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Mercredi de la 13ème semaine du Temps de l'Église 


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, comme Jésus arrivait sur l’autre rive, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent d’entre les tombes à sa rencontre ; ils étaient si agressifs que personne ne pouvait passer par ce chemin. Et voilà qu’ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous tourmenter avant le moment fixé ? » Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs. » Il leur répondit : « Allez. » Ils sortirent et ils s’en allèrent dans les porcs ; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. Les gardiens prirent la fuite et s’en allèrent dans la ville annoncer tout cela, et en particulier ce qui était arrivé aux possédés. Et voilà que toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et lorsqu’ils le virent, les gens le supplièrent de partir de leur territoire.

Nous avons parfois des réactions étonnantes avec le Seigneur. Nous lui disons : « Viens dans ma vie, Seigneur ! » Mais souvent, nous ajoutons intérieurement : « À condition que tu ne changes pas trop les choses… » Nous sommes prêts à être consolés ; nous sommes moins enthousiastes quand il s'agit d'être convertis.

C'est un peu ce qui se passe dans l'Évangile. Jésus arrive au pays des Gadaréniens. Deux hommes vivent dans un état terrible, isolés, rejetés, enfermés dans une violence qui les détruit. Jésus les délivre. On pourrait s'attendre à une fête, à des applaudissements, à une procession d'action de grâce. Eh bien non ! Les habitants demandent à Jésus de partir.
Pourquoi ? Parce qu'un troupeau de porcs a été perdu. En somme, ils savent compter leurs porcs ; Jésus, lui, compte les personnes. Eux font le bilan d'une perte économique ; Jésus se réjouit de deux vies retrouvées. Ce n'est manifestement pas la même comptabilité.

Et c'est précisément ce que dénonce le prophète Amos. Dieu dit : « Je déteste, je méprise vos fêtes… que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! » Dieu ne rejette pas la prière ni la liturgie. Il rejette une religion qui resterait au niveau des apparences. Une foi qui chante très bien, mais qui n'écoute pas le pauvre ; une foi qui célèbre, mais qui ne se laisse pas déplacer par la souffrance des autres.

Le pape François écrit dans Evangelii Gaudium : « La réalité est supérieure à l'idée. ». Autrement dit, Dieu préfère une justice réellement vécue à de beaux discours sur la justice.
Saint Jean Chrysostome allait encore plus loin : « Veux-tu honorer le Corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu dans les pauvres. » Voilà le lien entre Amos et l'Évangile : le culte agréable à Dieu est celui qui se prolonge dans la miséricorde.

Nous pouvons nous poser une question simple : quand Jésus entre dans ma vie, qu'est-ce qui me préoccupe le plus ? Ce que je risque de perdre ? Ou les personnes que le Seigneur me demande de regarder autrement ? Parfois, le Seigneur vient déranger nos habitudes, notre organisation, notre confort. Il peut nous demander du temps pour quelqu'un, de la patience, un pardon, une générosité inattendue. Et nous avons alors la tentation des Gadaréniens : « Seigneur, ce que tu fais est beau… mais pourrais-tu aller un peu plus loin ? » Pourtant, chaque fois que Jésus passe, quelqu'un retrouve sa dignité, quelqu'un respire à nouveau, quelqu'un découvre qu'il n'est pas condamné à rester dans ses chaînes.

L'Eucharistie que nous célébrons n'est pas une parenthèse pieuse dans la semaine. Elle est une source. Et le Seigneur nous demande que cette source devienne un torrent de justice, de bonté et de compassion dans notre vie quotidienne. Que notre prière ne soit jamais séparée de notre manière d'aimer. Alors, le Seigneur ne nous dira pas : « Éloignez de moi le tapage de vos cantiques », mais il reconnaîtra dans notre vie la musique même de son Évangile.

Seigneur, tu veux que le droit jaillisse comme les eaux et que la justice coule comme un torrent intarissable. Fais de ton Église non pas un lieu de belles paroles, mais une source où les petits, les pauvres et les blessés trouvent l'eau vive de ton Évangile. 

Seigneur, tu as traversé les frontières pour rejoindre deux hommes enfermés dans leur souffrance. Donne aux responsables des peuples de ne jamais craindre d'aller vers les périphéries de notre monde, là où tant de vies attendent d'être relevées. 

Seigneur, lorsque le désert envahit le cœur, lorsque la peur ou le mal semblent enfermer une existence, fais entendre ta parole de vie. Que ceux qui se croient oubliés découvrent que tu marches déjà à leurs côtés. 

Seigneur, garde-nous de préférer nos sécurités à ta présence, nos intérêts à la dignité de nos frères. Donne-nous un cœur libre pour t'accueillir, même lorsque ton Évangile vient déplacer nos habitudes et convertir nos regards. 

Seigneur, en cette Eucharistie, fais de notre communauté un peuple qui ne chante pas seulement ta louange, mais qui la traduit en gestes de justice, de pardon et de miséricorde, afin que notre vie devienne elle-même une prière.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, je prendrai un moment pour vérifier si ma foi se traduit dans mes actes. Je poserai un geste concret de justice ou de miséricorde : rendre un service sans attendre de retour, prendre la défense d'une personne mise de côté, ou consacrer du temps à quelqu'un qui en a besoin. Ainsi, ma prière se prolongera dans ma manière de vivre.


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