Mardi de la 15ème semaine du Temps de l'Église
Peut-être qu’il vous est parfois arrivé de dire ou de penser : « Je perds pied. » Parfois, des événements nous dépassent, des soucis s'accumulent, nous ne savons plus très bien où nous allons. Perdre pied... C'est exactement ce qui arrive au roi Acaz dans la première lecture. Deux royaumes marchent contre Jérusalem. La peur envahit le palais. Isaïe décrit la scène avec une image magnifique : « Le cœur du roi et celui de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sous le vent. » Qui n'a jamais connu cela ? Il suffit parfois d'un coup de téléphone, d'un résultat médical, d'une difficulté familiale, et tout notre paysage intérieur se met à vaciller.
Alors Dieu envoie Isaïe. Et le prophète prononce une phrase qui devrait être gravée dans nos mémoires : « Mais vous, si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir. » Tout est là. Le problème d'Acaz n'est pas d'avoir peur. Le problème est de chercher sa sécurité ailleurs que dans le Seigneur. La foi n'empêche pas les tempêtes. Elle nous donne un point d'ancrage au milieu des tempêtes.
L'Évangile nous montre un autre visage de cette difficulté à croire. Cette fois, ce n'est plus la peur. C'est l'habitude. Jésus reproche à Corazine, Bethsaïde et Capharnaüm de ne pas s'être converties malgré les signes accomplis sous leurs yeux. Il ne leur reproche pas leur ignorance mais leur indifférence. À force de voir Jésus, elles ne le regardent plus. Comme il est facile de s'habituer aux plus grandes merveilles ! Nous pouvons nous habituer à l'Eucharistie, à l'Évangile, à la prière, à la présence de Dieu. Le « miracle » devient une routine. Nous risquons de devenir la « bof génération ». L'habitude peut émousser l'émerveillement.Et lorsque l'émerveillement disparaît, la foi risque de devenir une simple coutume. Le pape François disait dans son homélie d’une messe chrismale : « Demandons la grâce de ne jamais nous habituer à la grâce. » Ne jamais s'habituer à la grâce. Ne jamais considérer comme normal que Dieu nous parle, qu'il nous pardonne, qu'il nous nourrisse de son Corps, qu'il nous relève sans cesse.
Acaz est prisonnier de sa peur. Les villes de Galilée sont prisonnières de leur habitude. Dans les deux cas, le cœur cesse d'être disponible. Or la foi est toujours une disponibilité. Elle consiste à laisser Dieu nous surprendre encore.
Petit exercice pratique : Aujourd'hui, regardons une réalité familière comme si nous la voyions pour la première fois et demandons-nous : « Seigneur, qu'as-tu encore à me révéler aujourd'hui ? » Car Dieu ne cesse jamais de parler. Ce qui change, c'est parfois seulement notre capacité d'écoute.
Dieu des nations, regarde les peuples éprouvés par la guerre, les violences et les peurs qui ferment les frontières des cœurs. Fais lever des artisans de paix qui croient plus fort à la force du dialogue qu'à celle des armes. Nous t'en prions.
Dieu des réveils intérieurs, visite ceux dont la foi s'est peu à peu assoupie. Là où l'habitude a recouvert l'émerveillement, fais jaillir de nouveau la source vive de ta présence. Nous t'en prions.
Dieu de toute consolation, soutiens ceux qui traversent une période d'incertitude, de maladie ou de deuil. Lorsque leurs pas vacillent, sois pour eux le roc qui ne s'effondre jamais et la lumière qui veille dans la nuit. Nous t'en prions.
Dieu de la première heure, renouvelle en chacun de nous la joie de croire. Que nos yeux sachent reconnaître les signes discrets de ton passage, comme la rosée sur la terre au matin ou la semence qui germe en silence.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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