Mardi de la 11ème semaine du Temps de l'Église
Nous aimons certaines pages de l'Évangile, et puis il y a celles que nous aimerions discrètement arracher de notre Bible ! La parole de Jésus aujourd'hui appartient un peu à la seconde catégorie : « Aimez vos ennemis. » Avouons-le : pardonner est déjà difficile. Supporter certains voisins peut parfois relever de l'héroïsme. Mais aimer ses ennemis ? Nous avons envie de répondre : « Seigneur, ne pourrais-tu pas commencer par quelque chose de plus facile ? » Par exemple marcher sur l'eau ?
Et pourtant, cette parole est au cœur même de notre foi, que cela nous plaise ou pas.
Pour la comprendre, il faut d'abord regarder la première lecture. Nous retrouvons Acab. Jézabel, son épouse fait tuer Naboth et il prend possession de sa vigne. Et aujourd’hui, Élie entre en scène et voilà que le roi est démasqué et que son injustice apparaît au grand jour.
Mais, surprise ! Acab se repent. Et Dieu lui-même semble touché par cette conversion. Le Seigneur dit à Élie : « Tu as vu comment Achab s'est humilié devant moi ? » Quelle phrase étonnante ! Le Dieu de justice demeure attentif au moindre mouvement du cœur humain. Saint Jean Chrysostome écrivait : « Dieu cherche moins à punir le pécheur qu'à le voir revenir. » Voilà tout le mystère. Dieu voit le mal.
Il le condamne. Mais il ne cesse jamais d'espérer le retour du pécheur. C’est la formule d’Augustin : « Cum dilectione hominum et odio vitiorum » - « Avec amour pour les personnes et haine des vices. » En langage d’aujourd’hui : « Dieu déteste le péché mais aime le pécheur »
Et c'est précisément ce regard que Jésus nous demande d'adopter. « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » Pourquoi ? Parce que c'est ainsi que Dieu agit lui-même. « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. » Quelle image magnifique ! Le soleil n'exige pas une carte de membre avant de se lever. La pluie ne consulte pas nos mérites avant de tomber.
Dieu donne. Dieu aime. Dieu espère.
Nous passons parfois beaucoup de temps à classer les gens.
Dieu, lui, voit d'abord des enfants qu'il appelle à la vie. Aimer ses ennemis ne signifie pas approuver le mal. Cela ne signifie pas devenir naïf. Cela signifie refuser que la haine ait le dernier mot. C’est toujours Augustin qui écrit : « Tuez l'inimitié, aimez l'homme. »
Quelle formule lumineuse ! Nous combattons le mal. Nous refusons l'injustice. Mais nous ne renonçons jamais à la personne. C'est exactement ce que fait Dieu avec Acab. Il condamne son crime. Mais il accueille son repentir. Nous sommes appelés à vivre de cette même logique. À être en chemin vers cela en tout cas ! Non la logique de la vengeance, mais celle de la guérison. Non la logique du règlement de comptes, mais celle de la réconciliation.
Charles de Foucauld, canonisé il y a quatre ans écrivait : « Dès que l'on croit qu'il existe un Dieu, on comprend qu'on ne peut faire autrement que de vivre pour lui seul. » Or vivre pour Dieu, c'est apprendre à aimer comme lui. Et Dieu aime plus largement que notre cœur. Beaucoup plus largement. L'évangile se termine par cette parole vertigineuse : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Attention à bien comprendre parfait. En français, cela devient vite « sans péché » Et là, c’est raté pour nous.
Le mot grec traduit par « parfait » signifie aussi « accompli », « arrivé à maturité ». Jésus ne nous demande pas d'être impeccables. Il nous demande de grandir. De laisser notre cœur devenir peu à peu semblable à celui du Père. C'est un peu comme un fruit. Une pomme verte n'est pas mauvaise. Elle est simplement appelée à mûrir. Nous aussi.
Acab découvre que Dieu est plus miséricordieux qu'il ne l'imaginait.
L'Évangile nous révèle que Dieu est plus généreux que nous ne l'imaginons. Et Jésus nous invite aujourd'hui à entrer dans cette démesure. Le soleil de Dieu continue de se lever et sur les saints et les pécheurs, sur ceux qui nous aiment et même sur ceux qui nous agacent profondément. Heureusement d'ailleurs. Car certains jours, nous passons nous-mêmes d'une catégorie à l'autre !
Demandons la grâce d'un cœur assez vaste pour laisser entrer un peu de la lumière du Père. Amen.
Qu'elle annonce inlassablement la joie de ton pardon.
Père de miséricorde, regarde les terres où grondent les armes, les familles divisées, les peuples enfermés dans les blessures du passé.
Fais tomber les murs de la rancune, fleurir les chemins du dialogue et lever des artisans de paix au milieu des nations.
Père de sagesse, inspire les responsables politiques, économiques et sociaux. Qu'ils recherchent non leur gloire personnelle, mais le bien des plus petits, et qu'ils aient le courage de servir la vérité et la justice.
Père des consolations, souviens-toi de ceux qui n'arrivent plus à pardonner, de ceux qui vivent sous le poids de la culpabilité, de ceux qui se croient rejetés ou oubliés.
Que ton regard les rejoigne comme une pluie douce après la sécheresse.
Père très bon, élargis notre cœur à la mesure du tien. Apprends-nous à bénir plutôt qu'à juger, à relever plutôt qu'à condamner, à aimer même lorsque cela coûte.
Que notre vie reflète quelque chose de ta lumière.
Père patient, comme tu as accueilli l'humilité d'Acab, accueille les premiers pas de ceux qui reviennent vers toi.
Que personne ne doute jamais de la puissance de ta miséricorde.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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