Lundi de la 12ème semaine du Temps de l'Église
Dieu serait-il de mauvaise humeur, ce matin ? D'un côté, le royaume d'Israël s'effondre parce qu'il a oublié le Seigneur ; de l'autre, Jésus nous parle d'une paille et d'une poutre dans l'œil. Voilà qui pourrait sembler sévère. Mais regardons-y de plus près.
Dans le livre des Rois, ce qui attriste Dieu n'est pas la faiblesse de son peuple. Dieu sait depuis longtemps que nous sommes faits de poussière. Ce qui le blesse, c'est que son peuple ait cessé d'écouter. Pourtant, le texte le rappelle : « Le Seigneur avait averti Israël et Juda par l'intermédiaire de tous les prophètes ». Dieu n'abandonne jamais avant d'avoir parlé, appelé, supplié. Dieu menace rarement ; il avertit souvent. La colère de Dieu dans la Bible n'est jamais celle d'un homme vexé ; c'est la douleur d'un amour qui voit son enfant s'éloigner, d’un amoureux éconduit.
Puis vient l'Évangile. Jésus nous offre une image qui ferait rire si elle n'était pas si juste. Imaginez un homme avec une énorme poutre dans l'œil qui s'approche de son voisin : « Mon ami, permettez-moi de vous débarrasser de cette minuscule poussière... » Le voisin pourrait répondre : « Volontiers, mais d'abord pourriez-vous éviter de démolir la maison avec votre poutre ? »
Jésus utilise l'humour. Il grossit le trait pour nous faire sourire et réfléchir. Car il sait que nous avons tous un talent particulier : voir très nettement les défauts des autres. Nous devenons parfois experts en pailles étrangères et débutants en poutres personnelles.,On pourrait dire : « Tu t'indignes de la faute de ton frère et tu caresses la tienne. »
Mais attention : Jésus ne nous demande pas de devenir aveugles. Il ne dit pas que la paille n'existe pas. Il nous invite à commencer par nous laisser guérir. Voilà le cœur de l'Évangile.,Le chrétien n'est pas celui qui juge mieux que les autres ; c'est celui qui accepte d'être soigné par Dieu.
D'ailleurs, la poutre dont parle Jésus n'est pas forcément un grand péché. Elle peut être notre orgueil, nos préjugés, nos certitudes, notre manière de croire que nous avons toujours raison.
Peut-être la poutre dont parle Jésus n'est-elle pas seulement un gros défaut. Dans la Bible, une poutre peut aussi évoquer ce qui couvre une source. Or chacun de nous porte en lui un puits où Dieu veut faire jaillir son eau vive. Lorsque l'orgueil, les jugements ou les certitudes s'accumulent, ils deviennent comme une lourde poutre posée sur le puits du cœur. Jésus ne vient pas nous humilier ; il vient enlever ce qui empêche l'eau vive de remonter. Alors nous cessons de surveiller les pailles des autres, parce que nous avons retrouvé la source. »
Or, lorsque nous découvrons notre propre pauvreté, quelque chose change. Nous devenons plus doux. Nous regardons les autres avec davantage de patience. Les saints sont rarement des spécialistes du jugement. Ils sont des spécialistes de la miséricorde. Saint Isaac le Syrien écrivait : « Celui qui a connu son péché est plus grand que celui qui ressuscite les morts. » Pourquoi ? Parce qu'il a découvert la vérité de son cœur et la grandeur de la miséricorde de Dieu.
Le psaume nous montre alors le bon chemin : « Mon refuge, c'est toi, mon Dieu. » Nous ne sommes pas sauvés parce que nous sommes parfaits. Nous sommes sauvés parce que Dieu est fidèle. Voilà une bonne nouvelle pour commencer la journée : Dieu ne nous demande pas d'avoir un regard de procureur du Roi ou de la République, mais un regard de frère. Il ne nous demande pas d'inspecter les défauts du monde ; il nous invite à accueillir sa lumière dans notre propre cœur.
Et lorsqu'il enlève peu à peu nos poutres, nous découvrons avec émerveillement que le monde devient plus beau. Peut-être parce que nous le regardons enfin avec les yeux du Christ.
Seigneur, regarde les nations blessées par la guerre, les villes meurtries par la violence, les familles divisées par la haine. Que ton Esprit passe comme une brise sur les terres brûlées, qu'il relève les artisans de paix et fasse germer des moissons de réconciliation là où l'on ne voit encore que des ruines.
Seigneur, donne aux responsables des peuples un cœur assez vaste pour accueillir le cri des plus petits, un regard assez humble pour reconnaître leurs limites, une sagesse assez lumineuse pour choisir les chemins de justice. Qu'ils deviennent des serviteurs du bien commun et non des bâtisseurs de leur propre gloire.
Seigneur, nous te confions les personnes accablées par le regard des autres, celles qui vivent sous le poids d'un échec, d'une faute ancienne ou d'une blessure secrète. Toi qui ne brises pas le roseau froissé et n'éteins pas la mèche qui faiblit, dépose en leur cœur la certitude qu'elles demeurent infiniment aimées.
Seigneur, lorsque la poutre de nos certitudes vient obscurcir la source vive que tu as déposée en nous, ouvre nos yeux à notre propre pauvreté. Apprends-nous la bienveillance qui relève, la parole qui encourage, le sourire qui réconcilie. Fais de nos communautés des jardins de miséricorde où chacun peut grandir sous le soleil de ton amour.
Seigneur, accueille ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la foi. Qu'après les fatigues de cette vie, ils contemplent désormais la lumière qui ne décline jamais et qu'ils chantent avec les anges la tendresse de ton Nom.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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