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Saint Pie X

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !
 En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

Il y a des maisons où, lorsqu’on entre, on sent immédiatement que quelqu’un habite encore là. Et puis il y a ces maisons abandonnées depuis longtemps : tout est encore en place, mais quelque chose manque. La vie. C’est un peu le spectacle que Dieu fait voir à Ézéchiel : une vallée immense, couverte d’ossements desséchés. Et Dieu lui demande : « Ces ossements peuvent-ils revivre ? » Ézéchiel pourrait répondre : « Seigneur, soyons sérieux ! » Il dit simplement : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais. » 

Nous connaissons, nous aussi, des vallées d’ossements. Une relation qui s’est desséchée. Une famille qui ne se parle plus. Une confiance qui s’est brisée. Une espérance qui s’est éteinte. Et parfois, à l’intérieur de nous-mêmes, quelque chose qui ne chante plus. Alors Dieu dit : « Je vais faire entrer en vous mon esprit, et vous vivrez. » Le mot biblique ruah signifie à la fois le souffle, le vent et l’Esprit. Dieu ne vient pas simplement réparer quelques os : il vient redonner un souffle.

Et voilà que l’Évangile nous révèle quel est ce souffle : l’amour. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et ton prochain comme toi-même. » Les deux commandements n’en font en réalité qu’un. Car aimer Dieu sans laisser cet amour atteindre nos frères serait une illusion. Et aimer vraiment son prochain, c’est découvrir en lui quelqu’un qui appartient à Dieu. Benoît XVI écrivait dans Deus caritas est : « L’amour est une lumière — en définitive, la seule — qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans lequel nous vivons. »

Nous faisons aujourd’hui mémoire de saint Pie X. Il avait notamment à cœur que la foi soit réellement nourrie par la Parole et l’Eucharistie. Car une foi qui ne nourrit plus la vie finit, elle aussi, par se dessécher.
Alors la question de ce matin est peut-être toute simple : Qu’est-ce qui, en moi, a besoin du souffle de Dieu ? Nous pouvons avoir de beaux principes, prier, venir à la messe… et garder quelques petits cimetières dans le cœur : des personnes que nous avons définitivement condamnées, des blessures devenues des murs. Aujourd’hui, Dieu nous dit : « Je vais faire entrer en vous mon souffle, et vous vivrez. »

Le miracle ne sera peut-être pas de retrouver ce qui était autrefois, mais de recevoir un cœur nouveau pour regarder autrement ce qui est là aujourd’hui. Laissons donc entrer le souffle. Et là où l’amour recommence à circuler, la vie n’est jamais très loin.

Pour ton Église : que ton Esprit souffle sur elle comme le vent sur la vallée des ossements, qu'il relève ce qui est abattu et fasse surgir une espérance nouvelle.

Pour les peuples qui vivent dans les vallées de la mort : pour les victimes des guerres, de la violence et de la faim, que ton souffle de paix traverse les frontières et que les artisans de justice ne se lassent jamais de semer.

Pour ceux dont le cœur s’est desséché : ceux qui n’espèrent plus, ceux qui ne savent plus aimer, ceux qui portent en silence une blessure ancienne : que ta source recommence à couler en eux.

Pour ceux qui ont été séparés de leurs proches : que ton Esprit ouvre des chemins de réconciliation là où nous ne voyons plus que des ruines, et fasse naître, dans les cœurs, des paroles capables de renouer les liens.

Pour notre communauté : que l'amour de Dieu ne demeure pas seulement sur nos lèvres et dans nos prières, mais qu'il passe dans nos mains, dans nos regards et dans nos gestes.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, je nous proposerais un geste très précis : reprendre contact avec une personne dont nous nous sommes éloignés. Pas nécessairement pour régler le conflit ni pour tout recommencer. Simplement un message, un appel, une parole : « Je pense à toi. Je voulais simplement prendre de tes nouvelles. »

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