Lundi de la 15ème semaine du Temps de l'Église
Chaque fois que j’ai déménagé, en faisant mes caisses, au moment de mettre quelque chose dedans, je me disais : « Est-ce que cela me sert encore... ou est-ce que je le garde simplement par habitude ? » Je crois que cette question pourrait parfois être posée à notre vie spirituelle. Y a-t-il des gestes de foi que je pose parce qu'ils sont habités par une rencontre avec Dieu ou simplement parce que je les ai toujours faits ?
Le prophète Isaïe n'y va pas par quatre chemins. Au nom de Dieu, il déclare : « Que m'importe le nombre de vos sacrifices ? » Glurps ! Dieu ne rejette pourtant pas le culte. Ce qu'il refuse, c'est un culte qui masquerait une vie sans justice. Il explique : « Apprenez à faire le bien, recherchez le droit, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. » Autrement dit, la liturgie ne prend tout son sens que lorsqu'elle façonne notre manière de vivre. « Tu veux honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu'il est nu. Ne l'honore pas ici dans l'église avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. » Voilà ce qu’écrivait saint Jean Chrysostome. Le culte véritable déborde toujours dans la charité.
Puis l'Évangile nous surprend. Jésus affirme : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » À première vue, cette phrase paraît contredire tout l'Évangile. Lui qui est appelé le Prince de la paix parlerait-il de violence ? Bien sûr que non. Le glaive dont parle Jésus c’est celui du discernement. Sa Parole oblige à choisir. On ne peut pas accueillir l'Évangile sans que quelque chose change en nous. Et ces changements ne sont pas toujours compris par notre entourage. Suivre le Christ n'est pas entrer en conflit avec les autres. C'est accepter que la fidélité à l'Évangile passe avant nos sécurités. Benoît XVI, reprenant Vatican II écrivait : « La vérité ne s'impose que par la force de la vérité elle-même. » Le Christ ne contraint jamais mais il appelle. Et son appel est suffisamment fort pour « réordonner » toute une existence. C’est d’ailleurs ce que le Père faisait à la création : mettre de l’ordre dans le tohu-bohu. La conversion, c'est peut-être cela : accepter que Dieu remette de l'ordre dans le désordre de nos vies, non pas pour nous enfermer, mais pour nous rendre plus vivants.
Puis vient cette parole magnifique : « Celui qui donnera seulement un verre d'eau fraîche à l'un de ces petits... ne perdra pas sa récompense. » Après les exigences les plus radicales, Jésus termine par le geste le plus simple. Un verre d'eau. Comme s'il voulait nous dire que la sainteté ne commence pas dans les exploits. Elle commence dans les petites fidélités quotidiennes. Les grandes aventures commencent souvent par de petites fidélités. Le Royaume de Dieu grandit souvent à travers des gestes si modestes que personne ne les remarque.
Dieu des peuples, regarde les nations déchirées par les violences, les divisions et les intérêts opposés. Fais naître des femmes et des hommes qui préfèrent la vérité au mensonge, le dialogue à la haine, et le service au pouvoir.
Dieu des petits, souviens-toi de ceux qui sont oubliés, rejetés ou méprisés. Que ceux qui ont soif trouvent une main qui leur tende l'eau, que ceux qui ont faim trouvent un pain partagé, et que ceux qui désespèrent rencontrent un témoin de ton espérance.
Dieu de fidélité, fortifie tous ceux qui, à cause de leur foi, connaissent l'incompréhension, la solitude ou la persécution. Que ton Esprit soit leur courage et leur paix.
Dieu de toute bonté, fais de nos vies une offrande qui te soit agréable. Que les gestes les plus humbles de notre journée deviennent, comme quelques gouttes d'eau versées en ton Nom, une semence de ton Royaume.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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