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Mardi de la 14ème semaine du Temps de l'Église 

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 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, voici qu’on présenta à Jésus un possédé qui était sourd-muet. Lorsque le démon eut été expulsé, le sourd-muet se mit à parler. Les foules furent dans l’admiration, et elles disaient : « Jamais rien de pareil ne s’est vu en Israël ! » Mais les pharisiens disaient : « C’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. » Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Quelle époque paradoxale ! Nous n'avons jamais eu autant de moyens pour communiquer. Téléphones, messages, visioconférences, réseaux sociaux... Il suffit d'un instant pour parler avec quelqu'un qui se trouve à l'autre bout du monde. Et pourtant, combien de personnes disent aujourd'hui : « Je n'ai plus personne à qui parler vraiment. » Nous savons communiquer. Mais savons-nous encore nous rencontrer ?

L'Évangile nous présente un homme qui ne peut plus parler. Sa souffrance est physique, certes, mais elle dit aussi quelque chose de plus profond : lorsqu'une personne perd la parole, c'est une part de sa relation aux autres qui s'efface. Jésus ne commence pas par faire un discours. Il libère cet homme. Et aussitôt, la parole renaît. Comme si retrouver la voix, c'était retrouver sa place parmi les vivants.

Le prophète Osée, lui, nous montre un autre drame. Le peuple a fabriqué des idoles. Des dieux à son image. Des dieux que l'on peut contrôler. Le psaume le dit avec une ironie mordante : « Elles ont une bouche et ne parlent pas ; elles ont des yeux et ne voient pas... » Les idoles sont muettes. Et, ajoute le psaume, « Qu'ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font. » Quelle remarque étonnante !  Nous finissons toujours par ressembler à ce que nous adorons. Si nous adorons le pouvoir, nous devenons durs. Si nous adorons l'argent, nous regardons tout avec les yeux du calcul. Si nous adorons notre image, nous devenons prisonniers du regard des autres. Mais si nous regardons le Christ... Alors peu à peu, nous lui ressemblons. Saint Augustin résume cela en une phrase d'une profondeur admirable : « Là où est ton amour, là est ton poids. » Ce que nous aimons nous entraîne. La question n'est donc pas seulement : « En quoi est-ce que je crois ? » Mais : « Qu'est-ce qui oriente réellement ma vie ? »

Puis l'Évangile prend un tournant inattendu. Jésus regarde les foules. Il ne les juge pas. Il les contemple. Et saint Matthieu écrit : « Il fut saisi de compassion envers elles, parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger.» Le mot grec employé ici est très fort : il désigne une émotion qui prend aux entrailles. Voilà le cœur de Dieu. Le pape François écrit : « Le langage de Dieu est un langage de proximité, un langage de compassion et un langage de tendresse. » Cette phrase éclaire admirablement l'Évangile. La compassion n'est pas un sentiment vague. C'est la manière même dont Dieu regarde le monde. Et c'est pourquoi Jésus ajoute aussitôt : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. » Il n’invite pas à chercher des spécialistes ni à recruter les meilleurs. » Il demande des ouvriers. Des femmes et des hommes capables de regarder les autres avec le même regard que lui. Madeleine Delbrêl écrivait : « Être missionnaire, ce n'est pas faire un peu plus de choses ; c'est laisser passer Jésus-Christ à travers sa vie. » Voilà peut-être la plus belle définition d'un disciple. Nous ne sommes pas envoyés pour parler de nous. Nous sommes envoyés pour laisser transparaître le Christ.

Dieu de la Parole vivante, arrache ton Église aux idoles qui la guettent et garde-la tournée vers ton visage. Qu'elle soit, au milieu des nations, comme un cep chargé de grappes, offrant le vin de l'espérance à ceux qui ont perdu le goût de vivre. 

Dieu des semailles, regarde les peuples qui récoltent aujourd'hui les tempêtes de la violence, de l'injustice ou de l'indifférence. Fais lever des artisans de paix qui sèment avec patience la justice et recueillent les fruits de la réconciliation. 

Dieu de compassion, pose ton regard sur ceux dont la voix s'est éteinte : les personnes isolées, les malades, les oubliés, ceux que personne n'écoute plus. Que ton Fils les appelle par leur nom et fasse jaillir en eux une parole de vie plus forte que le silence. 

Dieu des moissons, envoie dans ton Église des ouvriers au cœur humble. Que leur parole soit comme une pluie sur la terre assoiffée, que leurs mains relèvent les plus fragiles et que leur vie annonce la douceur de ton Royaume. 

Dieu fidèle, fais de chacun de nous un reflet de ton regard. Que nos yeux sachent reconnaître la détresse cachée, que nos oreilles accueillent les confidences les plus discrètes, et que nos lèvres deviennent une source de bénédiction pour ceux que nous rencontrerons aujourd'hui.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, je prendrai le temps d'écouter une personne sans l'interrompre. Avant de chercher les mots qui répondent, je lui offrirai d'abord la qualité de mon écoute.

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