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Saint Pier Giorgio Frassati


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement, car le morceau ajouté tire sur le vêtement, et la déchirure s’agrandit. Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve. »

Nous avons tous nos petites habitudes. Il suffit qu'au supermarché on change la place du café ou des pâtes, et nous voilà complètement perdus ! Nous aimons bien que les choses restent à leur place. Et, si nous sommes honnêtes, nous faisons parfois la même chose avec Dieu : nous aimerions qu'il soit présent dans notre vie... mais sans trop déplacer les rayons ! Au fond, nous aimons la nouveauté... à condition qu'elle ne change pas trop nos habitudes. Je crois que nous ressemblons un peu aux disciples de Jean dans l'Évangile. Ils demandent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Autrement dit : pourquoi ne font-ils pas comme nous avons toujours fait ? La question n'est pas mauvaise. Mais Jésus répond en déplaçant le regard. Le problème n'est pas le jeûne. Le problème est de savoir si nous avons reconnu que l'Époux est là. Quand l'Époux est présent, tout change.

Alors Jésus emploie deux images très simples : un morceau d'étoffe neuve sur un vieux vêtement, du vin nouveau dans de vieilles outres. Ce n'est pas une critique du passé. C'est une invitation à ne pas enfermer Dieu dans nos habitudes. Car Dieu est toujours capable de nous surprendre. Le prophète Amos annonçait déjà cette promesse. Après des pages sévères, son livre s'achève par une vision magnifique : « Je relèverai mon peuple... les montagnes laisseront couler le vin nouveau. » Quelle image ! Dieu n'annonce pas seulement un retour. Il promet une abondance. Une vie qui déborde. Un avenir que personne n'osait imaginer.

Et c'est précisément ce que nous rappelle aujourd'hui saint Pier Giorgio Frassati. Il était étudiant. Il aimait les sommets, les longues marches dans la montagne, les éclats de rire avec ses amis. Il aimait aussi passer des heures auprès des plus pauvres de Turin. Chez lui, il n'y avait pas deux vies : une vie spirituelle et une vie ordinaire. Tout était unifié. Tout devenait lieu de rencontre avec le Christ. On rapporte cette phrase devenue célèbre : « Verso l'alto ! » – « Vers les sommets ! » Elle figure sur plusieurs de ses lettres et est devenue sa devise spirituelle. Ce n'est pas une fuite hors du monde. C'est un appel à ne jamais nous contenter d'une vie médiocre. 

Benoît XVI disait de lui : « Il montre que la sainteté est possible pour les jeunes et qu'elle consiste à répondre pleinement à l'amitié du Christ. » Quelle belle définition ! La sainteté n'est pas d'abord une accumulation d'exploits. Elle est une amitié. Et les vrais amis ne restent jamais les mêmes après s'être rencontrés.

Le pape François écrit : « La jeunesse n'existe pas, il existe des jeunes, chacun avec sa vie. » Pier Giorgio n'a pas cherché à entrer dans un modèle. Il a laissé le Christ faire de sa propre vie quelque chose de neuf. Je crois que c'est exactement la question que nous pose l'Évangile aujourd'hui. Dans quel domaine suis-je encore une vieille outre ? Où est-ce que je résiste à la nouveauté de Dieu ? Quelle habitude, quelle peur, quelle manière de penser empêche encore le vin nouveau de l'Esprit de fermenter ?

La sainteté commence lorsque nous cessons de dire : « Cela s'est toujours fait ainsi. » Et que nous demandons plutôt : « Seigneur, qu'as-tu envie de faire de nouveau en moi aujourd'hui ? » Pier Giorgio écrivait aussi à un ami : « Vivre sans foi, sans un patrimoine à défendre, sans soutenir un combat continuel pour la vérité, ce n'est pas vivre, mais vivoter. » Alors, oui... Le vin nouveau pourra couler. Et notre vie deviendra, elle aussi, une bonne nouvelle pour les autres.

Seigneur, toi qui fais refleurir les terres desséchées et mûrir les vignes de ton Royaume, renouvelle ton Église. Qu'elle demeure une outre toujours disponible au vin nouveau de ton Esprit. 

Seigneur, toi qui fais jaillir l'espérance au milieu des ruines, soutiens les peuples marqués par la guerre, les divisions et la pauvreté. Que des artisans de paix fassent renaître la confiance comme une vigne porte ses grappes. 

Seigneur, Époux de l'humanité, viens rejoindre ceux dont le cœur est devenu lourd, ceux qui ne trouvent plus de goût à la vie, ceux qui cherchent un chemin. Fais naître en eux la joie discrète de ta présence. 

Seigneur, nous te rendons grâce pour saint Pier Giorgio Frassati. À son exemple, apprends aux jeunes et à tous les baptisés à gravir les sommets de la charité, à aimer les pauvres et à marcher joyeusement à la suite du Christ. 

Seigneur, fais de notre communauté un peuple capable d'accueillir la nouveauté de ton Évangile. Que nos cœurs deviennent des outres neuves où ton Esprit puisse répandre sans cesse son vin nouveau.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, je prendrai quelques minutes pour accomplir un geste de charité discret, sans le faire remarquer. Avant ce geste, je redirai intérieurement la devise de saint Pier Giorgio Frassati : « Verso l'alto ! » – « Vers les sommets ! »

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