13ème dimanche du Temps de l'Église A
Il existe dans l'Évangile des paroles qui nous caressent dans le sens du cœur… Et puis il y en a d'autres qui nous décoiffent ! Aujourd'hui, Jésus ne prend pas de gants. « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi... » Avouons-le : ce n'est pas exactement la phrase que l'on choisirait pour illustrer un faire-part de mariage ou une carte de fête des mères ! Mais Jésus n'oppose pas les amours. Il les remet dans leur juste ordre. Car seul l'amour de Dieu donne à tous les autres leur véritable profondeur. Elle signifie : si ton cœur est vraiment habité par l'amour de Dieu, alors tout le reste trouvera sa juste place. Les trois lectures parlent d'un même mystère. Celui de l'accueil. La Sunamite accueille Élisée. Le chrétien accueille la vie nouvelle du baptême. Le disciple accueille le Christ dans les plus petits. Et chaque fois, quelque chose renaît.
Regardons d'abord cette femme de Sunam. Elle remarque un homme de Dieu qui passe régulièrement. Elle ne fait pas un grand discours. Elle ouvre sa porte. Puis son cœur. Puis elle fait construire une petite chambre. Un lit. Une table. Une lampe. Une chaise. C'est très discret. Mais quelle délicatesse ! Les Pères de l'Église ont souvent vu dans cette chambre l'image de notre cœur. Origène écrit : « Heureux celui qui prépare dans son cœur une demeure pour la Parole de Dieu. » La Sunamite ne savait pas que son hospitalité deviendrait féconde. Elle offre une chambre. Dieu lui donne un enfant. Avec Dieu, les cadeaux reviennent toujours plus grands qu'ils ne sont partis.
L'Évangile reprend exactement cette logique. « Qui vous accueille m'accueille. » Nous pensons parfois accueillir seulement une personne. En réalité, Dieu arrive souvent sous les traits d'un frère. Saint Benoît écrit dans sa Règle : « Tous les hôtes qui arrivent seront reçus comme le Christ. » Voilà pourquoi l'hospitalité est sacrée. On ne sait jamais très bien qui frappe à notre porte. Abraham croyait accueillir trois voyageurs. Il recevait Dieu lui-même. Les disciples d'Emmaüs invitent un inconnu. Ils découvrent le Ressuscité. La Sunamite héberge un prophète. Elle reçoit une promesse de vie.
Et puis vient saint Paul. Il nous rappelle une chose extraordinaire. Le baptême n'est pas seulement un souvenir. Ce n'est pas une jolie photographie dans un album familial. C'est une naissance. « Par le baptême, nous avons été mis au tombeau avec le Christ afin que nous menions une vie nouvelle. » Le chrétien est quelqu'un qui vit déjà de la Résurrection. Pas demain. Aujourd'hui. Saint Léon le Grand écrivait : « Reconnais, chrétien, ta dignité. » Nous oublions parfois cette dignité. Nous vivons comme si la peur avait le dernier mot. Comme si nos échecs définissaient notre identité. Comme si nos blessures étaient plus fortes que notre baptême. Or Paul nous dit exactement l'inverse. Vous êtes passés de la mort à la vie. Vous êtes déjà citoyens du Royaume. Alors pourquoi Jésus parle-t-il de perdre sa vie ? Parce que c'est précisément le secret du Magnificat. Marie perd ses projets... ...et reçoit le Sauveur. Les Apôtres quittent leurs filets... ...et reçoivent le monde. François d'Assise renonce à sa richesse... ...et devient immensément libre. Charles de Foucauld abandonne sa carrière... et découvre l'immense fraternité universelle. Les saints n'ont jamais perdu en donnant. Ils ont toujours reçu davantage.
Permettez-moi une petite note d'humour. Jésus termine en parlant d'un simple verre d'eau. Nous aurions peut-être imaginé qu'il dirait : « Celui qui construit une cathédrale... » « Celui qui convertit un continent... » Pas du tout. Un verre d'eau. Dieu a décidément un faible pour les petites choses. Thérèse de Lisieux avait compris cela. Elle écrivait : « Ramasser une épingle par amour peut convertir une âme. » Le Royaume de Dieu commence souvent avec très peu de choses. Un sourire. Une écoute. Une visite. Une parole. Un verre d'eau. Et Dieu fait le reste.
Aujourd'hui, les lectures nous posent une seule question. Qui habitera la chambre de notre cœur ? À qui ouvrirons-nous notre porte ? À quoi donnerons-nous la première place ?
Car lorsque le Christ devient le premier hôte de notre maison intérieure, alors tout le reste trouve enfin sa juste place. Et nous découvrons qu'en perdant un peu de nous-mêmes, nous recevons infiniment plus : la joie d'aimer, la liberté des enfants de Dieu, et cette vie nouvelle qui ne finira jamais.
Souviens-toi des nations déchirées, des terres où les armes étouffent encore le chant des moissons, des familles dispersées par l'exil, des enfants privés d'avenir. Que ton Esprit fasse lever des artisans de paix comme l'aurore succède toujours à la nuit.
Regarde ceux qui ouvrent leur maison, leur temps, leur cœur, aux plus fragiles : les parents, les éducateurs, les soignants, les bénévoles, les missionnaires et tous les artisans d'une hospitalité discrète. Qu'ils découvrent qu'en accueillant leurs frères, c'est ton Fils lui-même qu'ils reçoivent.
Souviens-toi de ceux dont le cœur est devenu une chambre obscure, fermée par le découragement, la maladie, le deuil ou la solitude. Que ta lumière entre doucement,comme la flamme d'une veilleuse qui ne s'éteint jamais.
Pour notre assemblée, afin que notre baptême demeure une source vive. Que chacun de nos gestes, même le plus humble, devienne un verre d'eau offert au nom du Christ, une semence de Royaume, une page du Magnificat écrite dans notre vie.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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