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Les premiers martyrs de l'Eglise de Rome


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. Mais lui dormait. Les disciples s’approchèrent et le réveillèrent en disant : « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus. » Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

Les lectures d'aujourd'hui sont traversées par un même bruit. Le rugissement du lion chez Amos. Le fracas des vagues dans l'Évangile. Nous connaissons bien ces deux bruits. Il y a les tempêtes qui grondent dehors et celles qui grondent au-dedans. Et aujourd'hui, nous faisons mémoire de femmes, d'hommes, d'enfants même, qui ont connu l'une et l'autre. Les premiers martyrs de Rome.
Nous ne savons pas leurs noms. Mais Dieu, lui, les connaît tous. Ouf… Le Royaume de Dieu est peuplé de beaucoup plus d'anonymes que de célébrités.

Le prophète Amos pose une série de questions. « Quand le lion a rugi, qui peut échapper à la peur ?Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui refuserait d’être prophète ? » Quelle belle définition de la vocation  !Le prophète n'est pas celui qui aime parler. C'est celui qui ne peut plus se taire. Comme Jérémie dira plus tard : « Il y avait dans mon cœur comme un feu dévorant ». Les martyrs n'étaient pas des amateurs de souffrance. Ils n'étaient pas des héros avides de gloire. Ils avaient simplement rencontré Quelqu'un qu'ils ne pouvaient plus renier. Saint Ignace d'Antioche, conduit lui aussi vers Rome pour y subir le martyre, écrivait : « C'est maintenant que je commence à être un disciple. » Quelle phrase bouleversante ! Toute une vie de foi... et il dit : « Je commence. »

Puis vient l'Évangile. Il me fait toujours sourire. Les disciples réveillent Jésus. Et ils lui disent presque : « Seigneur... il serait peut-être temps de faire quelque chose ! » Comme si Jésus dormait parce qu'il ne voyait pas le problème ! Avouons-le. Nous lui parlons parfois de la même manière. « Seigneur, tu vois bien ce qui arrive, tu pourrais intervenir un peu plus vite... » Saint Augustin fait un commentaire magnifique : « Le Christ dort dans la barque lorsque ta foi s'endort dans ton cœur ; réveille le Christ, réveille ta foi. » Quelle intuition ! Le vrai miracle ne consiste pas seulement à calmer la mer.
Il consiste à réveiller la foi. Nos tempêtes ne ressemblent plus à celles de Néron. Nous ne sommes pas livrés aux bêtes dans les arènes. Mais combien de disciples affrontent aujourd'hui d'autres vents contraires ! Le découragement. La solitude. Les divisions. La peur de témoigner. La fatigue d'espérer.

Les premiers martyrs de Rome avaient probablement très peur. L'Église n'a jamais demandé aux martyrs de ne pas avoir peur. Le courage n'est pas l'absence de peur. Le courage est une peur qui a rencontré une confiance plus grande. Saint Jean Chrysostome écrit : « Ce n'est pas la nature qui fait les martyrs, mais la grâce. » Voilà notre espérance. Dieu ne demande pas d'être des héros. Il donne sa force à ceux qui acceptent leur faiblesse.

J'aime aussi ce détail de l'Évangile. Jésus ne fait pas disparaître la mer. Il ne supprime pas les vagues. Il parle au vent. Puis il parle aux disciples. Comme si la plus grande tempête n'était pas dehors mais dedans. Les premiers martyrs ont traversé les deux. La persécution extérieure. Et le combat intérieur. Ils ont entendu cette même parole : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? »
Ce n’est pas un reproche, je crois que c’est plutôt une invitation ; une invitation à regarder davantage le Christ que les vagues.
Lorsque nous prenons un bateau, nous regardons souvent la météo. Eux avaient un autre bulletin météorologique. Le Christ était dans la barque. Finalement, c'est la seule prévision qui compte.

La mémoire des premiers martyrs de Rome pourrait sembler austère. Elle est au contraire une fête de la joie. Parce que ces hommes et ces femmes nous rappellent que rien, absolument rien, ne peut séparer celui qui aime le Christ de son amour. Leur nom est parfois oublié sur la terre. Mais il est inscrit dans le cœur de Dieu. Et c'est sans doute le plus beau lieu où être connu.

Père très saint, toi qui bâtis ton Église sur la foi des Apôtres, fais d'elle un phare au milieu des tempêtes, une maison aux portes ouvertes, une barque qui ne craint ni les vents contraires ni les nuits profondes, car ton Fils demeure à son bord.

Souviens-toi de notre pape Léon, des évêques, des prêtres, des diacres, des consacrés et de tous les baptisés. Que chacun trouve sa joie non dans les honneurs, mais dans le service ; non dans le pouvoir, mais dans le lavement des pieds ; non dans les certitudes humaines, mais dans la confiance en ton Esprit.

Regarde les peuples où les disciples du Christ sont encore persécutés. Comme tu as ouvert les portes de la prison de Pierre, ouvre les chemins de la liberté. Que le sang des martyrs continue de féconder la terre de ton Royaume.

Nous te confions ceux dont les chaînes sont invisibles : les prisonniers du découragement, de la maladie, de la dépendance, du deuil, de la solitude. Envoie près d'eux un ange de lumière, et fais tomber les liens qui les empêchent de marcher vers toi.

Enfin, Seigneur, nous te présentons notre communauté. Fais de chacun de nous une pierre vivante de ton Église. Que nos différences deviennent une harmonie, que nos charismes se mettent au service les uns des autres, et que notre unique fierté soit d'appartenir au Christ.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, lorsque nous serons face à une contrariété, à une inquiétude ou à une mauvaise nouvelle, résistons à la tentation de laisser la peur prendre le gouvernail. Arrêtons-nous quelques secondes, répétons intérieurement cette parole de Jésus : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? »


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