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Bienheureuse Ève de Saint-Martin

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, un scribe s’avança pour demander à Jésus : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.

Si l'on demandait aujourd'hui à cent personnes : « Quel est le résumé de toute la Bible ? » Je pense que beaucoup diraient :  les dix commandements. Jésus, lui, répond en un seul mot : 
l'amour. Voilà le cœur battant de toute la Révélation. Jésus répond au scribe : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. » Puis il ajoute : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Deux commandements. Mais en réalité une seule respiration. Car on ne peut aimer Dieu sans aimer ses enfants.
Et l'on ne peut aimer vraiment son prochain sans puiser à la source de l'amour de Dieu.

La deuxième lecture nous montre comment cet amour devient concret. Paul écrit à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ. » Tout commence là. Pas par une théorie ni une morale, ni même un effort, mais par une personne. Souviens-toi de Jésus. Notre foi n'est pas d'abord une série de choses à faire. C'est une mémoire vivante. Le souvenir d'un amour qui nous précède. Paul ajoute une phrase bouleversante : « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle. » Quelle consolation ! Nous changeons parfois d'avis comme le vent change de direction. Nous promettons beaucoup le mercredi des Cendres, mais nous réalisons moins. Nous commençons avec enthousiasme au lendemain d'une retraite, puis nous nous essoufflons. Mais Dieu demeure fidèle.

Aujourd'hui, à Liège-ville, nous célébrons la Fête-Dieu, mais dans le diocèse, la Bienheureuse Ève de Saint-Martin.  Elle avait compris cela. Elle ne fut ni une grande prédicatrice, ni une reine, ni une fondatrice. Elle vécut discrètement près de la collégiale Saint-Martin de Liège. Mais son cœur était devenu une demeure pour Dieu. À travers sa vie cachée, elle participa au rayonnement de la fête du Saint-Sacrement voulue par sainte Julienne de Cornillon. Parfois, nous rêvons d'accomplir de grandes choses. Dieu commence souvent par nous apprendre à aimer dans les petites. Et ce n'est déjà pas si simple. Car aimer toute l'humanité est parfois plus facile qu'aimer son voisin de palier. Surtout lorsqu'il décide de forer des trous à l'heure de la sieste...
Le scribe répond à Jésus : « Tu as raison, Maître. » Et Jésus lui dit alors une phrase magnifique : « Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu. » Mais il ne lui dit pas : « Tu y es. »  Pourquoi ?  Simplement, parce que connaître le commandement est une chose. Le vivre en est une autre. Entre les deux, il y a toute une vie.

Voilà le programme. Non pas aimer parfaitement dès aujourd'hui. Mais aimer un peu plus qu'hier. Les deux lectures convergent merveilleusement. Paul nous dit : « Souviens-toi de Jésus Christ. » Jésus nous dit : « Aime. » Car plus nous regardons le Christ, plus nous apprenons à aimer.
Et plus nous aimons, plus nous ressemblons au Christ.

À la fin de notre vie, le Seigneur ne nous demandera probablement pas combien de livres nous avons lus, combien de réunions nous avons présidées ou combien de mails nous avons envoyés. Ce sera déjà une bonne nouvelle pour beaucoup d'entre nous. Mais il nous demandera : « As-tu appris à aimer ? »

Alors demandons aujourd'hui, par l'intercession de la Bienheureuse Ève, la grâce d'un cœur simple, unifié et disponible. Car le cœur de Dieu tient dans un mot. Et ce mot est : amour.

Pour l'Église. Qu'elle demeure, au milieu du monde, une lampe allumée dans la nuit, une table dressée pour les pauvres, une maison ouverte aux chercheurs de Dieu. Qu'à l'exemple de la Bienheureuse Ève, elle puise dans l'Eucharistie la force d'aimer et de servir.

Pour notre diocèse de Liège. Souviens-toi, Seigneur, de cette terre où ton Esprit a fait éclore tant de témoins de l'Évangile. Que l'héritage de saint Lambert, de saint Hubert, de sainte Julienne, et de la Bienheureuse Ève, demeure une source vive pour les générations d'aujourd'hui. Fais de notre Église locale un jardin où fleurissent la foi, l'espérance et la charité.

Pour les peuples blessés par la guerre. Que ton souffle traverse les frontières fermées, qu'il desserre les poings crispés, qu'il transforme les armes en instruments de paix et les larmes des innocents en semences d'espérance.

Pour ceux dont le cœur est fatigué. Les malades, les personnes âgées, les prisonniers de la solitude, ceux qui ne trouvent plus la force de prier. Que le Christ les rejoigne dans leur nuit comme l'étoile rejoint le veilleur, et qu'il rallume en eux la lumière de sa présence.

Pour tous ceux qui adorent le Seigneur dans le silence. Les moines et les moniales, les consacrés, les personnes âgées qui portent l'Église par leur prière cachée. Que leur offrande discrète soit comme une source souterraine qui irrigue les terres assoiffées de notre monde.

Pour notre assemblée. Que nos cœurs ne se contentent pas de connaître le commandement de l'amour, mais qu'ils deviennent eux-mêmes des demeures de l'amour. Apprends-nous les gestes simples qui réchauffent, les paroles qui relèvent, les silences qui écoutent et les fidélités qui font grandir la paix.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ;
monde que nous déréglons si souvent 
en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...


 Aujourd'hui : choisir volontairement une personne que l'on rencontre souvent — en famille, dans la communauté, au travail ou dans le voisinage — et lui manifester concrètement une attention, une écoute ou un service gratuit. Car l'amour du prochain commence rarement par des exploits. Il commence presque toujours par une petite délicatesse.

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