Saint Bernard
Il y a des invitations qui font plaisir… et d’autres qui commencent par nous mettre un peu la pression. Quand on reçoit une invitation à un mariage, par exemple, il y a immédiatement une question très concrète : « Qu’est-ce que je vais mettre ? » Et voilà que Jésus nous parle aujourd’hui d’un mariage, d’une invitation… et même d’un vêtement de noces. Mais ne nous précipitons pas chez le tailleur : Jésus ne nous demande pas d’être élégants pour entrer dans le Royaume ! Il nous demande quelque chose de beaucoup plus profond : être revêtus d’un cœur nouveau.
Dans la parabole, le roi prépare un festin pour les noces de son fils. Tout est prêt. La table est dressée. Le vin est servi. Les invités ont été prévenus. Et pourtant, ils refusent de venir. Certains préfèrent leurs affaires. D’autres sont tellement occupés qu’ils ne voient même plus l’extraordinaire qui leur est offert. Dieu nous invite à la joie, à la vie, à la rencontre… et nous répondons : « Oui, oui… mais pas maintenant. » Nous avons toujours quelque chose de plus urgent. Et pourtant, le roi ne renonce pas. Puisque les premiers invités refusent, il fait venir tout le monde : voilà déjà une première bonne nouvelle. Le Royaume n’est pas la récompense des gens parfaits. La salle est remplie de gens qui n’avaient rien demandé, qui n’avaient probablement aucun mérite particulier. Ils sont là parce qu’ils ont accepté l’invitation.
Mais alors, pourquoi cet homme sans vêtement de noces est-il expulsé ? Cette petite phrase peut nous sembler brutale. Peut-être parce que Jésus veut nous rappeler que recevoir une invitation ne suffit pas. On peut être dans la salle sans être réellement entré dans la fête. On peut être baptisé, pratiquant, habitué à la liturgie, connaître les prières… et avoir toujours le cœur fermé. Le vêtement de noces n'est donc probablement pas un vêtement que l'on achète. C'est le vêtement d'une vie transformée par l'amour. Saint Bernard, dont nous faisons mémoire aujourd'hui, a beaucoup médité sur cette transformation intérieure. Dans son Traité de l'amour de Dieu, il écrit : « La mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure » : laisser l'amour de Dieu devenir peu à peu la mesure de notre manière de vivre. Et Ézéchiel nous donne la clé : « Je mettrai en vous un cœur nouveau. » Remarquez que Dieu ne dit pas : « Faites-vous vous-mêmes un cœur nouveau. » Il dit : « Je vous donnerai. » C'est peut-être l'une des choses les plus difficiles pour nous : accepter de recevoir. Nous aimerions tellement « nous fabriquer » nous-mêmes Et Dieu nous dit : « Laisse-moi te donner un cœur nouveau. » Alors peut-être que la question de ce matin n'est pas : « Suis-je suffisamment bon pour être invité ? » La réponse est déjà donnée : nous sommes invités. Aujourd'hui, Dieu nous invite encore. La table est prête. Le pain est là. Le vin est là. Et peut-être que le vêtement de noces que nous cherchons n'est pas dans notre armoire. Il est dans nos cœurs. C'est l'amour que nous accepterons de recevoir et que nous laisserons ensuite passer à travers nous. Alors, entrons dans la fête. Amen. Pour ton Église, invitée aux noces de l'Agneau : qu'elle garde ouvertes ses portes et que nul ne s'y sente étranger ; qu'elle soit pour le monde une table dressée et une source ouverte.
Pour ceux qui ont perdu le goût de la fête, pour les cœurs fatigués, blessés ou solitaires : que ton invitation rejoigne leur nuit et fasse lever en eux une lumière nouvelle.
Pour ceux qui vivent dans la pauvreté, la guerre ou l'exil : que les puissants ouvrent leurs tables, que les portes s'élargissent et que nul enfant de Dieu ne soit privé du pain de la dignité.
Pour ceux dont le cœur s'est endurci : dépose en eux ton Esprit, ôte leur cœur de pierre et donne-leur un cœur de chair.
Pour notre communauté : que nous ne soyons pas seulement des invités présents dans ta maison, mais des convives transformés par ta joie, capables à notre tour d'inviter et de partager.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...Aujourd'hui, je vous proposerais de faire quelque chose qui corresponde très concrètement au « vêtement de noces » : inviter quelqu'un à votre table — au sens propre ou au sens symbolique. Un café, un repas, un appel, une visite à quelqu'un qui est seul, une attention à une personne que vous côtoyez sans vraiment la voir.

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