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Mercredi de la 20ème semaine du Temps de l'Eglise 

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !


 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.” Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.” Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.” Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !” Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Il y a des Évangiles qui passent assez facilement. Et puis il y a ceux qui, à première lecture, donnent envie de convoquer immédiatement les syndicats et quelques représentants du personnel ! « Les derniers arrivés ont reçu autant que ceux qui ont travaillé toute la journée ! » Avouons-le : si une entreprise fonctionnait comme cela, il y aurait probablement quelques explications musclées à la sortie du bureau… Et pourtant, Jésus ne nous parle pas ici d’une politique salariale. Il nous parle de Dieu. Et il nous parle surtout de notre manière de regarder les autres.

Premier point : un Dieu qui ne veut laisser personne au bord du chemin. La première lecture d’Ézéchiel nous présentait des pasteurs qui se nourrissent eux-mêmes au lieu de prendre soin du troupeau. Dieu leur reproche de ne pas avoir fortifié les brebis faibles, soigné les malades, ramené les égarées. Et voilà que, dans l’Évangile, nous retrouvons des hommes qui sont encore là, sur la place publique, à la fin de la journée : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Ils répondent simplement : « Parce que personne ne nous a embauchés. » Ce sont les invisibles. Ceux que personne n’a choisis. Ceux qui arrivent toujours trop tard. Ceux qui n’ont pas eu les mêmes chances que les autres. Et le maître de la vigne va les chercher. C'est peut-être la première bonne nouvelle de cette parabole : Dieu ne considère personne comme inutile. Nous avons parfois tendance à mesurer les personnes à leur rendement : ce qu’elles produisent, ce qu’elles rapportent, leur efficacité, leur réussite, leur place dans la société. Dieu, lui, voit autrement. Il voit celui qui attend encore sur la place. Il voit celui qui n'a pas trouvé sa place. Il voit celui qui a raté son départ. Il voit celui qui est arrivé tard dans la vie. Et il lui dit encore : « Viens travailler à ma vigne. »
Car la vigne de Dieu, c’est ce monde qu’il nous confie. Nous ne sommes pas simplement des consommateurs ou des spectateurs de la création. Depuis le récit de la Genèse, l’être humain est appelé à prendre part à l’œuvre de Dieu, à cultiver, à garder, à faire fructifier. Mais attention : notre valeur ne dépend pas de la quantité de travail que nous avons accomplie. Voilà déjà quelque chose que notre société a parfois du mal à entendre.

Deuxième point : ce ne sont pas les premiers ouvriers qui souffrent d’une injustice ; c’est leur regard sur les derniers qui les rend malheureux. Imaginons que les ouvriers de la dernière heure ne soient jamais venus. Les premiers seraient repartis heureux. Ils auraient reçu le salaire convenu. Ils auraient eu leur journée de travail. Tout aurait été parfaitement normal. Mais ils voient les autres recevoir la même somme. Et tout bascule. « Tu les traites comme nous ! » C'est là que la jalousie entre dans la vigne. Et cette jalousie est redoutable parce qu’elle transforme le bonheur de l’autre en injustice faite à moi. Je peux être parfaitement heureux de ce que Dieu m’a donné… jusqu’au jour où je découvre qu’il a donné quelque chose à quelqu’un d’autre. C’est déjà le drame de Caïn et Abel. Caïn n’a pas seulement un problème avec ce qu’il a reçu. Il a un problème avec ce qu’Abel reçoit. Et nous connaissons tous cette tentation. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Pourquoi est-il encore là ? Pourquoi a-t-elle cette chance ? Pourquoi lui a-t-on pardonné ? Pourquoi cette personne, qui n’a pas fait autant d’efforts que moi, reçoit-elle autant ? Nous comparons, nous calculons, nous comptons. Et, à force de compter ce que les autres reçoivent, nous finissons par ne plus voir ce que nous avons reçu. Peut-être est-ce précisément cela que Jésus veut nous faire comprendre : le Royaume de Dieu n’est pas un concours. Il n’y a pas de classement dans l’amour de Dieu. Il n’y a pas les premiers et les seconds. Il n’y a pas ceux qui méritent davantage d’être aimés. Dieu ne distribue pas son amour comme une prime au rendement.

Troisième point : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? » Cette phrase du maître de la vigne nous ramène très loin, jusqu’au jardin d’Éden. Depuis toujours, nous rêvons de devenir ceux qui décident à la place de Dieu, ceux qui savent ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, ceux qui pourraient finalement lui expliquer comment il devrait aimer. « Ce n’est pas juste, Seigneur ! » Et Dieu nous répond peut-être : « Est-ce à toi de décider de la mesure de mon amour ? » Nous voudrions que Dieu soit équitable selon nos critères. Lui est miséricordieux selon les siens. Nous pensons en termes de mérite. Lui pense en termes de grâce. Nous calculons les heures de travail. Lui regarde les visages. Nous regardons la performance. Lui regarde la personne. Nous regardons ceux qui sont arrivés les premiers. Lui va chercher ceux qui sont encore sur la place.

Et c’est pourquoi cette parabole rejoint tellement bien la parole d’Ézékiel : Dieu ne veut pas être le Dieu de ceux qui sont déjà installés ; il va à la recherche de ceux qui sont perdus, blessés, faibles ou laissés de côté. L’Évangile nous révèle un Dieu qui ne cesse de sortir de sa maison pour aller chercher ceux qui attendent encore. Et peut-être que, finalement, la grâce que Dieu nous demande aujourd’hui n’est pas seulement d’accepter que les derniers reçoivent autant que nous. C’est de nous réjouir qu’ils aient enfin été trouvés. Amen.


Pour l’Églisepour qu’elle demeure une vigne ouverte, où nul ne soit laissé au bord du chemin, où les faibles trouvent un abri, les blessés une guérison et les égarés un chemin de retour.

Pour ceux qui cherchent un travail, pour ceux qui connaissent la précarité, l’exclusion ou le découragement, pour ceux qui se sentent inutiles ou oubliés, que des portes s’ouvrent devant eux et que des visages sachent les accueillir.

Pour ceux qui ont reçu beaucoup, pour qu’ils ne ferment pas leur cœur à ceux qui arrivent après eux ; que la jalousie ne dessèche pas leur joie et que la réussite des autres devienne pour eux une occasion de rendre grâce.

Pour notre communauté, que nous sachions reconnaître aujourd’hui celui qui attend encore sur la place, celui que personne ne remarque, celui qui espère une parole, un geste, une main tendue ; fais de nous des ouvriers de ta vigne, non pour compter nos mérites, mais pour faire grandir ton Royaume.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...


Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, ne compare pas : remercie et accueille. Choisis une personne que tu regardes habituellement avec indifférence, distance ou comparaison : un collègue, un voisin, quelqu’un de la communauté, une personne âgée, un jeune, quelqu’un que tu croises régulièrement. Et fais quelque chose de très simple : va vers elle, appelle-la par son prénom et prends réellement le temps de lui demander comment elle va.

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