Note-Dame du Mont Carmel
La journée est terminée, on est enfoncé dans le canapé pour se reposer mais la tête, elle, continue de travailler. Les conversations que l’on a eues, les soucis qui peuvent nous accabler et déjà les décisions de demain s'invitent déjà. Nous sommes couchés mais nous ne sommes pas vraiment reposés.
Je crois que Jésus connaît bien ce cœur humain. C'est pourquoi il ne dit pas : « Venez dormir », il n’est pas un super Zolpidem ; il dit : « Venez à moi... et je vous procurerai le repos. » Le repos dont parle l'Évangile est beaucoup plus profond. C'est ce lieu intérieur où nous cessons enfin de porter seuls le poids de notre existence.
La première lecture nous y prépare admirablement. Isaïe fait monter une prière du peuple au milieu de l'épreuve. Et cette phrase retient l'attention : « Mon âme, la nuit te désire. » Quelle belle définition de la foi ! La foi n'est pas l'absence de nuit mais elle est une manière de traverser la nuit. Même lorsque Dieu semble silencieux. Même lorsque les réponses tardent.
Le Carmel est précisément l'école de cette attente. Une montagne où le prophète Élie apprit à reconnaître Dieu, non dans la violence du vent ou du feu, mais dans « le murmure d'une brise légère ». Marie appartient à cette même école. Elle accueille, elle médite et surtout, elle laisse Dieu faire son œuvre dans le silence.
Saint Jean de la Croix écrivait : « Le Père n'a dit qu'une seule Parole : son Fils ; et c'est dans un éternel silence qu'il la dit ; c'est dans le silence que l'âme doit l'entendre. » Le Carmel nous apprend à reconnaître le Seigneur dans le silence. Le Carmel c’est bien plus qu’une montagne. C'est un cœur où Dieu peut enfin trouver le silence pour parler.
Et voilà que Jésus ajoute : « Prenez sur vous mon joug. » Étrange non ? Il vient de promettre le repos, et voilà qu’il parle d'un joug. Contradictoire ? Non. Le joug du Christ n'ajoute pas un poids supplémentaire. Je vous ai déjà cité Benoît XVI, à sa première messe comme Pape : « Celui qui croit n'est jamais seul. » Cette phrase prend aujourd'hui une résonance particulière. Le véritable repos naît de cette certitude. Je ne suis jamais seul. Même dans mes nuits. Même dans mes fatigues. Même lorsque je ne comprends plus le chemin.
Notre-Dame du Mont Carmel est précisément cette présence maternelle qui nous conduit vers le Christ. Le scapulaire, si cher à la tradition carmélitaine, n'est pas un porte-bonheur. Il est le signe d'un engagement réciproque : vivre revêtu du Christ à l'école de Marie. Thérèse de l'Enfant-Jésus, fille du Carmel, écrivait : « Tout est grâce. » C'est peut-être cela, le repos chrétien. Découvrir que tout peut devenir grâce lorsque nous le remettons entre les mains du Christ.
Marie du Carmel ne nous retient jamais auprès d'elle. Elle nous montre son Fils, lui qui nous murmure aujourd’hui : « Viens à moi... » Mon nom est Emmanuel, je suis Dieu-avec-toi.
Dieu des vallées et des sommets, regarde les peuples meurtris par la guerre, l'exil et la violence. Que ton souffle apaise les cœurs comme la brise légère sur le mont Horeb, et fasse renaître des chemins de paix.
Dieu des nuits lumineuses, visite ceux qui peinent sous le poids de la maladie, de la solitude, du deuil ou du découragement. Que Marie, Étoile du Carmel, les accompagne jusqu'à l'aurore de ton espérance.
Dieu du silence fécond, apprends à notre monde dispersé le goût de l'écoute intérieure. Que les chercheurs de vérité, les contemplatifs, les éducateurs et tous ceux qui cherchent ton visage découvrent la joie de se laisser instruire par ton Esprit.
Dieu de toute tendresse, fais de nos cœurs une terre paisible où ta Parole puisse reposer comme la pluie sur le jardin, comme la rosée sur la vigne, comme le feu discret qui réchauffe sans consumer.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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