais laisser nos doutes avoir le dernier mot. Et si un jour nous ne trouvons plus les mots pour prier, qu'il nous reste au moins ceux de l'apôtre : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il n'y a peut-être pas de plus belle prière.

Seigneur Jésus, toi, la Pierre angulaire sur laquelle s'élève ton Église, affermis la foi de ton peuple. Que les pasteurs, les consacrés et tous les baptisés deviennent des pierres vivantes, ajustées les unes aux autres par la force de ton Esprit. 

Seigneur Jésus, toi qui t'es tenu au milieu de tes disciples en leur offrant la paix, visite les peuples meurtris par la guerre, la violence ou la division. Fais tomber les murs de la haine et ouvre des chemins de réconciliation.

Seigneur Jésus, toi qui n'as pas fermé la porte à Thomas lorsqu'il cherchait à comprendre, viens à la rencontre de ceux qui traversent la nuit du doute, de l'épreuve ou du silence de Dieu. Que ta lumière éclaire leurs pas et que ta présence rallume leur espérance. 

Seigneur Jésus, toi qui portes à jamais les blessures de ta Passion, soutiens les malades, les personnes éprouvées et tous ceux dont le cœur est marqué par des blessures invisibles. Que tes plaies glorieuses deviennent pour eux une source de consolation et de vie. 

Seigneur Jésus, toi qui nous rassembles aujourd'hui autour de ta table, fais grandir notre communauté dans une foi humble et joyeuse. Que nos mains ouvertes, nos paroles fraternelles et nos gestes de charité permettent à ceux que nous rencontrons de reconnaître, eux aussi, ta présence vivante.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, je prendrai le temps de répéter plusieurs fois, lentement, comme une prière du cœur, la profession de foi de saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

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