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Samedi de la 9ème semaine

du Temps de l'Église

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Deux magnifiques portraits, mais tellement différents. D'un côté, Paul, le vieux missionnaire arrivé au terme de sa course. De l'autre, une veuve anonyme qui dépose deux petites pièces dans le Trésor du Temple. À première vue, tout les sépare. L'un est célèbre. L'autre est inconnue. L'un a parcouru la Méditerranée. L'autre a simplement traversé la cour du Temple. L'un écrit des lettres qui traverseront vingt siècles. L'autre ne prononce pas un mot. Et pourtant, ils se ressemblent profondément. Tous deux ont appris à tout donner.

Paul nous livre aujourd'hui des paroles bouleversantes : « Me voici déjà offert en sacrifice. Le moment de mon départ est venu. J'ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. » Quelle paix ! Quel regard lumineux sur sa vie ! Paul ne dresse pas la liste de ses succès. Il ne compte ni ses fondations d'Églises ni ses kilomètres parcourus. Il contemple simplement la fidélité de Dieu. Le mot qu'il emploie pour « départ » évoque en grec le marin qui largue les amarres. Paul ne s'accroche plus au quai. Le bateau peut partir. Le port du ciel l'attend.

Et pendant ce temps-là, dans l'Évangile, Jésus est assis face au Trésor. Il regarde les gens donner. Nous aurions peut-être préféré qu'il regarde ailleurs... Mais voilà : Dieu regarde. Pas pour surveiller, pour aimer. Pas pour contrôler, pour discerner.
Et Jésus remarque une pauvre veuve.Deux petites pièces, presque rien. Le montant est si faible que les comptables du Temple n'auraient probablement même pas pris la peine de sortir leur calculatrice. Mais Jésus s'émerveille. Car Dieu ne compte pas comme nous. Nous comptons les chiffres, lui regarde l'amour. Nous regardons la quantité, lui regarde le don. François de Sales écrivait : « Dieu regarde plus l'amour avec lequel on agit que les œuvres que l'on fait. »

Le Seigneur parle le langage du don. La veuve ne calcule pas. Paul ne calcule plus. Tous deux vivent déjà dans la liberté des enfants de Dieu. Il faut reconnaître que cette veuve possède une audace extraordinaire. Elle donne tout ce qu'elle a pour vivre. Les spécialistes de la gestion financière auraient probablement demandé à la rencontrer après la messe ! Pourtant Jésus ne souligne pas son imprudence. Il admire sa confiance. Car elle croit que sa vie repose davantage dans les mains de Dieu que dans le contenu de sa bourse.
Jean Chrysostome écrivait : « Ce n'est pas la grandeur du don qui compte, mais la grandeur de l'amour de celui qui donne. »

Au fond, Paul et la veuve ont découvert le même secret : on ne perd jamais ce que l'on remet entre les mains de Dieu. Paul offre sa vie. La veuve offre ses deux pièces. Et tous deux reçoivent infiniment davantage. L'un reçoit la couronne de justice. L'autre reçoit l'admiration éternelle du Christ.

Nous n'avons peut-être ni les voyages missionnaires de Paul, ni l'héroïsme de certains saints. Mais chacun possède aujourd'hui ses « deux petites pièces ».
Dans le Royaume de Dieu, ces petites pièces deviennent parfois des trésors. Alors n'ayons pas peur de donner. Le Seigneur regarde le cœur.Et son regard transforme toujours nos pauvretés en richesse.

Pour l'Église. Qu'elle ne cherche jamais la gloire des apparences, mais la beauté cachée de la sainteté. Que ses pasteurs et tous les baptisés servent avec humilité, comme les semeurs qui travaillent dans l'espérance des moissons de Dieu.

Pour ceux qui annoncent le Christ dans la discrétion du quotidien, dans les écoles, les familles, les hôpitaux, les monastères et les périphéries du monde. Que l'Esprit les soutienne et leur donne la joie de saint Paul.

Sur les terres ravagées par la guerre, là où résonnent encore les armes et les pleurs, fais lever des artisans de réconciliation. Que ta paix germe comme une source dans le désert.

Pour ceux dont les mains semblent vides, les personnes âgées, les malades, les isolés, les découragés. Qu'ils découvrent que leurs petites offrandes cachées ont un prix infini à tes yeux.

Pour notre communauté. Apprends-nous à offrir généreusement ce que nous sommes. Que nos journées deviennent une liturgie discrète, faite de bonté, de patience et de service fraternel.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ;
monde que nous déréglons si souvent 
en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...


 Aujourd'hui, offrir au Seigneur une de ses « deux petites pièces » : un acte de générosité discret, un service rendu sans être remarqué, un appel à une personne seule, ou un temps de prière offert pour quelqu'un.
Puis le faire dans le secret, sans attendre de remerciement. Car le Père qui voit dans le secret sait reconnaître les trésors cachés.

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