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 Samedi de la 12ème semaine du Temps de l'Église 


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia : « Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. » Jésus lui dit : « Je vais aller moi-même le guérir. » Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Moi-même qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. » À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux, mais les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et, à l’heure même, le serviteur fut guéri. Comme Jésus entrait chez Pierre, dans sa maison, il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre. Il lui toucha la main, et la fièvre la quitta. Elle se leva, et elle le servait. Le soir venu, on présenta à Jésus beaucoup de possédés. D’une parole, il expulsa les esprits et, tous ceux qui étaient atteints d’un mal, il les guérit, pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies.

La liturgie est parfois étonnante. Elle ose mettre côte à côte les Lamentations de Jérémie et l'Évangile du centurion. D'un côté, une ville qui pleure. De l'autre, un homme qui espère. D'un côté, Jérusalem en ruines. De l'autre, une maison où un serviteur retrouve la vie. Deux mondes… Et pourtant un seul Dieu.

Le livre des Lamentations est peut-être le plus bouleversant de toute la Bible. Jérusalem vient d'être détruite. Le Temple est incendié. Alors Jérémie ne cherche pas à masquer la douleur. Il ose pleurer.
Il ose même inviter la ville entière à pleurer : « Que tes larmes coulent comme un torrent, jour et nuit ! ». La Bible ne demande jamais de faire semblant. Elle nous apprend que les larmes peuvent devenir une prière. Saint Grégoire de Nazianze écrivait : « Les larmes versées pour Dieu sont un second baptême. » Dieu recueille les larmes. Aucune ne tombe dans l'oubli.

Puis arrive l'Évangile. Et voici un centurion. Un païen. Un officier romain. Autrement dit, tout le contraire de celui que l'on attendrait comme modèle de foi. Difficile de faire pire !  Et pourtant… C'est lui qui prononce une parole que nous redisons avant chaque communion : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri ». Cet homme ne possède ni la Loi, ni les prophètes, ni les psaumes.
Mais il connaît la confiance. Il sait que la parole de Jésus suffit.

Jésus s'émerveille. C'est assez rare pour être souligné. Il y a dans les Évangiles peu de moments où Jésus admire quelqu'un. « Chez personne en Israël, je n'ai trouvé une telle foi ». Saint Augustin commente : « Ce n'est pas la patrie qui fait le croyant, mais la foi. »

Et quel humour délicat dans cette scène ! Le centurion explique à Jésus comment fonctionne une chaîne de commandement militaire : « Je dis à l'un : Va ! Il va… » Comme si Jésus avait besoin d'un cours sur l'autorité ! Mais Jésus accueille cette comparaison avec tendresse. Parce qu'il entend derrière ces mots une confiance immense. Le centurion croit que la Parole de Jésus possède une autorité encore plus grande que celle de César. Quelle belle profession de foi !

Alors les deux lectures se rejoignent. Dans les Lamentations, les faux prophètes avaient annoncé une paix illusoire. Ça ne vous fait pas penser à quelqu’un ? Leur parole n'a sauvé personne.
Dans l'Évangile, une seule parole du Christ suffit pour relever un homme. La Parole de Dieu recrée la vie. Comme au premier matin de la création. Comme au tombeau de Lazare. Comme dans chacune de nos eucharisties.

Saint Jean Chrysostome écrivait : « La foi est plus forte que les yeux ; elle voit ce qui est invisible. » Voilà pourquoi l'Église nous fait répéter avant chaque communion cette humble prière du centurion. À chaque messe, nous devenons un peu ce soldat romain. Nous reconnaissons notre pauvreté. Nous confessons la puissance de la Parole. Et nous recevons celui dont une seule parole recrée le monde. Alors, même lorsque notre cœur ressemble parfois à une ville en ruines, n'ayons pas peur de lui dire : « Seigneur, dis seulement une parole… » Et cette parole sera toujours une parole de vie.

Ô Christ, Parole éternelle sortie du silence du Père, souffle sur ton Église l'Esprit qui renouvelle toute chose. Qu'elle demeure la lampe posée sur la montagne, la vigne où les pauvres trouvent un abri, la maison ouverte où chacun découvre sa dignité de fils bien-aimé.

Ô Dieu des vivants, regarde les peuples dont les villes sont devenues des champs de ruines, en particulier ajourd’hui au Venezuela,  les familles dispersées par les guerres, les enfants qui ne connaissent plus le rire. Que de leurs décombres surgissent des artisans de paix, comme l'amandier annonce déjà le printemps au cœur de l'hiver.

Ô Père des miséricordes, souviens-toi de ceux qui pleurent dans le secret, de ceux dont le cœur est devenu un désert, de ceux qui n'ont plus la force de croire. Que ta Parole tombe en eux comme la pluie sur la terre assoiffée, comme la manne au désert, comme l'huile sur les blessures du voyageur.

Ô Jésus, toi qui t'es émerveillé de la foi du centurion,  ravive en ton peuple une confiance simple et joyeuse. Lorsque nos certitudes s'effondrent, apprends-nous à bâtir notre vie sur la seule solidité de ta Parole.

Ô Esprit Saint, fais de chacun de nous une source dans les terres arides, un artisan de consolation, un veilleur qui garde allumée la lampe de l'espérance. Que ceux qui nous rencontrent puissent reconnaître en nos paroles un écho de la douceur du Christ.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Avant de vous coucher ce soir, relisez lentement une seule phrase de l'Évangile : « Dis seulement une parole… » Puis demandez-vous : Quelle est aujourd'hui la "parole" que le Christ veut déposer dans ma vie ? 



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