Saints Marthe, Marie et Lazare
Lorsque des amis viennent dîner à la maison, il y a souvent deux sortes de personnes. Il y a celle qui, depuis le matin, court partout : il faut préparer, cuisiner, mettre la table, vérifier si tout est prêt... Et puis il y a celle qui, lorsque les invités arrivent... s'assied déjà à discuter avec eux. Et souvent, c’est l’époux qui est assis … Évidemment, la première regarde parfois le second avec un petit sourire... ou un peu moins qu'un sourire ! Je crois que Marthe et Marie nous sont sympathiques parce qu'elles nous ressemblent. Selon les jours, nous sommes Marthe. Selon les jours, nous sommes Marie. Et souvent... nous sommes les deux à la fois.
Mais aujourd'hui, l'Église nous invite à regarder plus large. Elle ne fête plus seulement Marthe. Elle célèbre Marthe, Marie et Lazare. Autrement dit : une famille. Une maison. Un foyer. Un lieu où Jésus aimait revenir. C'est assez extraordinaire. Dans les Évangiles, Jésus n'avait pas vraiment de maison. Il dira même : « Le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. » Et pourtant... Il avait la maison de Pierre, à Capharnaüm, mais aussi celle de Béthanie. Il avait cette porte qu'il pouvait pousser sans prévenir. Cette table où il pouvait s'asseoir. Ces amis chez qui il n'avait pas besoin de jouer un rôle. Quelle belle définition d'une famille chrétienne ! Non pas une famille parfaite. Une famille où Jésus est attendu. J’étais un jour à Rome lors du dimanche de la Sainte Famille et j’assistais à l’Angelus avec François. Je me demandais comment il allait définir la sainte Famille. Il a dit simplement : une sainte famille, c’est une famille où Dieu habite. Tout simple …
Et remarquez quelque chose. À Béthanie, personne n'est identique. Marthe agit. Marie écoute. Lazare, lui, ne dit rien dans les Évangiles, un peu comme Joseph. Et pourtant les trois sont nécessaires. L'unité n'est jamais l'uniformité. Il n'y a pas une seule manière d'aimer le Christ. Il y a autant de chemins qu'il y a de personnes. Le véritable miracle de cette famille n'est pas qu'ils se ressemblent. C'est qu'ils demeurent ensemble autour du Seigneur.
Nous avons souvent tendance à croire que la sainteté consiste à devenir tous pareils. L'Évangile nous dit exactement l'inverse. La sainteté fait fleurir chaque personne selon sa grâce propre.
Dans la première lecture, Jérémie connaît un moment difficile. Il est incompris. Découragé. Il ose même dire à Dieu sa lassitude. Mais au milieu de cette plainte surgit une phrase magnifique : « Seigneur, quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur. » Voilà Marie. Voilà ce qui se passe à Béthanie. La Parole n'est pas un livre. Elle devient une nourriture.
Augustin écrivait dans un sermon : « Votre nourriture, c'est de faire la volonté de Dieu ; votre nourriture, c'est sa Parole. » On ne vit pas seulement de pain. On vit aussi de ce qui nourrit le cœur.
Et Marthe, alors ? Elle n'est pas condamnée. Le Christ ne lui reproche pas de servir. Il lui reproche de s'inquiéter au point d'oublier celui qu'elle voulait servir. Quelle différence ! Le service devient lourd lorsqu'il ne naît plus de la rencontre. Alors qu'une heure passée auprès du Seigneur donne souvent une légèreté nouvelle à tout le reste.
Peut-être est-ce cela que cette fête veut nous apprendre. Une maison chrétienne n'est pas d'abord une maison où tout est parfaitement rangé. C'est une maison où l'on laisse une place au Christ. Et cela change tout. Parce que, lorsque Jésus habite une maison... les repas deviennent des Eucharisties, les conversations deviennent des chemins de vérité, les larmes deviennent des résurrections, et l'amitié devient déjà un avant-goût du Royaume.
Pour les familles, les couples, les communautés religieuses et les amitiés fidèles : que ton Esprit fasse de leurs maisons des Béthanie où chacun est accueilli comme un frère et où ta présence devient la joie de tous.
Pour ceux dont la maison est devenue un lieu de solitude, de séparation ou de deuil : approche-toi d'eux comme tu es venu auprès de Marthe, de Marie et de Lazare ; rallume en eux la flamme de l'espérance.
Pour nous qui partageons cette Eucharistie : que nos mains servent avec le cœur de Marthe, que notre écoute ressemble à celle de Marie et que notre vie entière rende témoignage, comme Lazare, à la victoire de ton amour.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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