Vendredi de la 15ème semaine du Temps de l'Église
« Ce n'est plus de mon âge... » Cette phrase, on la dit lorsqu'on renonce à un projet, à une rencontre, à un rêve. Comme si, à un certain moment, la vie commençait doucement à se refermer. Le roi Ézéchias connaît quelque chose de semblable. Le prophète Isaïe lui annonce que sa vie touche à sa fin. Alors le roi fait une chose profondément humaine. Il se tourne vers le mur... et il pleure. La Bible n'a pas peur des larmes. Elle ne les cache jamais. Ézéchias ne joue pas au héros. Il présente simplement à Dieu son immense désir de vivre. Et Dieu répond. Non seulement il entend sa prière, mais il lui donne un signe : l'ombre reculera sur le cadran solaire. Comme si le temps lui-même faisait un pas en arrière. Cette image est magnifique. Quand Dieu intervient, il ne supprime pas le temps. Il lui ouvre un avenir.
Puis l'Évangile nous montre un autre conflit. Cette fois, il ne s'agit plus du temps qui passe, mais de la manière de vivre le sabbat. Les disciples ont faim. Ils cueillent quelques épis. Et les pharisiens s'indignent. Jésus répond par cette phrase décisive : « C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. » Il cite le prophète Osée. Et, en faisant ça, il révèle le cœur même de Dieu. Le problème, ce n'est pas la Loi, mais plutôt une manière d'appliquer la Loi qui oublie l'homme. Là où es pharisiens voient une infraction, Jésus voit des hommes qui ont faim. Ils regardent la règle alors que lui regarde les personnes. Saint Jean Chrysostome écrivait : « Rien ne rend autant l'homme semblable à Dieu que la miséricorde. » Nous passons parfois beaucoup de temps à vouloir être de bons chrétiens. Et si nous commencions simplement par être miséricordieux ? C'est peut-être le chemin le plus sûr. Le pape François, dans la bulle du Jubilé de la Miséricorde, écrivait : « La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l'Église. » Un pilier. Autrement dit, si ce pilier disparaît, c'est toute la maison qui vacille. La miséricorde n'est pas un plus, elle est le cœur de l'Évangile.
Au fond, les deux lectures racontent la même histoire. Ézéchias croyait que tout était terminé. Dieu ouvre un avenir. Les pharisiens enfermaient des hommes dans une interprétation rigide. Jésus ouvre un chemin. Regardez le Nouveau Testament : Il ouvre les tombeaux, il ouvre les Écritures, il ouvre les mains, il ouvre les chemins. Avec Dieu, il n'est jamais trop tard. Même lorsque nous croyons que le soleil est déjà couché sur une situation, lui est encore capable de faire reculer l'ombre. C'est peut-être cela, au fond, la miséricorde : Dieu qui redonne de la lumière là où nous pensions que le jour était fini.
Dieu des chemins ouverts, regarde les peuples accablés par la guerre, la faim et les injustices. Là où les horizons semblent se refermer, fais lever des artisans de réconciliation, comme l'aurore après une longue nuit.
Dieu des larmes recueillies, penche-toi sur les malades, les personnes âgées, les mourants, ceux qui redoutent l'avenir. Que ton souffle rallume en eux la confiance, comme tu as rendu l'espérance au roi Ézéchias.
Dieu de la miséricorde, apprends à nos communautés à regarder les personnes avant les règlements, les blessures avant les apparences, les visages avant les étiquettes. Que notre charité soit le premier langage de notre foi.
Dieu des sources vives, fais couler dans nos cœurs l'eau de ton Esprit. Qu'elle emporte nos duretés, irrigue nos déserts et fasse éclore une moisson de bonté, de douceur et de paix.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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