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Sainte Marie-Madeleine 

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

Vous êtes dans une gare, dans un supermarché ou dans une rue très fréquentée. Des dizaines de voix se croisent. Et soudain, quelqu'un prononce votre prénom. Immédiatement, vous vous retournez. Parmi toutes les voix, il y en en a une que vous reconnaissez. Parce qu'elle vous connaît. Parce qu'elle vous rejoint. Parce qu'elle vous appelle. Tout l'Évangile d'aujourd'hui tient dans ce moment.

Marie-Madeleine pleure. Elle cherche un mort Elle parle avec deux anges sans les voir vraiment. Puis avec Jésus... sans le reconnaître. Et il suffit d'un seul mot. « Marie ! » Un prénom. Pas un discours. Simplement son nom. Et tout bascule. « Rabbouni ! » Il est vivant.

Je trouve ce passage bouleversant parce qu'il raconte aussi notre vie. Nous croyons souvent que nous cherchons Dieu. En réalité, c'est souvent lui qui nous cherche le premier. Le Cantique des cantiques le disait déjà : « Sur mon lit, la nuit, j’ai cherché celui que mon âme désire. » Toute la Bible est l'histoire de cette recherche réciproque. L'homme cherche Dieu. Mais Dieu cherche encore davantage l'homme. Saint Grégoire le Grand écrit à propos de Marie-Madeleine : « Elle cherchait celui qu'elle n'avait pas trouvé ; elle pleurait en le cherchant, et, embrasée du feu de l'amour, elle brûlait du désir de celui qu'elle croyait enlevé. »
Quelle belle définition de la foi ! Continuer à chercher, même lorsque tout semble perdu. Continuer à aimer, même dans la nuit. Continuer à espérer, même devant un tombeau. Et c'est précisément là que le Christ se révèle. Pas avant les larmes. Au cœur même des larmes.

Marie-Madeleine en est le premier grand témoin pascal. Elle ne transmet pas une théorie. Elle annonce une rencontre. Et c'est pourquoi le pape François a élevé sa mémoire au rang de fête en 2016, en la qualifiant, avec la tradition de saint Thomas d'Aquin, d'« apôtre des apôtres ».

Quelle revanche de l'Évangile ! Dans une société où le témoignage d'une femme n'avait guère de valeur juridique, Dieu choisit une femme pour annoncer la Résurrection aux apôtres. Voilà bien la manière de Dieu. Il choisit toujours ceux que nous n'aurions pas choisis.

Mais il y a encore un détail. Lorsque Marie reconnaît Jésus, elle veut le retenir. Et Jésus lui dit : « Ne me retiens pas. » Autrement dit : « Ne garde pas pour toi la joie que tu viens de recevoir. Va la partager. » La foi n'est jamais une propriété privée. Une rencontre avec le Christ devient toujours une mission.

Quel est le nom sous lequel Jésus m'appelle aujourd'hui ? Non pas celui que les autres me donnent. Non pas celui de mes réussites ou de mes échecs. Mais ce nom unique que Dieu seul connaît. Le jour où nous entendrons cette voix-là, nous découvrirons, comme Marie-Madeleine, que nous étions cherchés bien avant de chercher. Et nous comprendrons que l'amour de Dieu prononce toujours notre prénom avant de nous demander quoi que ce soit.

Christ vivant, jardinier de la création nouvelle, fais fleurir ton Église comme un jardin au matin de Pâques. Que ceux qui la rencontrent y respirent le parfum de l'Évangile et y entendent leur nom prononcé avec tendresse. 

Toi qui fais lever le soleil sur les tombeaux de l'histoire, visite les peuples déchirés par la guerre, les violences et les injustices. Que les pierres qui ferment les chemins de la paix roulent enfin devant la force humble de ta Résurrection. 

Toi qui recueilles les larmes avant de les transformer en source vive, approche-toi de ceux qui pleurent un être cher, de ceux que la maladie ou la solitude enferment dans une nuit sans étoiles. Qu'ils découvrent que tu marches déjà à leurs côtés, même lorsqu'ils ne te reconnaissent pas encore. 

Toi qui appelles chacun par son nom depuis le commencement du monde, réveille en nos cœurs le désir de te chercher. Lorsque nos yeux sont voilés, ouvre-les à ta présence discrète ; lorsque notre espérance s'éteint, rallume en nous le feu pascal.

Toi qui envoyas Marie-Madeleine annoncer la Vie aux apôtres, fais de notre communauté une aurore pour ceux qui vivent encore dans la nuit, une voix qui console, une lampe qui veille et une joie qui se partage. 

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, prendre cinq minutes de silence, sans demander quoi que ce soit au Seigneur. Simplement écouter. Puis relire sa journée en se demandant : « À quel moment le Christ a-t-il prononcé mon nom aujourd'hui ? »


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