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Lundi de la Semaine Sainte

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu’il avait réveillé d’entre les morts. On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était parmi les convives avec Jésus.
Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu’il avait réveillé d’entre les morts. Les grands prêtres décidèrent alors de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient, et croyaient en Jésus.

Il y a, dans l’Évangile de ce jour, comme une scène suspendue… une de ces scènes qui semblent simples, et qui pourtant ouvrent un abîme de lumière. Une maison. Une table. Des amis réunis. Rien d’extraordinaire, en apparence. Jésus rend visite à ceux qu’il aime.
Comme nous irons, peut-être, frapper à une porte amie aux jours de Pâques, avec un peu de joie dans les mains et du printemps dans le cœur.

Et puis… sans prévenir… un geste. Marie s’approche. Elle tient entre ses mains un parfum précieux, quelque chose de rare, de fragile, presque démesuré. Et elle le verse. Sans compter. Sans retenir. Sur les pieds de Jésus. Alors une voix s’élève. Une voix bien rangée, bien organisée, presque raisonnable : « Quel gaspillage ! » Merci Judas. Il fallait bien quelqu’un pour remettre un peu d’ordre dans cette poésie… Et si nous sommes honnêtes… nous sommes un peu de son côté. Parce que nous aussi, nous aimons comprendre, mesurer, rentabiliser. À quoi bon ? Est-ce utile ? Est-ce raisonnable ? Nous avons appris à faire des comptes… même avec la bonté. Comme si l’amour devait entrer dans un tableau Excel du salut. On entend presque résonner une chanson de Jacques Brel : « J’vous ai apporté des bonbons… parce que les fleurs, ça est périssable… » Et quelqu’un disait un jour à Mère Teresa : « Si vous priiez un peu moins, vous aideriez plus de monde… » Logique impeccable. Mais logique humaine. Car Jésus ne regarde pas ainsi. Là où Judas voit une perte, Jésus voit une offrande. Là où Judas voit un parfum gaspillé, Jésus reconnaît un cœur qui se donne. Et Augustin murmure : « Le parfum répandu, c’est la bonne odeur de la foi qui remplit le monde. »

Et l’Évangile ajoute, presque en passant, ce détail merveilleux : « La maison fut remplie de l’odeur du parfum. » Le geste était discret. Silencieux. Presque caché. Et pourtant… il envahit tout. C’est peut-être cela, la manière de Dieu. Un geste d’amour ne reste jamais enfermé. Il voyage. Il respire. Il touche des vies que nous ne verrons jamais.
Comme Thérèse de Lisieux qui, épuisée, marchait dans un cloître pour soutenir, sans le voir, un missionnaire au bout du monde.
Et pendant que le parfum se répand… le temps, lui, s’approche de la croix. La Semaine Sainte avance en silence. Et Marie, sans le savoir, entre déjà dans ce mystère. Elle verse le parfum… comme Jésus donnera sa vie. Sans mesure. Sans calcul. Sans retour attendu. Alors résonne la parole du prophète : « Il ne brisera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit. » Dieu ne force pas. Dieu ne presse pas. Dieu ne crie pas. Il approche avec douceur.
Et cela nous rejoint profondément. Parce que nous savons bien que nous sommes parfois… un peu froissés, un peu fatigués, un peu fragiles. Et Dieu ne dit pas : « Reviens quand tu seras impeccable. » Heureusement… sinon nos agendas resteraient désespérément vides. Non. Il vient. Il s’approche. Il relève. Il accueille.
Et pendant que nous nous demandons si nous en faisons assez, si nous faisons bien, si nous faisons comme il faut… Dieu regarde ailleurs. Il regarde un geste gratuit. Un geste un peu fou. Un geste inutile… donc essentiel. Un geste qui ne sert à rien… sinon à aimer.

Alors peut-être que la Semaine Sainte commence là. Pas dans des exploits. Pas dans des performances spirituelles olympiques. Mais dans quelque chose de très simple : un geste d’amour sans calcul, un parfum versé sans retenue, une présence offerte sans condition.
Comme le dit Grégoire le Grand : « La bonne odeur se répand quand les bonnes œuvres sont connues. » Alors aujourd’hui… ne cherchons pas à faire grand. Cherchons à faire vrai. Un geste. Un regard. Une parole. Quelque chose qui ne changera peut-être pas le monde… mais qui remplira, doucement, la maison. Et peut-être qu’un jour, en regardant en arrière, nous sourirons… en découvrant que ce que nous pensions dérisoire était devenu lumière. Que ce que nous croyions inutile était devenu présence. Que ce que nous pensions perdu était devenu… parfum. Car avec Dieu, rien de ce qui est donné par amour n’est jamais perdu.

Rien. Tout devient… parfum. 

Belle et douce Semaine Sainte.

Dieu de douceur et de fidélité, toi qui ne brises pas le roseau froissé, toi qui répands sur nos vies le parfum de ta présence, toi qui fais grandir la lumière au cœur de nos nuits, écoute la prière de ton peuple.

Pour ton Église, appelée à suivre ton Fils sur le chemin de la Passion, qu’elle apprenne la douceur du Serviteur, qu’elle ne juge pas mais relève, et qu’elle répande dans le monde la bonne odeur de ton Évangile. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où la violence, la peur et l’injustice blessent les cœurs, fais surgir des gestes de paix, des paroles de consolation, et des chemins de réconciliation. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui sont fragiles, les cœurs fatigués, les vies blessées, les espérances abîmées, viens les relever avec douceur, et fais grandir en eux la lumière de ta présence. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui donnent sans compter, ceux qui aiment dans le silence, ceux dont les gestes semblent invisibles, que leur vie devienne un parfum qui réjouit le monde sans bruit. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, apprends-nous à aimer sans calcul, à donner sans mesurer et à marcher avec ton Fils dans la confiance et la paix. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Faire aujourd’hui un geste gratuit, sans attente de retour. Par exemple : un service discret, un mot d’encouragement, un acte de générosité caché. « Aujourd’hui, je répands un peu de parfum dans la maison du monde »



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