Mardi de la 12ème semaine du Temps de l'Église
Dieu ouvre des chemins et des portes là où tout semble fermé.
Dans la première lecture, le roi Ézéchias est dans une situation désespérée. Jérusalem est encerclée. L'armée assyrienne paraît invincible. Les menaces pleuvent comme un orage d'été, on l’a vu ces derniers jours ... Alors Ézéchias fait quelque chose de très simple : il monte au Temple et il étale la lettre de ses ennemis devant le Seigneur.
J'aime beaucoup ce geste. Ézéchias ne fait pas semblant d'être fort. Il ne dit pas : « Tout va bien, Seigneur, je gère. » Il apporte à Dieu son inquiétude telle qu'elle est. Nous aussi, nous recevons parfois des « lettres » inquiétantes : un diagnostic médical, une solitude qui s'installe, une déception, un conflit familial, une angoisse pour l'avenir. Ézéchias nous apprend qu'il est permis de déposer tout cela devant Dieu.
Et Dieu répond. Non pas toujours comme nous l'avions imaginé, mais toujours avec fidélité. Le psaume chante alors : « Dieu se révèle, en ses palais, vraie citadelle.» Ce n'est pas une formule magique. C'est l'expérience d'un peuple qui a découvert que Dieu ne l'abandonne jamais.
Dans l'Évangile, Jésus nous parle de deux portes : la large et l'étroite. À première vue, cela pourrait sembler inquiétant. Mais regardons de plus près : je vais aller tout droit en enfer !!! Mais non, évidemment … Jésus ne dit pas : « Choisissez le chemin le plus triste. » Il ne dit pas non plus : « Plus c'est pénible, plus c'est saint. » La porte étroite, c'est celle de l'amour véritable. Elle est étroite parce qu'on ne peut pas y passer avec tout son égoïsme, ses rancunes, ses certitudes et ses valises de jugements. Imaginez quelqu'un arrivant devant une petite porte avec douze malles, trois armoires et un canapé sous le bras. Le problème n'est pas la porte ; ce sont les bagages ! Souvent, nous faisons pareil avec le Seigneur. Nous voulons entrer dans la joie de Dieu sans lâcher nos inquiétudes, nos vieilles blessures ou notre besoin d'avoir toujours raison.
Saint Augustin écrivait : « Mon poids, c'est mon amour ; il m'emporte partout où je vais. » La vraie question n'est donc pas : « La porte est-elle étroite ? » La vraie question est : « Qu'est-ce que je porte inutilement ? »
L'Évangile nous donne également la célèbre règle d'or : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux. » Pas tout-à-fait … La règle d’or parlait de façon négative : « Tout ce que vous voudriez que les autres ne fassent pas pour vous, ne le faites pas pour eux. »Cette règle est déjà très belle. Elle empêche le mal. Elle pose une limite à l'égoïsme et à la violence. Mais Jésus va plus loin. Il passe du négatif au positif. La différence est immense. La règle ancienne me demande de ne pas nuire. La règle de Jésus me demande d'aimer. Avec la formulation négative, je peux passer toute une journée sans faire de mal à personne... tout en restant parfaitement indifférent à tout le monde ! Je peux croiser un pauvre, une personne seule, un malade, un voisin découragé, et me dire : « Je ne lui ai rien fait de mal. » Mission accomplie. Avec Jésus, cela ne suffit plus. Il me demande : « Qu'aurais-tu aimé recevoir à sa place ? » On pourrait dire avec un peu d'humour : La règle négative interdit de pousser quelqu'un dans le fossé. La règle de Jésus demande en plus de l'aider à en sortir !
la règle d'or de Jésus est finalement un reflet du cœur de Dieu. Voilà une phrase qui pourrait changer le monde. Le chrétien n'est pas quelqu'un qui possède toutes les réponses ; c'est quelqu'un qui apprend peu à peu à aimer comme il aimerait être aimé.
Et c'est précisément ce que fit Ézéchias. Au lieu de se replier sur lui-même, il se tourna vers Dieu. Aujourd'hui encore, le Seigneur nous invite à emprunter ce chemin discret, parfois étroit, mais toujours lumineux : le chemin de la confiance.
Car la porte est étroite, certes, mais elle s'ouvre sur un Royaume infiniment vaste.
Quand les vents contraires se lèvent, quand les cœurs se découragent, qu'elle demeure la cité bâtie sur le roc, le refuge des chercheurs de lumière et la maison où chacun découvre ta tendresse.
Dieu de justice, regarde les nations blessées par la guerre, les terres ravagées par la violence, les familles dispersées par l'exil. Fais lever sur leurs nuits l'aurore de la paix ; que les armes se taisent et que renaissent les chemins de la fraternité.
Dieu de sagesse, inspire les responsables des peuples. Apprends-leur à préférer le service au pouvoir, le dialogue à la domination, la vérité aux calculs intéressés. Qu'ils deviennent des artisans du bien commun.
Dieu de consolation, nous te confions ceux qui portent une lettre de souffrance dans leur cœur : les malades, les personnes âgées, les endeuillés, ceux qui vivent dans l'angoisse ou la solitude. Comme Ézéchias devant toi, qu'ils puissent déposer leur fardeau et recevoir la paix que nul ne peut donner.
Dieu de miséricorde, apprends-nous à passer chaque jour par la porte étroite de l'Évangile : celle du pardon offert, de l'écoute attentive, de la bienveillance discrète. Que nos paroles deviennent des sources de vie et nos gestes des reflets de ton amour.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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