Célébration de l'A-Dieu à ma petite soeur
Aujourd’hui, nous sommes rassemblés autour d’une absence qui nous dépasse. Mais, au cœur même de cette absence, la Parole de Dieu nous demande de regarder plus loin.
Isaïe vient de nous parler d’une montagne où Dieu prépare pour tous les peuples un festin, d’une table dressée, d’un repas partagé, d’une abondance offerte. Et surtout, il nous annonce que Dieu essuiera les larmes de tous les visages. Dieu ne dit pas : « Il n’y aura plus de larmes. » il dit : « Je les essuierai. »
Et puis nous avons entendu le psaume : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Durant sa maladie, Véronique a connu le long chemin de la fragilité. Mais ce chemin, elle ne l’a pas parcouru seule. Autour d’elle, il y avait les siens et les soignants. Ils ont été là dans les jours lumineux comme dans les jours plus difficiles. Ils ont entouré sa route de leur présence, de leur tendresse, de leurs soins. Ils ont été aussi son Bon Berger : Dieu a voulu avoir besoin de l’homme, de nous pour montrer sa tendresse.
Dans l’Évangile, Jésus nous conduit encore plus loin. « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » « Je suis le Chemin. » Cela change tout. Notre foi est la confiance en quelqu’un. Quelqu’un qui marche avec nous. Quelqu’un qui nous précède. Quelqu’un qui nous dit : « Là où je suis, vous serez, vous aussi. » Après avoir été si longtemps entourée des siens, voici qu’elle entre dans une autre communion ; non plus celle que nous pouvons toucher, mais celle que Dieu seul peut accomplir.
Elle a été institutrice. Elle a consacré une part de sa vie à ouvrir devant des enfants les premières portes du savoir, à leur apprendre à lire, à compter, à comprendre le monde, à prendre leur chemin. Peut-être pouvons-nous aussi voir dans cette vocation d’enseignante une discrète image de ce que Dieu accomplit avec chacun de nous : il sème, il fait grandir, il conduit, il ouvre des chemins que nous ne voyons pas encore. Et nous savons combien, dans les derniers temps, les soins palliatifs ont permis que le temps qui restait ne soit pas seulement un temps à subir, mais un temps encore habité par la présence, la douceur et l’attention.
Il y a encore une chose que nous ne pouvons pas laisser dans l’ombre aujourd’hui. Elle s’appelait Véronique. Un prénom qui porte en lui une mystérieuse résonance : vera icon, « la vraie image ». Et voilà que ce prénom, aujourd’hui, prend pour nous une profondeur particulière. Nous sommes tous des images de Dieu. Et nous sommes invités à devenir peu à peu l’image que Dieu a déposée en nous. Et nous pouvons croire qu’auprès de lui, l’image est désormais restaurée dans sa beauté véritable.
Nous sommes la veille de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, que la tradition chrétienne orientale aime appeler la Dormition de Marie. Ce mot de « dormition » est beau. Il ne nie pas la mort. Il la regarde autrement. Comme un sommeil dont Dieu seul connaît le réveil. Et aujourd’hui, alors que nous accompagnons Véronique jusqu’au seuil de la maison du Père, nous pouvons confier son sommeil à Marie. Elle connaît la douleur d’une mère devant la mort de son enfant. Elle connaît le silence du Samedi saint. Elle a dû apprendre, elle aussi, à faire confiance lorsque Dieu semblait conduire son Fils sur un chemin incompréhensible.
Alors, petite sœur, nous te laissons partir vers la maison du Père, vers la lumière, vers la mémoire éternelle de Dieu.
Que le Christ, qui fut ton chemin durant ta vie, soit maintenant ton chemin vers la Vie.
Que le Bon Berger te conduise aux sources des eaux tranquilles. Qu’il te fasse reposer dans ses pâturages. Qu’il prépare pour toi la table du Royaume.
Et que Marie, dont nous célébrerons demain l’entrée dans la gloire, t’accompagne doucement jusqu’à la demeure où le Père essuie toute larme et où la mort n’a plus de pouvoir.
Alors, avec toute l’Église, nous pourrons redire cette parole qui est folie : « Oui, nous sommes dans la joie : il nous a sauvés. Et nous espérons le Seigneur. Oui, voici notre Dieu : en lui nous espérions, et il nous a sauvés. Oui, Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !
Seigneur Jésus, Bon Pasteur, nous te rendons grâce pour toutes les mains qui ont soigné, toutes les présences qui ont veillé, toutes les paroles qui ont réconforté, tous les silences qui ont simplement dit : « Je suis là. » Bénis ceux qui l’ont accompagnée jusqu’au bout, et particulièrement celles et ceux qui ont permis qu’elle puisse demeurer chez elle, entourée des siens, dans la douceur et la dignité.
Seigneur, Véronique a consacré une part de sa vie à faire grandir des enfants, à leur ouvrir les portes du savoir et à leur apprendre à avancer sur le chemin de la vie. Que demeure, dans le cœur de ceux qu’elle a accompagnés, quelque chose de la lumière qu’elle a semée. Car aucune graine donnée avec amour ne disparaît tout à fait de la terre des hommes.
Seigneur notre Dieu, devant le mystère de la mort, nos paroles deviennent pauvres et nos certitudes vacillent. Apprends-nous à remettre entre tes mains celle que nous aimons, comme Marie remit toute sa vie entre tes mains. Et puisque nous célébrons demain son Assomption, donne-nous de regarder vers elle comme vers l’étoile qui nous montre le chemin. Que notre foi demeure ferme dans la nuit de l’absence et que notre espérance nous conduise vers la maison du Père.
Seigneur notre Dieu, tu nous as créés à ton image et tu nous appelles, jour après jour, à devenir davantage ce que tu as voulu que nous soyons. Le nom de Véronique nous rappelle aujourd’hui cette « vraie image » que chacun porte mystérieusement en lui. À travers sa vie, à travers ce qu’elle a donné, à travers aussi ses fragilités et ses combats, apprends-nous à reconnaître que toute vie humaine est une image que ta grâce travaille et transfigure. Que le souvenir de Véronique ne soit pas seulement celui d’une absence, mais un appel à devenir, nous aussi, la vraie image de Dieu que nous sommes appelés à être.

Commentaires
Enregistrer un commentaire