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22ème dimanche du Temps de l'Eglise -A-

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !
 En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

« Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire ».  

Quelle phrase merveilleuse que celle de Jérémie que nous venons d’entendre.  Je suis ici ce matin, non pas pour remplir mon devoir dominical, comme on disait jadis, mais bien, parce que le Seigneur m’a invité à cette célébration de l’amour, au cours de laquelle, il veut me saisir, lui, le tout amour.  Cette phrase de Jérémie nous rappelle qu’être chrétien, ce n’est pas d’abord suivre des idées si belles soient-elles, de suivre une morale, si juste soit-elle; non, être chrétien, c’est suivre quelqu’un avec qui nous avons une relation d’amour; c’est donner sa vie à quelqu’un qui passe son éternité à vouloir nous séduire, qui veut faire une alliance et une alliance amoureuse avec chacun d’entre nous.  Notre vie chrétienne n’est pas d’abord dans le « faire », mais dans « l’être » : je suis aimé de Dieu, infiniment ...  Depuis le jour de mon baptême, il ne cesse de me répéter : « Tu es mon enfant, mon fils, ma fille bien-aimé, en toi, je mets tout mon amour » !  Comment donc, ne sommes-nous pas plus joyeux, plus transfigurés ?  Faut-il vous rappeler que le jour de la Pentecôte, on a dit des chrétiens qu’ils étaient pleins de vin doux, qu’ils avaient trop guindaillés, qu’ils étaient en route vers un bon mal de tête d’un lendemain de veille …  Chrétiens de la cathédrale de Liège, sommes-nous vraiment des éméchés spirituels ???

Et, en même temps, vous l’avez remarqué, au moment où Jérémie écrit ces mots, il n’est pas dans la palpitation d’un amour naissant, il n’est pas en train de vivre sa lune de miel avec le Seigneur, c’est même tout le contraire.  Cette phrase est écrite au moment où il vit la raillerie, l’injure et la moquerie.  À ce moment-là, sa tête lui dit de ne plus vivre avec le Seigneur, mais son cœur lui dit le contraire : il ne peut pas lâcher cet amour qui l’a transfiguré.  

Mes amis, cela peut nous arriver aussi.  Devant la difficulté d’être chrétien aujourd'hui au cœur du monde, nous pouvons parfois être tentés de prendre nos distances par rapport au Seigneur.  À ce moment-là, il nous faut faire comme Jérémie : quitter notre tête, nos raisonnements théoriques, intellectuels, et retourner à notre cœur.  Sous la cendre de nos oublis et de nos indifférences, nous pourrons toujours retrouver la braise de notre amour pour le Seigneur et de son amour pour nous.  Le vent de l’Esprit, que nous avons reçu à notre confirmation pourra toujours ranimer les braises du commencement.  Pendant les moments difficiles, je vous invite à faire mémoire de la séduction qui a été la nôtre au début de notre attachement au Seigneur … et le vent de l’Esprit fera le reste !

L’Évangile nous montre Pierre.  Pierre qui a eu cette séduction absolue pour Jésus, qui a tout quitté, et d’un coup, pour lui donner toute sa vie.  Et, du coup, on comprend que Pierre ne peut pas imaginer et encore moins accepter que Jésus, son ami, le cœur de son cœur puisse souffrir et être tué ... C’est tout-à-fait logique et compréhensible ... et pourtant, Pierre est à côté de la plaque et Jésus le lui dit d’une façon tellement catégorique que cela risque de nous heurter : « Passe derrière moi, Satan ! »  Pauvre Pierre ! Tout est dans le « passe derrière moi ».  Le disciple que nous sommes doit marcher derrière son Maître et non pas devant.  C’est Jésus qui montre la route et non pas nous.  Pierre est rempli de bons sentiments, mais il veut dire à dire à Dieu ce qu’il doit faire.  Quelle tentation que de vouloir prendre la place de Dieu !   Nous devons permettre à Dieu d’être Dieu ... tout simplement.  Il y a parfois des prières pleines de bonnes intentions, mais qui disent à Dieu : « Écoute, fais plutôt comme ceci, Seigneur, je pense que je sais mieux que toi ce qu’il faut faire ».  Les premiers chrétiens étaient très conscients de ce risque de prendre la place de Dieu et dans les plus vieilles prières universelles que l’on ait retrouvé, on cite simplement les intentions de prière, mais sans jamais dire à Dieu, ce qu’il doit faire.  On les cite simplement, et toi, Seigneur, fais ce qu’il y a de mieux : c’est toi qui sais !

Car, ce que Jésus nous annonce comme programme aujourd’hui est à l’opposé de ce que nous espérons, de ce que nous croyons bon : la Croix !!! Nous voudrions sûrement nous en passer, on le comprend aisément, mais Jésus nous dit que nous ne pouvons faire l’économie de la croix.  Les chrétiens sont tout, sauf masochistes ...  Non, les chrétiens sont – comme leur nom l’indique – des imitateurs du Christ.  C’est l’image du Corps chère à Paul.  Jésus est la tête et nous sommes les membres.  On ne peut pas décapiter le corps entier de l’Église, il n’y a pas moyen de séparer la tête du corps, et puisque Jésus, le Maître, celui qui marche le premier, celui qui est la tête du Corps de l’Église a dû passer par le mystère de la croix pour arriver à la gloire de la Résurrection, il nous est simplement impossible, puisque nous sommes attachés à la tête, que nous ne formons qu’un avec lui de vivre le jour de Pâques, sans passer par le Vendredi-Saint.  Ne nous prenons pas pour Dieu, mais acceptons-le pour le Dieu de notre vie.  Et comme nous disait Paul, dans la seconde lecture : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable. »  Amen.

Pour ton Église, Seigneur, peuple en marche derrière le Crucifié : qu’elle ne cherche ni la puissance ni les honneurs, mais qu’elle reconnaisse dans le service le chemin de ton Royaume. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui portent une croix trop lourde : les malades, les endeuillés, les prisonniers, ceux qui vivent la solitude ou l’exil, ceux dont personne ne voit les larmes ; viens marcher à leurs côtés et soutiens leurs pas fatigués.

Pour ceux qui donnent leur vie en silence : parents, aidants, soignants, éducateurs, serviteurs des pauvres et artisans de paix ; que leur amour caché soit comme une semence déposée en terre dont tu feras lever le fruit.

Pour nous tous : lorsque l’amour nous coûtera, garde-nous de fuir ; lorsque le pardon sera difficile, ouvre en nous une source ; et lorsque nous chercherons notre propre chemin, apprends-nous à entendre ta voix : « Viens derrière moi. »

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, choisissez un acte d’amour qui vous coûte un peu — pas quelque chose d’extraordinaire : donner du temps à quelqu’un, rendre un service que vous auriez préféré éviter,

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