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Saints Pierre et Paul


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux.

Lorsque nous entrons dans une grande cathédrale, notre regard est souvent attiré par les colonnes. Elles ne cherchent pas à se faire remarquer. Elles ne disent rien. Elles portent. Aujourd'hui, l'Église nous invite à contempler ses deux grandes colonnes : Pierre et Paul. Et quelle étrange idée de les fêter ensemble ! Tout semblait les opposer. L'un est pêcheur. L'autre est intellectuel. L'un vient de Galilée. L'autre de Tarse. L'un apprend lentement. L'autre comprend vite. L'un agit avant de réfléchir. L'autre réfléchit parfois avant d'agir... mais agit ensuite avec une énergie extraordinaire ! Pierre écrit avec les embruns du lac de Tibériade. Paul écrit avec les mots des philosophes grecs. Si un cabinet de recrutement avait dû choisir les fondateurs de l'Église, il aurait sans doute hésité… Et pourtant, Dieu les choisit tous les deux. Parce que Dieu ne cherche pas des copies conformes. Il cherche des cœurs disponibles. Comme le disait Augustin : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. » Avant toute mission, il y a une grâce commune : être disciple.

« Tu es le Christ ! » Tout commence par une question. Pas une question de catéchisme. Une question de cœur. « Pour vous, qui suis-je ? » Jésus ne demande pas : « Que savez-vous de moi ? » Il demande : « Qui suis-je pour vous ? » On peut connaître beaucoup de choses sur Jésus... sans jamais le connaître. Pierre ne récite pas une formule. Il fait une rencontre. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Et Jésus lui répond quelque chose d'extraordinaire : « Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père. » Autrement dit : Pierre, tu n'es pas arrivé jusqu'à moi. C'est le Père qui t'a conduit. Toute vocation commence toujours par une initiative de Dieu. Léon le Grand écrivait en cette fête : « La fermeté qui vient du Christ est communiquée à Pierre ; ce qui appartient en propre au Christ est partagé avec Pierre. » Quelle délicatesse ! Pierre n'est pas le roc parce qu'il serait plus solide que les autres. Il est roc parce qu'il s'appuie sur le véritable Rocher qu'est le Christ.

Les clés... Jésus remet ensuite les clés. Voilà un détail qui me fait toujours sourire. Connaissez-vous quelqu'un qui n'a jamais perdu ses clés ? Moi pas. Nous passons une partie de notre vie à chercher des clés. Les clés de la maison. Les clés de la voiture. Les clés de la sacristie... Et parfois même les clés de notre mémoire !
Or Jésus remet les clés du Royaume... à Pierre. Celui qui, quelques heures plus tard, perdra presque la clé de sa propre fidélité en reniant son Maître. Quelle audace de Dieu ! Il confie son Église à un homme fragile. Voilà qui est profondément rassurant. Si Dieu avait attendu des hommes parfaits pour bâtir son Église... nous attendrions encore. Saint Jean Chrysostome écrit : « Pierre, qui avait tremblé devant une servante, devient plus fort que tous les tyrans lorsque l'Esprit Saint descend sur lui. » La force de Pierre ne vient pas de Pierre. Elle vient de l'Esprit. Comme la nôtre.

Les chaînes qui tombent... La première lecture est bouleversante. Pierre dort. Il est en prison. Condamné. La veille de son exécution. Et il dort ! J'avoue que cela m'impressionne. À sa place, j'aurais probablement récité tous les psaumes... dans le désordre ! Lui dort.
Pourquoi ? Parce qu'il a appris à remettre sa vie entre les mains de Dieu. Le psaume le disait déjà : « Le Seigneur comble son bien-aimé quand il dort. »  Pendant que Pierre dort... Dieu travaille. Les chaînes tombent. Les portes s'ouvrent. Les gardes ne voient rien. On dirait presque que Dieu s'amuse. L'ange dit simplement : « Lève-toi vite. » Ce sont presque les mêmes paroles que celles adressées au matin de Pâques. Le Ressuscité continue de faire sortir les hommes de leurs tombeaux. Les prisons changent de nom. Aujourd'hui elles s'appellent parfois peur... amertume... addiction... découragement... Dieu continue d'envoyer ses anges.

Puis nous rencontrons Paul. Quel texte magnifique ! Il ne se plaint pas. Il ne regrette rien. Il regarde sa vie avec une paix désarmante. « J'ai mené le bon combat. J'ai achevé ma course. J'ai gardé la foi. » Remarquez bien. Il ne dit pas : « J'ai tout réussi. » Il dit : « J'ai gardé la foi. »Voilà la véritable réussite d'une vie chrétienne. Pas les succès mais la fidélité. Et Paul ajoute cette phrase extraordinaire : « Le Seigneur, lui, m'a assisté. » Toute sa théologie tient là : « Regardez ce que Dieu a fait en moi. » Saint Jean Chrysostome admirait cela : « Le cœur de Paul était le cœur du Christ. » Quelle magnifique définition d'un saint !

Deux hommes...  Plus j'avance dans la vie, plus je suis émerveillé par cette fête. Pierre et Paul ne sont pas des héros. Ils sont des hommes sauvés. Pierre porte le souvenir de son reniement. Paul celui des chrétiens qu'il a persécutés. Tous deux savent qu'ils vivent de la miséricorde. C'est peut-être cela qui les unit davantage que tout. Benoît XVI écrivait : « Pierre et Paul sont différents par leurs dons et leurs tâches, mais le Christ est le centre de leur vie. » Voilà l'unité de l'Église. L'uniformité est ennuyeuse. La communion est une symphonie. Dieu aime les différences lorsqu'elles sont accordées par l'Esprit.

Si Dieu a fait des saints avec Pierre et Paul, il peut certainement faire quelque chose de beau avec chacun de nous. Il ne nous demande pas d'être Pierre, ni Paul. Il nous demande d'être les saints que lui seul peut faire de nous. Pierre est devenu vivant. Paul est devenu vivant. À notre tour !

Et j'aimerais terminer avec une image. Je vois souvent Pierre comme le roc. Paul comme la route. Le roc donne à l'Église sa stabilité. La route lui donne son élan. Sans le roc, elle se disperse. Sans la route, elle s'endort. Mais tous deux regardent dans la même direction. Le Christ. Car il n'y a finalement qu'un seul héros aujourd'hui. Ce n'est ni Pierre. Ni Paul. C'est Celui qui a transformé un pêcheur peureux en pasteur, un persécuteur en apôtre, et qui continue aujourd'hui encore à faire des saints avec des pécheurs.

Père très saint, toi qui bâtis ton Église sur la foi des Apôtres, fais d'elle un phare au milieu des tempêtes, une maison aux portes ouvertes, une barque qui ne craint ni les vents contraires ni les nuits profondes, car ton Fils demeure à son bord.

Souviens-toi de notre pape Léon, des évêques, des prêtres, des diacres, des consacrés et de tous les baptisés. Que chacun trouve sa joie non dans les honneurs, mais dans le service ; non dans le pouvoir, mais dans le lavement des pieds ; non dans les certitudes humaines, mais dans la confiance en ton Esprit.

Regarde les peuples où les disciples du Christ sont encore persécutés. Comme tu as ouvert les portes de la prison de Pierre, ouvre les chemins de la liberté. Que le sang des martyrs continue de féconder la terre de ton Royaume.

Nous te confions ceux dont les chaînes sont invisibles : les prisonniers du découragement, de la maladie, de la dépendance, du deuil, de la solitude. Envoie près d'eux un ange de lumière, et fais tomber les liens qui les empêchent de marcher vers toi.

Enfin, Seigneur, nous te présentons notre communauté. Fais de chacun de nous une pierre vivante de ton Église. Que nos différences deviennent une harmonie, que nos charismes se mettent au service les uns des autres, et que notre unique fierté soit d'appartenir au Christ.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, prenons quelques minutes devant une image du Christ ou dans le silence de notre cœur, et laissons résonner une seule question : « Pour toi, qui suis-je ? » N'essayons pas de donner une réponse savante. Répondons comme on parle à un ami. 


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