18ème dimanche du Temps de l'Église - A -
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
« Je n'ai pas le temps. » Et, si l'on y réfléchit, nous disons souvent la même chose à propos de beaucoup d'autres réalités. Je n'ai pas assez d'argent. Je n'ai pas assez d'énergie. Je ne suis pas assez compétent. Je ne suis pas assez aimé… Nous vivons facilement dans la logique du manque. Et voilà que la Parole de Dieu, aujourd'hui, nous fait passer dans une tout autre logique : celle de la surabondance.
Isaïe commence par une invitation étonnante : « Vous tous qui avez soif, venez ! Même sans argent ! Venez acheter et manger. » Acheter... sans argent ! Nous sommes tellement habitués à penser que tout s'achète que cette phrase nous paraît presque irréaliste. Et pourtant, les plus grandes réalités de notre vie ne s'achètent jamais.
L'amitié. L'amour. Le pardon. La confiance. La paix. La grâce.
Tout ce qui compte vraiment est reçu, jamais acheté.
Puis vient l'Évangile. Les disciples font leurs comptes. Cinq pains. Deux poissons. Cinq mille hommes. Le calcul est vite fait. « Cela ne suffit pas. » Ils ont raison… Mathématiquement… Mais l'Évangile ne parle pas d'arithmétique. Il parle de confiance.
Vous avez remarqué ? Les disciples regardent cinq pains et deux poissons ; Jésus regarde cinq mille visages. Les disciples comptent ce qu'ils n'ont pas ; Jésus contemple ce que le Père peut encore donner. La foi commence précisément lorsque nous cessons de compter pour commencer à faire confiance. Jésus ne demande pas : « Combien vous manque-t-il ? » Il demande en quelque sorte : « Qu'avez-vous déjà ? » Et c'est très différent. Dieu commence toujours par ce que nous lui remettons. Même si cela paraît dérisoire.
C'est peut-être là le miracle. Nous imaginons souvent que Jésus multiplie les pains. Mais avant cela, il accueille cinq pains offerts. Le premier miracle est peut-être celui-ci : Quelqu'un a accepté de donner son pique-nique. Le reste appartient à Dieu. Saint Augustin écrivait : « Dieu t'a créé sans toi ; il ne te sauvera pas sans toi. »
Dieu aurait pu nourrir la foule sans demander les pains. Mais il préfère avoir besoin de notre pauvreté. Parce que l'amour ne remplace jamais la liberté.
La deuxième lecture nous conduit encore plus loin. Saint Paul affirme : « Rien ne pourra nous séparer de l'amour du Christ. » Remarquez qu'il ne dit pas : « Rien ne pourra nous arriver. » Il énumère au contraire les détresses, les persécutions, les épreuves... Mais aucune d'elles n'a le dernier mot. La dernière parole appartient toujours à l'amour. Voilà la véritable abondance.
Il y a enfin un détail magnifique. À la fin du repas, il reste douze paniers. Dieu ne donne jamais juste assez. Il donne toujours davantage. Non parce qu'il aime le gaspillage. Mais parce que son amour déborde toujours nos calculs. La logique humaine dit : « Il n'y en aura pas pour tout le monde. » La logique de Dieu répond : « Il y en aura encore pour demain. »
Quels sont aujourd'hui mes cinq pains et mes deux poissons ? Cela paraît peu. Mais entre les mains du Christ, le peu devient toujours beaucoup. Parce que le miracle ne commence jamais dans nos réserves. Il commence dans nos mains ouvertes.
Ouvre le cœur des responsables des peuples ; apprends-leur à partager les ressources de la terre comme un pain rompu pour tous, afin qu'aucun enfant ne manque du nécessaire et qu'aucune nation ne vive dans l'abondance en oubliant les autres.
Souviens-toi de ceux dont la vie est devenue un désert : les malades, les personnes seules, les familles éprouvées, les réfugiés, ceux qui ont perdu le goût de vivre. Fais jaillir pour eux une source d'espérance et conduis-les vers des mains fraternelles.
Pour notre communauté rassemblée autour de cette Eucharistie : apprends-nous à remettre entre tes mains nos cinq pains et nos deux poissons, afin que notre pauvreté devienne, par ta grâce, une nourriture pour beaucoup.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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