19ème dimanche du Temps de l'Eglise - A -
Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
Il y a quelque chose d'assez étonnant dans les textes de ce dimanche. Nous avons d'un côté Élie. Il a vécu des choses extraordinaires avec Dieu. Il a connu le feu du ciel, les grandes victoires, les moments où Dieu semblait parler très fort. Et voilà qu'aujourd'hui, Élie est dans une grotte. Et Dieu lui dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur. » Alors arrivent un ouragan, un tremblement de terre, un feu… Et à chaque fois, le texte répète : « Le Seigneur n'était pas dans… » Et puis vient « le murmure d'une brise légère ». Et Élie reconnaît Dieu. Nous avons parfois une conception assez étrange de Dieu. Nous aimerions qu'il fasse du bruit. Nous cherchons les grandes émotions, les signes extraordinaires, les expériences spirituelles qui nous bouleversent. Et pourtant, Dieu vient souvent autrement. Une parole entendue presque par hasard, un visage rencontré, une page d'Évangile qui, un matin, nous rejoint exactement là où nous en sommes, un silence dans lequel quelque chose s'apaise… Continuez la liste … Et nous passons parfois à côté. Nous connaissons cette phrase d’Augustin, dans ses Confessions : « Tu étais au-dedans de moi, et moi, j'étais au-dehors. » Dieu n'est pas absent. C'est parfois notre regard qui est ailleurs.
Et puis nous passons de la montagne d'Élie à la mer de Galilée. Et là, changement complet de décor. Plus de silence. Plus de brise légère, c’est juste le contraire : le vent souffle et les vagues se déchaînent. Conclusion : la barque est malmenée et Jésus n'est pas dans la barque. Glurps ! Mais plutôt… il est là où personne ne l'attendrait : il marche sur la mer. Et les disciples ont encore plus peur. En plus de la tempête, voilà un fantôme. Jésus leur dit : « Confiance ! c'est moi ; n'ayez plus peur. » Il y a quelque chose de très humain dans la réaction de Pierre. Pierre veut une preuve. Il veut être sûr. Et Jésus lui dit simplement : « Viens. » Alors vient le premier miracle. Pas encore de marcher sur l'eau, mais quitter la barque. Car tant que Pierre reste dans la barque, il est à l'abri… mais il ne saura jamais ce que la confiance rend possible. Nous avons tous nos barques : nos habitudes, nos certitudes, nos sécurités, nos « je sais comment faire ». Et parfois même notre manière habituelle de croire. Attention, la barque n'est pas mauvaise, elle peut même être utile. Mais à un moment, le Christ nous dit : « Viens. » Et là, il faut sortir. On a bien compris : pas parce que la mer est devenue calme, mais parce que Jésus est là. Et c'est alors que Pierre fait quelque chose de très intéressant. Il « regarde » le vent et il commence à couler. Tant qu'il regarde Jésus, il marche. Lorsqu'il regarde la tempête, il s'enfonce. Voilà une très belle image de la foi. La foi ne consiste pas à ne plus voir les vagues. Elle consiste à savoir vers qui regarder au milieu des vagues. Nous avons parfois l'impression que nous manquons de foi parce que nous avons peur. Mais Pierre a peur. Et pourtant Jésus ne le laisse pas tomber. Il lui tend immédiatement la main. « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Jésus pourrait lui dire … et nous dire : « Tu as douté, donc débrouille-toi. » Mais non, il le saisit.
Et peut-être est-ce là que la deuxième lecture rejoint merveilleusement l'Évangile. Paul est prêt à tout perdre pour ses frères. Il dit même : « j’ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante.» Voilà un homme qui aime au point de souffrir pour ceux qui ne partagent pas encore sa foi. La foi n'est donc pas une assurance personnelle qui me permet de rester tranquillement dans ma barque. Elle m'en fait sortir pour rejoindre les autres. Elle me donne un cœur assez grand pour porter la douleur du monde. Ce sont les fameuses périphéries de François reprises par Léon. Et
François écrivait dans Evangelii gaudium : « Une communauté évangélisatrice s’engage par les œuvres et par les gestes dans la vie quotidienne des autres. » Voilà peut-être ce que signifie sortir de la barque. Ce n'est pas nécessairement faire des choses extraordinaires. C'est parfois simplement aller vers quelqu'un. Téléphoner, visiter, prendre des nouvelles, se rendre disponible. Et surtout ne pas attendre que la mer soit calme pour commencer. Car le plus beau dans cet Évangile, ce n'est finalement pas que Pierre marche sur l'eau. C'est que, lorsque Pierre coule, Jésus est assez proche pour lui tendre la main. Et peut-être que notre foi est là. Nous aimerions parfois être assez forts pour ne jamais couler. Jésus nous propose quelque chose de plus beau : savoir que même lorsque nous coulons, sa main est déjà là. Alors peut-être pouvons-nous entendre aujourd'hui cette parole comme si elle nous était adressée personnellement : « Confiance. C'est moi. N'aie pas peur. » Et peut-être que cela suffit pour faire un premier pas hors de la barque.
Pour les peuples que déchirent la guerre, la violence et la haine : que ton souffle fasse tomber les armes, que ton murmure soit entendu au cœur du vacarme, et que surgissent des artisans de paix.
Pour ceux qui connaissent aujourd'hui la tempête : malades, mourants, personnes seules, familles éprouvées, hommes et femmes qui ne savent plus vers quel rivage se tourner : que leur parvienne ta parole : « Confiance, c'est moi ; n'ayez pas peur. »
Pour notre communauté : apprends-nous à quitter nos barques trop sûres, à risquer un pas vers ceux qui nous attendent, et à devenir pour eux la main fraternelle par laquelle tu continues de relever les hommes.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...
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