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                                    Saint-Sacrement 
                        du Corps et du Sang du Christ


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Une question traverse toute la Bible : Comment Dieu peut-il demeurer avec son peuple ? Depuis le désert jusqu'à nos églises, depuis la manne jusqu'à l'hostie consacrée, depuis Moïse jusqu'à nos communions de ce matin, Dieu poursuit le même rêve : habiter avec l'homme et nourrir sa vie.
Aujourd'hui, en cette fête du Corps et du Sang du Christ, née ici même sur notre terre liégeoise, nous célébrons la folie d'amour d'un Dieu qui a trouvé le moyen de rester à table avec nous.La première lecture nous conduit dans le désert.
Moïse rappelle au peuple : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert. » Le désert est une école étrange. On y perd ses sécurités. On y découvre sa fragilité. On y apprend que l'on ne vit pas seulement de ce que l'on possède. Alors Dieu donne la manne. Cette nourriture mystérieuse tombée du ciel chaque matin. Ni boulangerie ambulante. Ni camion de livraison céleste. Chaque jour, juste assez pour apprendre la confiance. Le peuple voulait du pain. Dieu voulait lui donner davantage : la foi. Car, comme le rappelle Moïse : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. »
Puis vient Jésus. Et soudain, tout devient plus grand encore. La manne était un signe. L'Eucharistie est la réalité. La manne nourrissait pour un jour. Le Christ nourrit pour l'éternité. La manne tombait du ciel. Le Pain vivant est descendu du ciel. La manne soutenait la marche. Le Christ conduit à la vie éternelle.
Dans l'Évangile, Jésus ose des paroles stupéfiantes : « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel. » Aucun prophète n'avait jamais parlé ainsi. Aucun sage n'avait osé une telle affirmation.
Jésus ne dit pas seulement : « Je donne du pain. » Il dit : « Je suis le pain. » Le don et celui qui donne deviennent une seule réalité. Et reconnaissons-le : les auditeurs de Jésus sont aussi déconcertés que nous l'aurions été. « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger » La question est compréhensible. Mais Jésus ne recule pas. Il insiste. Il répète. Il approfondit. Comme si l'amour cherchait un langage toujours plus audacieux. Augustin écrivait : « Ce que vous voyez sur l'autel de Dieu, c'est le pain et la coupe ; mais ce pain est le Corps du Christ et cette coupe est le Sang du Christ. »
L'Eucharistie n'est pas un souvenir. Elle est une présence. Le Christ ne nous laisse pas simplement son enseignement. Il se donne lui-même. Et c'est ici que saint Paul apporte une lumière magnifique : « Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps. » L'Eucharistie ne fabrique pas seulement des adorateurs. Elle fabrique des frères. Elle ne nourrit pas seulement une relation personnelle avec Jésus. Elle construit son Corps qu'est l'Église. Regardons autour de nous. Nous sommes différents. Différents âges. Différentes histoires. Différentes sensibilités. Et pourtant, le même pain nous rassemble. Le Christ réussit ce qu'aucun parlement, aucune idéologie, aucun réseau social n'est jamais parvenu à accomplir parfaitement : faire de personnes très différentes une seule famille.
La séquence de la fête chante : « Voici le pain des anges devenu le pain des hommes. » Quelle merveille ! Les anges contemplent. Les hommes communient. Les anges adorent. Les hommes reçoivent. Les anges servent. Les hommes mangent le Pain vivant.
Cette fête possède d'ailleurs un parfum tout particulier pour nous. Car c'est ici, à Liège, que le Seigneur a suscité au XIIIe siècle sainte Julienne de Cornillon. Cette humble religieuse portait dans son cœur un désir : qu'une fête soit consacrée spécialement au mystère de l'Eucharistie. Le Christ a entendu son désir. Et aujourd'hui, dans le monde entier, l'Église célèbre ce mystère né d'une intuition confiée à une femme de notre terre. Voilà qui devrait rendre les Liégeois modestes... ou très fiers... mais plutôt modestes !
Saint Thomas d'Aquin, qui composa les textes liturgiques de cette fête, écrivait : « Aucun sacrement n'est plus salutaire que celui-ci ; il efface les péchés, fait croître les vertus et comble l'âme de tous les dons spirituels. »
L'Eucharistie est la nourriture des faibles. Et c'est une excellente nouvelle. Car si elle était réservée aux parfaits, nos églises seraient bien vides. Au fond, Dieu aurait pu choisir mille façons de demeurer parmi nous. Il a choisi la plus humble. Un morceau de pain. Un peu de vin. La simplicité d'un repas. Parce que l'amour aime les choses simples. Parce que l'amour veut être reçu. Parce que l'amour veut nourrir.
À chaque messe, le Christ nous redit : « Je ne veux pas seulement être admiré, je veux être accueilli. Je ne veux pas seulement être contemplé, Je veux vivre en toi. »
Voilà la merveille de cette fête. Le Dieu immense devient nourriture. Le Créateur se fait pain. L'Éternel se fait proche. Et celui qui nourrit l'univers vient rassasier notre cœur. Amen.
Pour l'Église, Pain rompu pour la vie du monde, qu'elle demeure une table ouverte où les pauvres trouvent leur place, une lampe dans la nuit, une maison où chacun peut découvrir la tendresse du Christ.

Pour notre diocèse de Liège. Toi qui as inspiré sainte Julienne de Cornillon et fait naître ici la fête du Corps et du Sang du Christ, garde vivante en notre Église la flamme eucharistique. Que nos communautés deviennent des foyers d'adoration, de fraternité et de charité.

Pour les peuples de la terre. Là où les hommes se divisent, que le Pain unique fasse grandir le désir de l'unité. Là où règnent la guerre et la haine, que surgissent des artisans de paix.

Pour ceux qui ont faim. Faim de pain, faim de justice, faim d'écoute, faim d'amour. Que ton Église soit attentive à leurs blessures et que personne ne soit oublié au banquet de ta bonté.

Pour les malades, les personnes âgées et les isolés. Que la présence eucharistique du Christ soit pour eux consolation dans l'épreuve, compagnie dans la solitude et espérance dans les jours difficiles.

Pour nous tous. Que chaque communion nous transforme peu à peu en ce que nous recevons : le Corps du Christ livré pour la vie du monde.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ;
monde que nous déréglons si souvent 
en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

 Aujourd'hui, prendre au moins dix minutes devant le Saint-Sacrement, à l'église ou intérieurement si cela n'est pas possible. Simplement rester là, sans beaucoup parler, et redire : « Seigneur Jésus, merci d'avoir trouvé le moyen de rester avec nous. »

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