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 12ème dimanche du Temps de l'Église -A-


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

Si nous regardons notre monde, nous pourrions croire qu'il est devenu spécialiste des contradictions. Au journal télévisé, les images de guerre succèdent aux publicités pour des vacances paradisiaques. On nous parle de famine et, quelques minutes plus tard, d'un régime miracle pour perdre quelques kilos.
Nous nageons dans le paradoxe. Jamais les assurances n'ont été aussi nombreuses. Jamais les systèmes de protection n'ont été aussi sophistiqués. Et pourtant, jamais l'anxiété n'a été aussi présente.

L'homme moderne possède davantage de garanties que ses ancêtres, mais il porte souvent les mêmes peurs. Au fond, derrière les écrans, derrière les statistiques, derrière les apparences de maîtrise, nous ressemblons beaucoup à Jérémie.

Jérémie aujourd'hui n'est pas un héros de vitrail. C'est un homme blessé. Il entend les murmures : « Dénoncez-le ! » On épie ses faux pas. On attend sa chute. On espère son échec.
Le prophète découvre que la fidélité à Dieu n'est pas toujours applaudie. Et qui d'entre nous ne connaît pas cela ?
Il suffit parfois d'essayer de vivre honnêtement l'Évangile dans sa famille, dans son travail ou dans la société pour expérimenter l'incompréhension.
Le croyant n'habite pas une planète protégée. Il connaît les mêmes maladies. Les mêmes deuils. Les mêmes échecs. Les mêmes nuits.
Comme Jérémie, il lui arrive de crier : « Seigneur, où es-tu ? »
Comme Jésus lui-même sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
La foi n'est pas l'absence des questions. La foi est la décision de continuer à parler à Dieu même lorsqu'on ne comprend plus tout.
C'est pourquoi j'aime tant Jérémie. Il ose se plaindre à Dieu. Il ose protester. Il ose pleurer. Mais il ne coupe jamais la conversation.
Même lorsqu'il est en colère, il continue de parler au Seigneur.
Or beaucoup de saints nous enseignent que la pire tentation n'est pas de crier contre Dieu ; la pire tentation est de ne plus lui parler du tout.

Puis arrive l'Évangile. Trois fois Jésus répète : « Ne craignez pas. » Il ne dit pas : « Tout ira toujours bien. » Il ne dit pas : « Vous n'aurez plus de difficultés. » Il ne dit même pas : « Vous serez compris de tous. » Au contraire, il annonce les oppositions et les persécutions. Jésus est réaliste. Il n'est pas un vendeur d'illusions. Suivre le Christ ne consiste pas à s'installer dans un fauteuil confortable.
Cela consiste parfois à marcher à contre-courant. À dénoncer l'injustice. À choisir la vérité plutôt que la facilité. À préférer le pardon à la vengeance. À répondre à la violence par la douceur. Et cela demande du courage. Le pape Léon XIV rappelait récemment : « De nombreux frères et sœurs, à cause de leur témoignage de foi dans des situations difficiles et des contextes hostiles, portent la même croix du Seigneur. » Pensons aux chrétiens persécutés. Pensons aux catéchistes assassinés. Pensons aux prêtres, aux religieuses, aux laïcs qui risquent encore aujourd'hui leur vie simplement parce qu'ils appartiennent au Christ.
Selon les critères du monde, ils semblent vaincus. Mais selon l'Évangile, ils sont déjà victorieux parce qu'ils ont choisi l'amour plutôt que la peur.

Et voici la grande nouveauté chrétienne. Nous ne croyons pas « en quelque chose ». Nous croyons en Quelqu'un. Ce n'est pas une idée qui nous sauve. Ce n'est pas une théorie. Ce n'est pas un système philosophique. C'est une personne. Jésus Christ.

Saint Paul l'affirme dans la deuxième lecture. Adam a introduit le péché dans le monde. Mais le Christ a introduit quelque chose de plus fort encore : la grâce. Le péché est réel. La souffrance est réelle. La mort est réelle. Mais elles ne sont plus souveraines. Le Christ a déplacé le centre de gravité de l'histoire. Là où le péché abondait, la grâce a surabondé.

Saint Jean Chrysostome écrivait : « Le Christ n'a pas seulement réparé ce qu'Adam avait détruit ; il a donné davantage encore. » Voilà pourquoi le chrétien n'est pas un optimiste naïf. Il est un homme d'espérance. L'optimiste dit : « Les choses vont s'arranger. » « L'espérant » dit : « Même si elles ne s'arrangent pas comme je le voudrais, Dieu ne m'abandonnera pas. » Et alors Jésus nous offre l'une des plus tendres images de tout l'Évangile : « Même les cheveux de votre tête sont tous comptés. » Certains d'entre nous facilitent beaucoup le travail de Dieu au fil des années... Mais la tendresse de cette parole demeure ! Le Seigneur connaît chacune de nos vies. Aucune larme n'est perdue. Aucune prière n'est oubliée. Aucune souffrance n'est méprisée. Augustin écrivait : « Dieu est plus intime à moi-même que moi-même. » Avant même que nous cherchions Dieu, Dieu nous cherche. Avant même que nous l'aimions, il nous aime. Avant même que nous le choisissions, il nous a choisis.

La dernière phrase de l'Évangile est magnifique : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père. » Attention : ce n'est pas un marchandage.
Dieu n'est pas un chef mafieux qui dirait : « Si tu me soutiens, je te protégerai. » Jésus révèle autre chose. Il nous dit : « Si tu oses t'appuyer sur moi, tu découvriras que je suis déjà appuyé sur toi. » Notre fidélité n'est jamais première. Elle est toujours une réponse.

Comme l'écrivait sainte Thérèse de Lisieux :  « La confiance, et rien que la confiance, doit nous conduire à l'Amour. » Alors aujourd'hui, au milieu des inquiétudes de notre temps, des nouvelles parfois sombres, des fragilités de notre âge ou de notre santé, écoutons le Christ nous redire : « Vous valez plus qu'une multitude de moineaux. » Et si Dieu prend soin des moineaux, combien plus prendra-t-il soin de chacun de ses enfants. Voilà pourquoi nous pouvons avancer avec confiance, non parce que tout est facile, mais parce que nous ne marchons jamais seuls. Amen.

Le Seigneur connaît le nombre des étoiles
et celui des cheveux de notre tête.
Il recueille les larmes cachées,
il entend les prières murmurées,
il veille sur chacun de ses enfants.
Avec confiance, élevons vers lui notre supplication.

Père très saint,
veille sur ton Église répandue aux quatre vents du monde.
Quand elle traverse les tempêtes, sois son rocher ; 
quand elle connaît l'épreuve, sois sa force ;
quand elle annonce l'Évangile, sois sa joie.
Donne à tous les baptisés l'audace douce des prophètes,
la patience des semeurs et la confiance des saints.

Père des martyrs et des témoins,
souviens-toi de ceux qui aujourd'hui encore
portent la Croix de ton Fils dans les prisons,
dans l'exil, dans l'incompréhension
ou sous la menace de la violence.
Que leur fidélité éclaire le monde
comme les étoiles brillent davantage dans la nuit profonde.
Soutiens-les de ton Esprit
et garde-les dans la paix du Christ.

Père de toute compassion,
regarde les terres blessées par les guerres,
les villes où résonnent les sirènes,
les chemins où marchent les réfugiés,
les maisons désertées par la peur.
Là où les hommes sèment la haine,
fais lever des artisans de paix.
Là où coulent les larmes,
fais jaillir des sources de fraternité.
Là où s'élèvent les murs,
ouvre des chemins de rencontre.

Père plein de tendresse,
viens visiter ceux dont le cœur est serré par l'angoisse :
les malades, les personnes âgées, les familles éprouvées,
les jeunes qui cherchent leur route,
ceux qui portent seuls un lourd fardeau.
Que ta parole : « Ne crains pas »
devienne pour eux une lumière dans la nuit
et une main tendue sur leur chemin.

Père qui vois dans le secret,
bénis les mains discrètes qui soignent,
les cœurs fidèles qui consolent,
les personnes qui prient sans bruit,
les bénévoles qui donnent sans compter,
les âmes cachées qui soutiennent le monde 
par leur offrande quotidienne.
Que leur vie soit devant toi
comme un encens de bonne odeur
et une moisson abondante dans ton Royaume.

Père bien-aimé,
apprends-nous à vivre libres de toute peur.
Quand nos inquiétudes obscurcissent l'horizon,
rappelle-nous que nous sommes gravés 
dans la paume de tes mains.
Que notre paroisse soit une maison ouverte,
un refuge pour les blessés,
une lampe pour ceux qui cherchent la lumière,
et un chant d'espérance au milieu du monde.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

 Aujourd’hui, lorsque surgira une inquiétude ou une peur, prendre quelques instants pour répéter lentement : « Le Seigneur est avec moi, je ne crains pas. » Car la confiance grandit lorsqu'elle est mise en pratique.


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