Lundi de la 11ème semaine du Temps de l'Église
Ce matin, la Parole de Dieu nous fait visiter deux jardins : une vigne … et un cœur. La vigne est celle de Naboth. Le cœur est celui que Jésus veut cultiver en chacun de nous. Et entre les deux, il y a une question : Qu'est-ce qui nous possède vraiment ?
Le livre des Rois nous présente un roi qui a tout : un palais, des serviteurs, du pouvoir. Mais il lui manque une vigne. Et voilà qu'Acab devient soudain aussi triste qu'un enfant à qui l'on refuse une troisième glace. « Il se coucha sur son lit, détourna son visage et ne mangea rien. » On imagine presque la scène : — « Sire, votre repas est servi ! » — « Je ne veux pas manger ! » — « Pourquoi donc ? » — « Parce que je n'ai pas cette vigne ! » Comme quoi on peut être roi et faire parfois une crise de cinq ans.
Mais derrière cette scène presque amusante se cache une tragédie. Acab n'accepte pas que certaines choses ne lui appartiennent pas. Naboth refuse de vendre l'héritage de ses pères. Et il a raison. Car dans la Bible, la terre n'est pas un simple bien immobilier. Elle est un don de Dieu. Elle est mémoire, alliance et promesse.
Le drame commence toujours lorsque l'homme veut transformer un don en propriété absolue. Jean Chrysostome observait : « La racine de tous les maux n'est pas la richesse, mais le désir insatiable de posséder. » Acab ne souffre pas du manque, il souffre de ne pas avoir tout.
Et voici que l'Évangile nous conduit à l'autre extrémité. Jésus dit : « Si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. » Nous passons soudain du désir de prendre à la joie de donner. Le monde dit : « Défends ton territoire. » Jésus dit : « Garde ton cœur libre. » Le monde dit : « Rends coup pour coup. » Jésus dit : « Ne laisse pas le mal décider de ce que tu vas devenir. »
Attention, Jésus n'encourage pas la passivité ... surtout en période d’examen … Il ne nous demande pas de devenir des paillassons spirituels. Il nous invite à quelque chose de beaucoup plus difficile : refuser que la violence des autres gouverne notre propre cœur.
Augustin écrivait : « La colère est un vent qui éteint la lampe de l'intelligence. »
Or Jésus veut préserver en nous cette lumière. Dans la première lecture, Naboth perd sa vigne mais garde sa fidélité. Dans l'Évangile, Jésus nous apprend qu'il vaut parfois mieux perdre quelque chose que perdre son âme. Car la véritable richesse n'est pas ce que nous possédons. La véritable richesse est ce que rien ne peut nous enlever. Pensons aux saints. Ils avaient souvent peu de biens. Et pourtant ils semblaient les plus riches des hommes. Pourquoi ? Parce qu'ils avaient trouvé le trésor du Royaume.
François d'Assise disait : « Mon Dieu et mon Tout. » Quand Dieu devient notre Tout, le reste retrouve sa juste place.
Alors peut-être que la vigne de Naboth existe encore aujourd'hui. Elle porte parfois le nom de jalousie, ou de comparaison ou d'envie.
« Pourquoi lui et pas moi ? » « Pourquoi elle a cela et pas moi ? » Combien de paix nous perdons à convoiter les vignes des autres !
Jésus nous invite au contraire à regarder notre propre jardin. À découvrir les dons déjà reçus, à bénir ce qui pousse discrètement dans notre vie, à remercier pour les petites grâces qui remplissent nos journées.
La liturgie de ce lundi semble nous murmurer : « Regarde ce que Dieu t'a déjà donné avant de pleurer sur ce qui te manque. » Le Christ, lui, ne possédait même pas une pierre où reposer la tête, mais il possédait le monde entier dans son cœur. Amen.
Qu'elle annonce avec douceur et courage la liberté des enfants de Dieu.
Dieu de justice, là où l'ambition écrase les faibles, où le pouvoir dévore la vérité, où la violence étouffe les innocents, fais lever des femmes et des hommes au cœur droit comme Naboth, capables de servir le bien commun.
Dieu de sagesse, garde les responsables politiques, économiques et sociaux de la tentation de posséder pour eux-mêmes.
Apprends-leur à gouverner comme des serviteurs et à rechercher la justice plutôt que l'intérêt.
Dieu de tendresse, souviens-toi des malades, des personnes seules, des familles éprouvées, des victimes d'injustice.
Que ton Esprit soit pour eux comme une source fraîche dans le désert et une lumière dans la nuit.
Dieu de bonté, délivre-nous de l'envie, de l'amertume et des comparaisons stériles. Apprends-nous à nous réjouir des dons des autres et à reconnaître avec gratitude les merveilles que tu accomplis déjà dans notre vie.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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