Mardi de la 17ème semaine du Temps de l'Eglise
Dans mon enfance, une de mes voisines s’appelait Anna et elle vivait pratiquement dans son jardin. À peine une mauvaise herbe montrait-elle le bout de son nez qu'elle se précipitait avec ses outils, comme s'il y avait urgence absolue. Elle était plus rapide qu’un pompier devant une reprise de feu. Mais Jésus, lui, dit : « Attends un peu... tu risques d'arracher la fleur avec l'herbe. » Il aurait fait un excellent jardinier. Dans l'évangile d'aujourd'hui, il nous explique pourquoi il n'arrache pas tout de suite l'ivraie. Parce qu'il connaît mieux que nous les racines. Les racines des deux, on ne les voit pas, mais elles sont entremêlées sous terre. Il voit ce que nous ne voyons pas encore. Il sait aussi que le blé n'a pas fini de grandir. Et peut-être aussi... parce qu'il croit davantage en nous que nous n'y croyons nous-mêmes. Et peut-être même, en homme d’espérance absolue qu’il est, pourrait-il imaginer que les racines du blé pourraient transformer la mauvaise herbe en bon blé.
Si vous êtes comme moi, vous savez que nous avons souvent une étrange manière de regarder les personnes. Nous les enfermons rapidement dans une étiquette. « Celui-là est comme ceci... » « Celle-là sera toujours comme cela... » Je me souviens de la note qu’avait écrite un de mes instituteurs sur une de mes dictées à propos de ma calligraphie : « Hannosset, vous ne changerez jamais ». Nous faisons la même chose avec nous-mêmes. « Je ne changerai jamais. » « C'est mon caractère. » « Je suis fait ainsi. »
Jésus refuse ce fatalisme. Le Seigneur ne regarde jamais une personne comme un « produit fini », emballé ... Il regarde une moisson en devenir. C’est pour ça qu’il attend. Pas par faiblesse, mais par espérance. Nous sommes dans le temps que des théologiens appellent, le temps de la patience de Dieu.
Jérémie, lui aussi, avait de quoi se décourager. Le peuple s'est éloigné de Dieu. La sécheresse ravage le pays. Tout semble perdu. Et pourtant, écoutez sa prière. Il ne dit pas : « Nous méritons d'être sauvés. » Il dit : « À cause de ton Nom. » Autrement dit : « Seigneur, sois fidèle à ce que tu es. » Quelle magnifique manière de prier ! Passer du mérite à la grâce. Nous arrivons souvent devant Dieu avec la liste de nos mérites... ou de nos échecs. Jérémie, lui, ne présente ni l'un ni l'autre. Il présente Dieu à Dieu. « Tu es miséricorde. Alors sois miséricorde. » Cette intuition traverse toute la Bible. La patience de Dieu n'est pas une résignation. C'est une forme d'amour.
Et puis Jésus nous parle de la moisson. Pendant longtemps, cette image a été utilisée pour faire peur : les flammes de l’enfer où nous allions griller comme des frites dans le blanc de bœuf. Pourtant, regardons bien. Le but du cultivateur, ce n'est pas le feu. Le but du cultivateur, c’est le blé. Le feu n'est jamais le centre de la parabole. Le centre, c'est la récolte. Dieu travaille pour la moisson. Il travaille pour que le plus de blé possible arrive à maturité. Je pense souvent que nous nous trompons lorsque nous imaginons le jugement dernier. Nous imaginons Dieu occupé à compter les fautes. L'évangile le montre occupé à faire mûrir le bon grain. Avouez que c’est très différent !
Alors, pour terminer : Une plante grandit lorsqu'on lui donne de la lumière, pas lorsqu'on passe son temps à regarder les mauvaises herbes. Alors, cette semaine, regardons moins nos limites. Et davantage ce que Dieu est déjà en train de faire pousser en nous. Le reste... Il s'en chargera.
Père de tendresse, visite les nations éprouvées par la guerre, la faim et les catastrophes. Nous pensons en particulier à la situation dramatique en certains endroits de France et d'Espagne. Là où les larmes ont remplacé les récoltes, fais couler les fleuves de ta consolation et relève ceux qui n'espèrent plus.
Père fidèle, approche-toi de ceux dont la vie semble envahie par l'ivraie de la souffrance, de l'échec ou du péché. Que le soleil de ton amour fasse mûrir en eux le bon grain que toi seul sais reconnaître.
Père patient, fais de notre communauté une terre labourée par ton Esprit. Que nous sachions nous accueillir les uns les autres avec le regard du Christ, qui voit déjà l'épi là où nous ne voyons encore qu'une fragile pousse.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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