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Jeudi de la 14ème semaine du Temps de l'Église 


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or, ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. L’ouvrier, en effet, mérite sa nourriture. Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez là jusqu’à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous. Si l’on ne vous accueille pas et si l’on n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds. Amen, je vous le dis : au jour du Jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins sévèrement que cette ville. »

Un tout-petit fait ses premiers pas. Toute la famille retient son souffle. Le papa et la maman tendent les bras. L'enfant hésite... Il avance de deux pas... Puis il tombe. Et personne ne lui fait un reproche. Au contraire ! On applaudit comme s'il venait de remporter une médaille olympique. Pourquoi ? Parce que l'amour regarde moins les chutes que les premiers pas.

J'ai toujours pensé que cette scène aidait à comprendre la première lecture. C'est peut-être l'une des plus belles pages de tout l'Ancien Testament. Dieu dit : « C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue. » Quelle image bouleversante ! Le Dieu d'Osée 
est un père qui se penche vers son enfant. Mieux encore : « Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. » Dans toute la Bible, il est difficile de trouver des paroles plus tendres. Le mot hébreu évoque les entrailles maternelles. Dieu aime avec la force d'un père et la tendresse d'une mère. Et c'est précisément ce Dieu-là que Jésus envoie annoncer.

Dans l'Évangile, il ne donne pas d'abord une stratégie missionnaire. Il dit simplement : « Proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. » Le Royaume est proche... Parce que Dieu lui-même s'est approché. Puis Jésus ajoute : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » Voilà la source de toute mission. On ne transmet pas une théorie. On partage un don reçu. Je vous redis cette citation de Benoît XVI que je vous ai déjà donnée : « À l'origine du fait d'être chrétien, il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon. » Les Douze ne sont pas envoyés parce qu'ils savent tout. Ils sont envoyés parce qu'ils ont rencontré Jésus. Et cette rencontre change leur manière de regarder le monde.
Je pense aussi à cette parole de Jean Chrysostome : « Rien n'est plus froid qu'un chrétien qui ne se soucie pas du salut des autres. »

Quand une bonne nouvelle nous habite vraiment, nous avons naturellement envie de la partager. Mais Jésus demande aussi quelque chose de surprenant. Il envoie ses disciples sans richesse, sans sécurité, presque sans bagages. Comme s'il voulait leur apprendre que la crédibilité de l'Évangile ne dépend pas d'abord de ce que l'on possède, mais de la confiance que l'on met en Dieu. Bernanos écrivait : « L'espérance est un risque à courir. » Être disciple, c'est précisément cela. Accepter de vivre de cette confiance.

Dieu, nous apprend à marcher comme un père apprend à marcher à son enfant. Il nous relève. Il nous encourage. Il nous applaudit presque lorsque nous faisons un premier pas. Et si nous tombons, il ne cesse pas de nous aimer. Au fond, l'Évangile ne nous demande pas d'abord d'être des héros, mais il nous demande de croire que nous sommes aimés. Aujourd'hui encore, le Seigneur nous dit : « Tu peux avancer. Je marche avec toi. Et si tu tombes, je serai toujours là pour te relever. »

Père de tendresse, toi qui apprends à marcher à ton peuple comme un père soutient son enfant, fais grandir ton Église dans la douceur de l'Évangile. Qu'elle soit, au milieu des nations, une demeure où chacun puisse retrouver le chemin de la confiance. 

Père des vivants, regarde les peuples que la guerre, la haine ou la misère ont dispersés comme des brebis sans berger. Rassemble-les sous l'ombre de ta vigne, fais renaître la justice comme une source et la paix comme un fleuve qui ne tarit pas..

Père des miséricordes, penche-toi sur ceux qui n'ont plus la force de marcher : les malades, les personnes âgées, les familles éprouvées, les cœurs blessés. Qu'ils découvrent dans la main tendue d'un frère le reflet de ta propre tendresse. 

Père de toute grâce, tu nous as tout donné gratuitement. Apprends-nous à semer sans compter, à servir sans calculer, à aimer sans attendre de retour, afin que nos vies deviennent comme un pain partagé pour la multitude. 

Père fidèle, fais de chacun de nous un messager de ton Royaume. Que nos paroles soient des semences de lumière, nos gestes des sources de consolation et nos maisons des lieux où ton Évangile trouve toujours une porte ouverte.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, je choisirai de poser un geste entièrement gratuit. Avant de le faire, je prendrai quelques instants pour me redire cette parole de Jésus : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. »

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