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 Vendredi de la 12ème semaine du Temps de l'Église 


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 Lorsque Jésus descendit de la montagne, des foules nombreuses le suivirent. Et voici qu’un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » Et aussitôt il fut purifié de sa lèpre. Jésus lui dit : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne l’offrande que Moïse a prescrite : ce sera pour les gens un témoignage. »

D’une ville en ruines à un homme en ruines. Dans la première lecture, Jérusalem tombe. Les murailles sont percées. Le Temple est incendié. Les maisons sont détruites. Le peuple est déporté. C'est l'un des jours les plus tragiques de toute l'histoire biblique. Tout ce qui semblait solide s'effondre. Tout ce qui paraissait éternel disparaît dans les flammes. Le peuple juif lit les événements historiques comme des signes ; et il découvre douloureusement à travers cela qu'il est possible d'habiter près du Temple sans habiter vraiment près de Dieu.

Et voilà que l'Évangile nous présente un autre homme en ruines. Non plus une ville blessée, mais un cœur blessé. Un lépreux.  A l'époque, la lèpre n'était pas seulement une maladie. Elle était aussi une exclusion. On ne perdait pas seulement sa santé, mais sa place et parfois même sa famille. J’en fait l’expérience lorsque je me rends en Inde. Cet homme porte dans sa chair toutes les murailles écroulées de Jérusalem. Il est lui-même une ville détruite. Pourtant, il accomplit un geste extraordinaire.

Il s'approche de Jésus. Normalement, il aurait dû rester à distance. Mais son espérance est plus forte que sa peur. Et il prononce une des plus belles prières de l'Évangile : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ». Si tu le veux … Quelle confiance ! Saint Jean Chrysostome admirait cette foi : « Le lépreux n'a pas dit : si tu le demandes à Dieu, mais : si tu le veux. » Autrement dit, il reconnaît déjà en Jésus la puissance même de Dieu.

Et alors survient un détail bouleversant. Jésus le touche. Nous passons parfois trop vite sur ce geste. Depuis combien de temps personne ne l'avait-il touché ? Un mois ? Une année ? Dix ans ? Nous l'ignorons. Mais Jésus ne commence pas par parler. Il commence par tendre la main. Comme si Dieu voulait lui dire : « Avant même de guérir ta peau, je veux guérir ta solitude. » Ceux que je rencontre en Inde font, en plus de la lèpre, partie de la sous caste des Intouchables.  Ils sont donc intouchables deux fois.  Et le plus beau geste que l’on puisse faire, c’est de les toucher, de leur faire un câlin. Là où le monde voyait une impureté, Jésus voit une personne. Et c'est ici que les deux lectures se rejoignent.

Car notre Dieu est spécialiste des reconstructions. Après Jérusalem détruite viendra le retour d'exil. Après les ruines viendra la restauration. Après la lèpre vient la guérison. Après le Vendredi Saint viendra Pâques. Dieu ne nie jamais les blessures. Mais il refuse qu'elles aient le dernier mot.

Il y a même une discrète note d'humour dans cet Évangile. Le lépreux s'approche de Jésus alors que tout le monde sait qu'il ne devrait pas être là. On imagine les disciples reculer de quelques pas : « Seigneur, il y a un problème sanitaire qui arrive droit sur nous ! » Et Jésus, au lieu de reculer, avance. Dieu a décidément une étrange habitude : il va toujours vers ceux que tout le monde évite.

Nous portons tous quelques ruines intérieures : Des déceptions. Des regrets. Des blessures anciennes. Des pardons difficiles. Des peurs que nous cachons soigneusement. Or aujourd'hui le Seigneur nous invite seulement à faire comme le lépreux : nous approcher. Et lui dire avec confiance : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. »

Le reste lui appartient.
Car le Dieu qui a relevé Jérusalem est aussi celui qui relève les cœurs. Le Dieu qui a touché le lépreux continue de toucher nos vies. Et lorsqu'il touche une blessure, celle-ci ne devient pas seulement guérie ; elle devient souvent une source de lumière pour d'autres.
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Ô Christ, Pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs et devenue fondement de la cité nouvelle, regarde ton Église répandue aux quatre vents du monde. Lorsqu'elle traverse les déserts de l'indifférence, qu'elle demeure la tente de la Rencontre, l'arche offerte aux naufragés, la lampe qui veille dans la nuit des peuples, et la maison où chaque blessé trouve sa place.

Ô Dieu des exodes et des retours, souviens-toi des terres ravagées par la guerre, des villes éventrées, des familles dispersées comme les brebis sans berger. Là où montent la fumée des incendies et les larmes des innocents, fais jaillir les sources cachées de la paix. Que les épées deviennent des socs et les murs des chemins de rencontre.

Ô Jésus, toi qui n'as pas retiré ta main devant le lépreux, approche-toi de ceux que le monde tient à distance : les malades, les prisonniers, les migrants, les personnes abandonnées, ceux dont personne ne prononce plus le nom. Que ton regard les rejoigne comme la rosée du matin sur une terre desséchée et qu'ils découvrent qu'ils sont gravés dans la paume de tes mains.

Ô Seigneur, toi qui rebâtis Jérusalem pierre après pierre, viens visiter les cités intérieures dévastées par le deuil, les remparts abattus par l'épreuve, les jardins abandonnés par le découragement.
Là où tout semble stérile, fais refleurir les amandiers de l'espérance ; là où tout semble mort, fais entendre le chant nouveau de ta miséricorde.

Ô Père très bon, fais de nous des artisans de relèvement. Que nos mains deviennent des mains qui soutiennent, nos paroles des semences de paix, nos maisons des havres de fraternité. Apprends-nous à reconnaître dans chaque frère blessé une demeure que tu désires habiter.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Prendre aujourd'hui cinq minutes de silence devant le Seigneur en lui présentant simplement une de ses propres fragilités. Sans l'excuser, sans la dramatiser, sans chercher immédiatement à la résoudre, lui dire simplement : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier »



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