Saint Benoît, patron de l'Europe
« Dix conseils pour être heureux. » « Cinq étapes pour réussir sa vie. » « Trois minutes par jour pour changer votre existence. » Notre monde - et nous, sans doute - nous aimons les recettes rapides. Nous aimerions parfois que la sainteté fonctionne comme une application : un clic, et tout est réglé. La Bible est beaucoup plus patiente. Le livre des Proverbes nous dit : « si tu la (Sagesse) recherches comme l’argent,
si tu creuses comme un chercheur de trésor, alors tu comprendras la crainte du Seigneur, tu découvriras la connaissance de Dieu. » Chercher. Creuser. Persévérer. La sagesse n'est pas un téléchargement. Elle est un chemin. Et c'est précisément ce qu'a vécu saint Benoît.
Lorsque le monde romain s'effondrait autour de lui, il n'a pas cherché à sauver une civilisation par des discours. Il a commencé par chercher Dieu. Dans le silence. Dans la prière. Dans le travail. Dans une vie fraternelle. Et, sans l'avoir prévu, cette fidélité humble a fini par transformer toute une partie de l'Europe. L'histoire est pleine de ce paradoxe. Ceux qui veulent absolument changer le monde n'y parviennent pas toujours. Ceux qui cherchent d'abord Dieu changent souvent le monde sans s'en apercevoir.
L'Évangile nous montre Pierre, toujours aussi spontané. « Voici que nous avons tout quitté. Qu'aurons-nous donc ? » La question est très humaine. Nous aussi, il nous arrive de faire les comptes. « Seigneur, tout ce que j'ai essayé de faire... est-ce que cela sert à quelque chose ? » Jésus ne se moque pas de Pierre. Il lui répond en élargissant son regard. Personne ne perd ce qu'il donne par amour. Ce qui est offert au Christ n'est jamais perdu. Benoît XVI écrivait : « Celui qui fait entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. » Cette phrase est devenue célèbre. Parce qu'elle est profondément vraie. Nous avons souvent peur que Dieu nous prenne quelque chose. L'Évangile affirme exactement le contraire. Dieu ne retire rien de ce qui fait vivre. Il agrandit. Il accomplit.
Saint Benoît l'avait bien compris. Le premier mot de sa Règle est un seul verbe : « Écoute. » Quelle simplicité ! Avant de parler. Avant d'agir. Avant de décider. Écoute. Peut-être est-ce aujourd'hui le conseil dont notre monde a le plus besoin. Nous parlons beaucoup. Nous réagissons vite. Nous commentons tout. Mais prenons-nous encore le temps d'écouter ? Écouter Dieu. Écouter les autres. Écouter même ce silence où l'Esprit travaille. Le pape François écrivait : « La vie chrétienne est avant tout l'écoute de Dieu qui parle, puis la marche à sa suite. »
Au fond, saint Benoît nous enseigne une chose très simple. La fécondité ne naît pas de l'agitation. Elle naît de la fidélité. L'Europe ne s'est pas reconstruite grâce à quelques hommes extraordinaires. Elle a été patiemment façonnée par des moines qui priaient les psaumes, accueillaient les pauvres, cultivaient la terre, copiaient les manuscrits et vivaient l'Évangile. Ils n'ont pas cherché à faire du bruit. Ils ont cherché Dieu. Et c'est ainsi qu'ils ont laissé une trace. À notre tour ?
Dieu des peuples, veille sur notre Europe. Au milieu des inquiétudes, des divisions et des replis, ravive en elle la mémoire des sources spirituelles qui l'ont façonnée. Que les responsables des nations recherchent avec persévérance les chemins de la justice et de la paix.
Dieu des humbles, regarde ceux qui vivent dans la précarité, les malades, les personnes déracinées, les jeunes qui cherchent leur chemin. Qu'ils trouvent auprès de nous un visage accueillant, une parole fraternelle et une espérance qui ne déçoit pas.
Dieu des semeurs, bénis tous ceux qui, dans le silence de leur fidélité quotidienne, bâtissent ton Royaume : les parents, les éducateurs, les moines et moniales, les bénévoles, les artisans de paix. Que leur vie soit comme un levain caché qui fait lever la pâte du monde.
Dieu de toute bonté, fais de nos cœurs une terre ouverte à ta Sagesse. Que nous apprenions à écouter avant de parler, à servir avant de paraître, et à chercher ton Royaume avant tout le reste.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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