11ème dimanche du Temps de l'Église A
Les lectures de ce jour nous invitent à lever les yeux, à quitter un instant nos agendas, nos soucis, nos calculs et même nos téléphones portables — ce qui est parfois le plus grand miracle du dimanche — pour contempler le regard que Dieu pose sur nous. Car tout commence par un regard.
Dans le livre de l'Exode, Dieu rappelle à Israël : « Je vous ai portés sur les ailes de l'aigle et amenés jusqu'à moi. » Quelle image magnifique ! Dieu ne dit pas : « Je vous ai traînés. » Il ne dit pas : « Je vous ai poussés. » Il dit : « Je vous ai portés. »
Comme un aigle qui apprend à ses petits à voler tout en les soutenant. Avant d'être un peuple obéissant, Israël est un peuple aimé. Avant d'être une mission, il y a une élection. Avant d'être un commandement, il y a une tendresse.
Et saint Paul nous conduit encore plus loin. Il ose écrire : « Alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Voilà sans doute l'une des phrases les plus bouleversantes du Nouveau Testament. Le Christ ne nous a pas aimés parce que nous étions aimables. Il nous a aimés pour nous rendre aimables. Il ne nous a pas attendus au sommet de la montagne. Il est descendu dans notre vallée. Saint Jean Chrysostome commentait : « La preuve suprême de l'amour est d'aimer ceux qui ne le méritent pas. » C'est exactement ce que fait Dieu. Son amour n'est pas une récompense. Son amour est une source. C’est bien de le rappeler quand j’entends des personnes me dire qu’elles ne communient pas, car elles se sentent indignes. En un sens, c’est faire offense à Dieu, en refusant son cadeau. Et cet amour prend un visage dans l'Évangile.
Matthieu nous dit : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion. » Le verbe grec employé ici est très fort. Il signifie être bouleversé jusqu'au plus profond des entrailles. On dirait en langage peu théologique : il est pris aux tripes !
Jésus ne regarde pas les foules de loin. Il ne les observe pas comme une statistique. Il les porte dans son cœur. Il voit leurs blessures. Leurs fatigues. Leurs inquiétudes. Leurs recherches.
Et il les voit : « comme des brebis sans berger. » Il n’agit pas comme certains prêtres : il ne commence pas par organiser une réunion. Il ne crée pas une commission, voire une sous-commission. Il ne rédige pas un rapport. Il appelle douze disciples. Comme quoi Dieu croit davantage aux personnes qu'aux dossiers. L'Évangile est plein de cette logique. Lorsque Dieu veut sauver son peuple, il appelle Abraham. Lorsqu'il veut libérer Israël, il appelle Moïse. Lorsqu'il veut annoncer son Royaume, il appelle les Douze.
Et lorsqu'il veut toucher le cœur d'une personne aujourd'hui, il appelle souvent... quelqu'un de très ordinaire. Vous. Moi. Nous.
Le plus étonnant est que les apôtres choisis par Jésus ne sont pas précisément une équipe de rêve. Un pêcheur impulsif. Un collecteur d'impôts. Quelques hommes ordinaires de Galilée. À première vue, le service des ressources humaines du Royaume aurait peut-être demandé un second entretien ! Mais Jésus ne choisit pas les plus capables. Il rend capables ceux qu'il choisit.
Saint Augustin écrivait : « Dieu ne choisit pas des hommes déjà dignes ; il les rend dignes en les choisissant. »
Quelle espérance pour nous ! La mission chrétienne ne repose pas d'abord sur nos talents. Elle repose sur la fidélité de Dieu.
Le Bienheureux Édouard Poppe, dont la mémoire est chère à beaucoup de Belges, écrivait : « Il faut devenir des saints. Voilà l'unique chose nécessaire. » Non parce que Dieu cherche des héros, mais parce qu'il cherche des cœurs disponibles.
La moisson est abondante aujourd'hui encore. Les champs sont immenses. Ils portent les noms de solitude, de découragement, de pauvreté spirituelle, de quête de sens. Combien de personnes attendent une parole de consolation ! Combien attendent un sourire ! Combien attendent simplement quelqu'un qui les écoute ! J’ai été frappé de voir combien Léon vient de le faire dans son voyage en Espagne. Jésus ne dit pas : « Regardez comme le monde va mal. » Il dit : « La moisson est abondante. » Autrement dit : « Regardez comme Dieu travaille déjà. » Même dans les terres que nous croyons stériles. Même dans les cœurs que nous croyons fermés. Même dans les situations qui semblent désespérées.
Nous sommes portés sur les ailes de l'aigle. Nous sommes aimés alors même que nous sommes pécheurs. Nous sommes regardés avec compassion par le Bon Berger. Et nous sommes envoyés. Non pour conquérir. Non pour imposer. Mais pour transmettre ce que nous avons reçu.
François de Sales écrivait son évêque : « Une cuillerée de miel attire plus de mouches qu'un tonneau de vinaigre. »
Voilà peut-être tout le programme missionnaire de l'Évangile : porter au monde un peu de la douceur de Dieu. Amen.
répandue aux quatre vents de la terre.
Qu'elle soit la tente ouverte
où les blessés trouvent refuge,
la lampe qui demeure allumée
lorsque les nuits s'épaississent,
la source paisible
où les cœurs assoiffés viennent reprendre vie.
Que les pasteurs, les consacrés et tous les baptisés portent au monde le parfum discret de ton Évangile.
Père des miséricordes,
entends le cri qui monte
des terres déchirées par la guerre,
des villes meurtries par la violence,
des familles dispersées par l'exil et la peur.
Là où grondent les armes,
fais naître des artisans de paix ;
là où les murs s'élèvent,
ouvre des chemins de rencontre ;
là où la haine obscurcit les regards,
fais lever l'aurore de la fraternité.
Maître de la moisson,
toi dont les champs mûrissent sous le soleil de l'Esprit,
appelle encore aujourd'hui
des hommes et des femmes au cœur libre et généreux.
Que des jeunes entendent ta voix,
que des prêtres demeurent fidèles dans la joie,
que des religieux et des religieuses
rayonnent de ton amour,
et que chaque baptisé
découvre la beauté de sa mission.
Dieu de toute consolation,
regarde les malades qui traversent la nuit,
les personnes âgées dont les forces s'amenuisent,
les endeuillés qui cherchent une lumière,
les pauvres qui attendent une main fraternelle.
Approche-toi d'eux
comme le berger rejoint la brebis blessée ;
essuie leurs larmes, apaise leurs peurs
et fais refleurir l'espérance dans leurs cœurs.
Père très bon,
apprends-nous à regarder chaque personne
avec les yeux mêmes du Christ.
Délivre-nous de l'indifférence qui passe sans voir,
de la hâte qui oublie d'aimer,
de l'habitude qui empêche l'émerveillement.
Fais de nous des artisans de bonté,
des semeurs de lumière,
des témoins de la joie pascale au milieu du monde.
Père de tous les hommes,
tu connais les chemins secrets du cœur humain.
Souviens-toi de ceux qui te cherchent dans le silence,
de ceux qui doutent,
de ceux qui avancent dans le brouillard,
de ceux qui pensent t'avoir perdu.
Comme le berger
part à la recherche de la brebis éloignée,
rejoins-les sur leurs routes
et fais-leur découvrir la douceur de ta présence.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...
Regarder quelqu'un avec les yeux du Christ est déjà une manière de participer à sa moisson.

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