Saint Bonaventure
« Il a réponse à tout. » Nous connaissons tous des personnes qui, avant même que vous ayez terminé votre question, elles savent déjà. Et puis il y en a d'autres qui savent écouter. Curieusement, ce sont souvent celles-là qui nous aident le plus. Dans les lectures de ce jour, deux manières d'habiter le monde se font face.
La première est celle du roi d'Assour. Il accumule les victoires et il finit par croire qu'il est l'unique artisan de sa réussite. Isaïe résume son discours en quelques mots : « C’est par la vigueur de ma main que j’ai agi, et par ma sagesse, car j’ai l’intelligence. » Il ne risque pas d’être étouffé par son humilité … Le danger n'est pas seulement l'orgueil. Le danger est l'illusion. Croire que tout vient de moi, que je me suis construit seul - j’ai entendu un candidat premier ministre français, utiliser cette expression -, que je ne dois rien à personne. Alors, peu à peu, Dieu devient un simple spectateur de notre vie.
L'Évangile nous conduit exactement dans la direction inverse. Jésus s'émerveille. « Je te bénis, Père... parce que tu as révélé cela aux tout-petits. » Il ne célèbre pas l'ignorance : « plus je suis ignare, mieux c’est » . Non, évidemment. Les « petits » de l'Évangile ne sont pas ceux qui savent peu. Ce sont ceux qui acceptent de recevoir.
Saint Bonaventure est un merveilleux témoin de cette attitude. Immense théologien, ministre général des Franciscains, cardinal, il savait que la connaissance de Dieu ne grandit vraiment que lorsqu'elle devient prière. Dans son Itinéraire de l'âme vers Dieu, il écrit : « Nul ne peut entrer en lui-même pour s'élever jusqu'à Dieu, sinon par le Christ, qui est la porte. » Autrement dit, l'intelligence seule ne suffit pas. Il faut aussi consentir à être conduit. Bonaventure n'oppose jamais la raison et la foi. Il montre que la raison trouve son accomplissement lorsqu'elle devient contemplation. Benoît XVI, qui admirait profondément saint Bonaventure, disait à son sujet : « Pour saint Bonaventure, la connaissance véritable du Christ ne grandit pas sans l'amour. » Quelle belle définition de la théologie ! Connaître davantage... pour aimer davantage. Et aimer davantage... pour connaître davantage. Il y a là un cercle vertueux que nous pouvons tous vivre, quels que soient nos études ou notre culture.
Les enfants savent s'émerveiller d'une coccinelle, d'un arc-en-ciel, d'un coquillage. Nous, les adultes, passons souvent à côté. Nous croyons connaître. Alors nous ne regardons plus. Il en va parfois de même avec Dieu. Nous croyons connaître l'Évangile. Nous croyons connaître la messe. Nous croyons connaître la prière. Et nous cessons d'être surpris. Mais faut-il rappeler encore une fois que dans la Bible, connaître signifie avoir une relation amoureuse. Le véritable contraire de la foi n'est peut-être pas le doute. C'est l'habitude qui ne s'émerveille plus.
En cette fête de saint Bonaventure, demandons la grâce de redevenir des disciples. Des hommes et des femmes qui n'ont pas réponse à tout, mais qui gardent le cœur assez pauvre pour apprendre encore de Dieu. Car le Royaume n'est pas la récompense des plus savants. Il est le cadeau offert à ceux qui acceptent de tendre les mains.
Père de toute justice, regarde les peuples dominés par l'orgueil, la violence et la soif de puissance. Renverse les idoles que les hommes se fabriquent et fais lever des responsables dont la force soit celle du service et de la paix.
Père des petits, ouvre les yeux de ceux que le découragement ou la souffrance empêchent de reconnaître les signes de ton amour. Que ta tendresse soit pour eux comme une source cachée qui irrigue les terres desséchées.
Père de la Sagesse, bénis les chercheurs, les enseignants, les étudiants, les catéchistes et tous ceux qui transmettent la foi. Que leur intelligence demeure habitée par l'émerveillement, afin que leur parole conduise toujours vers toi et jamais vers eux-mêmes.
Père très bon, fais de nos cœurs une demeure ouverte à ta grâce. Là où l'orgueil a durci la terre, fais lever l'humble moisson de la confiance ; là où nos certitudes nous enferment, ouvre des chemins d'émerveillement et de louange
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Commentaires
Enregistrer un commentaire