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Mercredi de la Semaine Sainte

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez untel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” » Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Prenant la parole, il dit : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! »

Lundi, la maison des amis de Jésus était remplie d’un parfum… un parfum de nard, de tendresse, de gratuité — un parfum qui montait doucement, comme une prière sans paroles. Aujourd’hui… le parfum a changé. Il est plus âpre, presque métallique. Un parfum de tension, de silence un peu lourd… et, disons-le, un parfum de pièces d’argent qui s’entrechoquent au fond d’une bourse. Tout commence pourtant simplement, presque comme une conversation ordinaire : « Que voulez-vous me donner si je vous le livre ? » Question banale… et vertigineuse. On pourrait presque imaginer Judas, penché sur son époque comme sur un écran lumineux : “Transaction en cours… Messie à livrer… paiement validé.” Et le prix tombe. Sec. Net. Sans poésie : trente pièces d’argent. Trente. Pas un trésor. Pas même une somme impressionnante. Trente… le prix d’un esclave. Le prix de quelqu’un, qui n’est pas grand-chose, qu’on estime remplaçable. Pas très glorieux pour le Fils de Dieu. Alors bien sûr, on pourrait juger Judas… cela nous arrangerait presque. Mais si l’on s’arrête un instant… la question devient un peu plus inconfortable, un peu plus proche : Combien de fois avons-nous, nous aussi, mis un prix sur l’essentiel ? Pas avec des pièces, peut-être…mais avec des compromis. Un peu de tranquillité. Un peu d’image. Un peu de confort. Rien de spectaculaire. Juste ces petits marchés intérieurs où l’on vend sans trop s’en rendre compte ce qui n’a pas de prix. Rassurez-vous… il ne s’agit pas de culpabiliser. L’Évangile n’est pas un tribunal. C’est une lumière. Et cette lumière nous dit quelque chose de bouleversant : Dieu connaît le prix que nous mettons sur les choses… mais lui, ne met jamais de prix sur nous.

Et au cœur de tout cela, une parole d’Isaïe, douce comme une présence : « Il est proche, Celui qui me justifie. » Proche. Pas perché dans un ciel inaccessible. Pas distant comme une idée abstraite. Proche. Même quand tout devient flou, même quand les choix dérapent, même quand la fidélité tremble comme une flamme au vent… Dieu ne s’éloigne pas. C’est presque déroutant. On s’attendrait à ce qu’il prenne un peu de recul, qu’il dise : “On en reparlera plus tard…” Mais non. Il reste. Là. Fidèle. Comme le murmure si profondément Augustin d'Hippone : « Dieu est plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes. » Autrement dit : même quand nous nous égarons… lui ne nous perd pas.

Et puis il y a ce psaume, presque brûlant, presque dérangeant : « L’amour de ta maison m’a perdu. » Phrase étrange… on pourrait presque sourire et dire : “Seigneur… ton amour, c’est risqué !” Oui… risqué pour nos calculs. Dangereux pour nos équilibres bien rangés. Parce que l’amour de Dieu ne connaît pas les “trente pièces”. Il ne sait pas négocier. Il aime… jusqu’au bout, sans mesure, sans retenue. Et parfois… cela nous dépasse.

Et puis revient cette scène du repas. Un moment simple. Presque tendre. Le pain circule. Les regards se croisent. Et soudain, cette parole : « L’un de vous va me livrer. » Silence. Et au lieu d’accuser, au lieu de désigner, chacun se tourne vers lui-même : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Pas une enquête. Pas un jugement. Une question. Fragile. Humble. Vraie. Un doute dans le cœur de chacun de ses amis … Peut-être la plus belle prière de ce jour. Trente pièces d’argent… un prix dérisoire. Le prix d’un esclave. Le prix d’un oubli.  Et pourtant… avec ces mêmes pièces, au cœur même de cette nuit, Jésus va écrire la plus grande histoire d’amour. Comme s’il murmurait, doucement : « Même ce que vous bradez… je peux en faire un lieu de salut. » Alors non… rien n’est perdu. Car entre les mains de Dieu, même nos erreurs, même nos fractures, même nos trente pièces d’argent… peuvent devenir le premier frémissement de la résurrection. Quelle tristesse, Judas, que tu ne l’as pas compris … 

Dieu fidèle, toi qui connais le poids invisible de chaque existence, toi qui lis dans le secret des cœurs ce que nul ne voit, toi qui demeures lorsque tout vacille et que les appuis se dérobent, toi dont l’amour brûle plus fort que toutes nos trahisons, comme un feu que rien n’éteint, écoute la prière qui monte de ton peuple.

Pour ton Église, en marche à la suite de ton Fils sur le chemin du don, qu’elle apprenne la démesure de ton amour, qu’elle ne calcule pas, qu’elle ne retienne pas, mais qu’elle se livre avec confiance, même dans l’épreuve, et qu’elle devienne, au cœur du monde, un signe humble et lumineux de la gratuité de ta miséricorde. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où l’homme est oublié, marchandé, diminué, là où des vies deviennent des nombres, des visages effacés dans l’indifférence, viens réveiller la mémoire de leur dignité,
et rappelle à tous le prix infini de chaque être humain, façonné à ton image et aimé sans mesure. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui se croient sans valeur, ceux qui marchent dans l’ombre du doute, ceux qui portent en eux le poids du mépris ou de l’échec, viens murmurer à leur cœur leur nom véritable, et fais-leur découvrir, dans la paix, qu’ils sont précieux à tes yeux, infiniment aimés, au-delà de toute mesure. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui traversent la nuit, ceux que l’épreuve a blessés, ceux que l’injustice a fatigués, ceux que l’incompréhension a isolés, sois pour eux une présence discrète et fidèle, une source cachée qui ne tarit pas, et donne-leur la force douce de continuer à croire et à avancer. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, apprends-nous l’amour qui ne compte pas, le regard qui ne réduit pas, le cœur qui accueille sans mesurer, et conduis-nous, pas à pas, à la suite de ton Fils, vers la lumière toujours renaissante de Pâques. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui : redonner de la valeur à une personne. Concrètement : prendre du temps pour quelqu’un, écouter vraiment, poser un regard qui relève. Se dire intérieurement : « Tu as du prix à mes yeux »


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