Mardi de la 20ème semaine du Temps de l'Eglise
Il y a des expressions qui ont presque disparu de notre vocabulaire quotidien. On ne dit plus tellement : « C’est impossible ! » On dit : « Il doit bien y avoir une solution. » Avec suffisamment d’argent, de technologie, d’organisation, de connaissances… nous avons appris à repousser beaucoup de limites. Et pourtant, Jésus nous dit aujourd’hui quelque chose qui paraît presque provocateur : « Pour les hommes, c’est impossible. Mais pour Dieu, tout est possible. » Tout commence avec cette phrase terrible : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » La fameuse porte de l’aiguille par laquelle un chameau ne pouvait passer qu’en enlevant tout ce qu’il transportait. Il parle de nous tous chaque fois que nous croyons pouvoir nous suffire à nous-mêmes.
La première lecture, avec Ézéchiel, nous présente justement un homme qui a fini par croire qu’il était devenu presque un dieu. Son intelligence, sa richesse, sa réussite lui ont donné le sentiment qu’il n’avait plus besoin de personne. Et Dieu lui dit en quelque sorte : « Tu es un homme, et tu prétends être un dieu. » Voilà peut-être le véritable danger de la richesse : pas d’avoir beaucoup, mais de finir par croire que nous n’avons plus besoin de recevoir. Et cela peut arriver avec l’argent, bien sûr. Mais aussi avec notre intelligence. Notre expérience. Nos relations. Notre foi elle-même. Nous pouvons devenir tellement sûrs de nous que nous ne demandons plus rien à personne. Et surtout plus rien à Dieu.
C’est pourquoi la réaction des disciples est si intéressante : « Alors, qui donc peut être sauvé ? » Ils ont compris que Jésus ne parle pas seulement des riches. Ils ont compris que, si le Royaume dépend de nos seules forces, personne n’est capable d’y entrer. Et Jésus répond : « Pour les hommes, c’est impossible. Mais pour Dieu, tout est possible. » Voilà une parole qui peut nous libérer. Parce que nous passons souvent notre vie à essayer d’être à la hauteur. À réussir notre vie. À réussir notre famille. À réussir notre travail. À réussir même notre vie chrétienne. Et lorsque nous échouons, nous avons parfois l’impression d’avoir tout raté. Mais Jésus ne nous demande pas de nous sauver nous-mêmes. Le salut est un don.
Le cœur humain cherche toujours quelque chose qui puisse le combler. Alors nous accumulons : de l’argent, des objets, des expériences, des réussites, des connaissances, parfois même des mérites religieux. Et pourtant, rien ne suffit. Parce que notre cœur est plus grand que tout ce que nous pouvons posséder. Et c’est là que la parole de Jésus devient une bonne nouvelle. « Pour Dieu, tout est possible. » Cela signifie que même lorsque nous avons construit autour de nous des murs d'autosuffisance, Dieu peut encore ouvrir une porte. Même lorsque nous avons accumulé des richesses qui nous empêchent de donner, Dieu peut nous apprendre à partager. Même lorsque nous sommes enfermés dans notre orgueil, Dieu peut nous rendre pauvres de cœur. Le pape François disait très justement dans Evangelii gaudium : « L’argent doit servir et non gouverner ! » La question n'est donc peut-être pas : « Combien ai-je ? » Mais : « Est-ce que ce que j’ai me permet encore de recevoir, de donner et de suivre ? »
Et puis Pierre, comme souvent, intervient : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. Alors, qu’en sera-t-il pour nous ? » Même les disciples ont encore envie de connaître leur récompense ! Jésus ne les rabroue pas. Il leur promet une vie nouvelle, mais il termine par cette phrase étrange : « Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers. » Autrement dit : dans le Royaume, il n'y a plus de podium. Il n'y a plus ceux qui ont réussi et ceux qui ont échoué. Il y a des hommes et des femmes qui ont découvert qu'ils ne pouvaient pas se sauver eux-mêmes et qui ont simplement accepté de recevoir.
Alors, ce matin, nous sommes invités à découvrir que le Royaume commence précisément là : au moment où nos mains cessent de s’agripper et commencent enfin à s’ouvrir. Amen.
Pour ceux qui possèdent beaucoupet pour ceux à qui tout manque : que nul ne soit prisonnier de ses richesses, et que nul ne soit oublié à la table du partage.
Pour ceux qui se croient arrivés, et pour ceux qui n'espèrent plus : ouvre dans leurs nuits un chemin, et dans leurs mains ferméesune source nouvelle.
Pour ceux qui portent le poids de leurs échecs : qu'ils découvrent que ta grâce commence souvent là où nos propres forces s'arrêtent.
Pour notre communauté : apprends-nous à recevoir avant de posséder, à partager avant d'accumuler, à suivre avant de vouloir diriger ; et fais de nos pauvretés mêmes des lieux où ta puissance puisse demeurer.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Commentaires
Enregistrer un commentaire