Assomption de Notre-Dame
Il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans la fête que nous célébrons aujourd’hui. Nous fêtons une femme qui est au ciel. Et cela pourrait nous sembler un peu lointain. Le ciel… la gloire… les anges… Marie auprès de Dieu… C’est magnifique, bien sûr, mais nous, pendant ce temps, nous sommes encore ici : avec nos fatigues, nos soucis, nos deuils, nos questions, nos corps qui vieillissent, et tout ce qui fait parfois de la terre un endroit bien difficile à habiter. Alors, à quoi nous sert l’Assomption de Marie ?
Elle nous sert précisément à ceci : elle nous rappelle où nous allons. Car l’Assomption n’est pas d’abord une récompense exceptionnelle accordée à Marie. Elle est l’annonce, faite à l’avance, de ce que Dieu veut pour chacun de nous. Marie est la première à être arrivée au terme du chemin. Elle est, pour ainsi dire, l’humanité réussie. Tout ce que Dieu avait promis à l’homme depuis le commencement, tout ce qu’il veut accomplir en nous, nous le voyons déjà réalisé en elle. Marie n’est donc pas quelqu’un qui nous éloigne de nous-mêmes : elle nous montre ce que nous sommes appelés à devenir.
Et c’est peut-être pour cela que l’Évangile de l’Assomption ne nous montre pas Marie au ciel. Il nous la montre sur la route. « Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la montagne. » C’est extraordinaire : le jour où nous célébrons celle qui est arrivée au ciel, l’Évangile nous montre celle qui se met en chemin. Elle vient de recevoir l’annonce de l’ange. Elle porte Jésus en elle. Et que fait-elle ? Elle ne s’installe pas dans sa joie. Elle ne reste pas enfermée dans le merveilleux de ce qu’elle vient de vivre. Elle prend la route pour aller vers Élisabeth. Et là, quelque chose se produit. L’enfant d’Élisabeth tressaille. Jean-Baptiste reconnaît déjà la présence de Jésus. Élisabeth reconnaît la foi de Marie. Et Marie se met à chanter : « Mon âme exalte le Seigneur. »
Voilà peut-être le secret de Marie. Elle porte le Christ, elle se donne aux autres, et elle chante Dieu. Et ces trois choses sont profondément liées. Plus Marie porte le Christ, plus elle devient capable de sortir d’elle-même. Plus elle se donne, plus elle découvre que Dieu est grand. Et plus elle découvre Dieu grand, plus elle peut chanter, même lorsque tout n’est pas encore accompli.
C’est peut-être aussi cela, le chemin de notre vie chrétienne. Nous voudrions parfois que Dieu nous emmène directement au ciel. Mais Dieu nous dit : « Mets-toi en route. » Le ciel commence ici, dans cette capacité à porter le Christ dans notre existence et à le rendre présent autour de nous. Le ciel commence lorsque nous visitons quelqu’un qui est seul. Lorsque nous prenons soin d’un malade. Lorsque nous pardonnons. Lorsque nous acceptons de servir sans être remerciés. Lorsque nous savons encore rendre grâce alors que tout n’est pas parfait. Marie est déjà au ciel, mais elle nous apprend à vivre sur la terre comme des gens qui savent où ils vont.
Et il y a encore quelque chose de très beau dans cette fête. Marie n’est pas montée au ciel en abandonnant son humanité. C’est toute son humanité que Dieu accueille. Son corps, sa mémoire, son histoire, ses joies, ses douleurs, tout ce qu’elle a vécu avec Jésus : tout cela est entré dans la gloire.
L’Assomption nous dit donc quelque chose de bouleversant sur notre propre avenir : Dieu ne sauvera pas seulement une petite partie de nous-mêmes. Il veut nous sauver tout entiers. Notre foi chrétienne n’est pas le mépris de la terre au profit du ciel. C’est la certitude que Dieu conduira la terre jusqu’au ciel. Marie en est la première preuve.
Elle est cette femme de l’Apocalypse, affrontée au dragon, mais finalement revêtue de soleil. Elle est cette jeune femme de l’Évangile, humble servante, mais désormais proclamée bienheureuse de génération en génération. Elle est, comme nous le dira la Préface, « signe d’espérance et source de réconfort ». Alors, mes amis, lorsque nous repartirons tout à l’heure dans notre vie ordinaire, gardons cette image de Marie. Une femme qui marche vers le ciel en passant par le service, la rencontre et la louange. Et peut-être pourrions-nous résumer toute la fête de l’Assomption en trois verbes : porter, servir, chanter.
Porter le Christ dans notre vie.
Servir nos frères sur notre route.
Et chanter Dieu, même au milieu d’un monde qui n’est pas encore arrivé à son accomplissement.
Marie est déjà là où nous serons un jour. Et c’est pourquoi aujourd’hui, plus que jamais, nous pouvons reprendre avec elle son Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur. »
Car le ciel n’est plus une simple promesse. Avec Marie, nous en avons déjà comme un avant-goût. Amen.
« Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. »
Prions pour tous ceux qui exercent un pouvoir dans le monde. Qu’ils le mettent, sans orgueil ni égoïsme, au service du bien commun, avec une attention particulière pour les plus pauvres.
« Le Seigneur comble de biens les affamés. » Prions pour les femmes et les hommes qui connaissent le manque et la précarité. Que le Seigneur mette au cœur des hommes de bonne volonté les moyens de lutter efficacement pour la justice et contre la pauvreté.
« Il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères. » Prions pour notre communauté, pour nos familles, pour nos proches. Que la fête de Marie, que nous honorons dans notre diocèse comme Vierge des Pauvres soit un jour de paix et de joie pour tous ceux que nous aimons.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...
Commentaires
Enregistrer un commentaire