Jeudi de la 13ème semaine du Temps de l'Église
Il y a une phrase que nous avons tous entendue un jour : « De quoi je me mêle ? » C'est souvent la réaction de quelqu'un qui n'a pas envie qu'on vienne déranger son petit confort ou remettre en question ses certitudes. C'est exactement ce qui arrive au prophète Amos.
Amos n'est ni prêtre, ni fils de prophète. Il le dira lui-même avec une simplicité désarmante : « J'étais berger et je soignais les sycomores. » En d'autres termes : « Ce n'était pas mon métier. » Et pourtant, Dieu est allé le chercher au milieu de son travail. Le prêtre Amasias, lui, ne supporte pas cette voix qui dérange. En somme, il lui dit : « Retourne chez toi ! Ici, nous n'avons pas besoin de toi. » Comme c'est étrange ! On préfère parfois une religion qui rassure plutôt qu'une parole qui convertit. Benoît XVI écrivait : « La vérité n'est jamais une possession de l'homme ; elle est toujours un don qui nous précède et nous appelle. » Voilà ce qu'Amasias avait oublié. Il croyait posséder Dieu parce qu'il officiait dans le sanctuaire. Mais Dieu reste libre de choisir qui il veut, quand il veut et où il veut.
L'Évangile nous montre un autre scandale. Cette fois, ce ne sont plus les paroles d'un prophète qui dérangent, mais celles de Jésus. Un paralysé est amené devant lui. Tout le monde s'attend au miracle. Or Jésus commence autrement : « Confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » On imagine facilement la scène. Ceux qui portent le malade doivent se dire intérieurement : « C'est très beau... mais ce n'est pas exactement ce que nous étions venus demander ! » Pourtant Jésus va à la racine. La paralysie la plus grave n'est pas toujours celle du corps. Il existe des cœurs paralysés par la culpabilité, des existences immobilisées par le ressentiment, des familles figées par des années de silence, des communautés qui n'avancent plus parce qu'elles vivent de blessures anciennes. Jésus commence par remettre l'homme debout intérieurement. Alors seulement il lui dit : « Lève-toi. » Et l'homme peut marcher. Saint Augustin faisait remarquer avec beaucoup de finesse : « Dieu a créé l'homme sans lui ; il ne le sauvera pas sans lui. » Autrement dit, le Seigneur fait toujours le premier pas, mais il nous demande aussi de nous lever.
C'est peut-être le mot que chacun de nous entend aujourd'hui. Lève-toi de cette habitude qui t'enferme. Lève-toi de ce découragement qui te fait croire que rien ne changera. Lève-toi de cette peur qui t'empêche d'aimer davantage. Le Christ ne nous relève pas seulement pour que nous allions mieux. Il nous relève pour que nous devenions, à notre tour, des hommes et des femmes qui relèvent les autres.
Madeleine Delbrêl écrivait avec sa simplicité habituelle : « Il y a des lieux où souffle l'Esprit, mais il est un Esprit qui souffle en tous lieux. » Voilà pourquoi Amos pouvait annoncer Dieu au milieu des troupeaux, et Jésus rencontrer Dieu au milieu d'une maison bondée de monde. Le Seigneur nous rejoint là où nous sommes. Et il continue de nous dire, avec une infinie tendresse : « Confiance... Lève-toi. »
Peut-être est-ce la plus belle parole que nous pouvions entendre aujourd'hui.
Seigneur, toi qui fais lever des prophètes lorsque ton peuple s'endort, inspire les responsables des nations. Qu'ils recherchent la vérité avec humilité et travaillent au service de la justice et de la paix.
Seigneur, toi qui as dit au paralysé : "Confiance", visite celles et ceux dont le corps est éprouvé, dont le cœur est blessé ou dont l'espérance vacille. Que ta miséricorde les remette debout.
Seigneur, lorsque nos peurs nous paralysent ou que nos certitudes ferment nos oreilles, ouvre en nous un chemin de liberté. Fais de nous des artisans de réconciliation et des témoins de ton pardon.
Seigneur, en nous rassemblant autour de la table de ton Fils, fais de notre communauté une maison où chacun peut entendre cette parole qui relève : "Confiance". Que notre accueil, notre écoute et notre fraternité deviennent les signes visibles de ta présence.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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