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Saint Augustin

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !
 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes :les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile.  Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.” Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.” Les prévoyantes leur répondirent : “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.” Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Il y a des gens qui ont toujours une batterie de secours dans leur sac, une batterie pour le téléphone, une batterie pour la batterie… Et puis il y a ceux qui découvrent, au moment où ils en ont besoin, qu’ils sont à 2 % ! L’Évangile nous parle justement d’une réserve que l’on ne peut pas emprunter au dernier moment :  l’huile des lampes.

Dix jeunes filles attendent l’époux. Toutes ont une lampe. Toutes s’endorment. Même les sages dorment ! Jésus ne reproche donc pas aux unes d’avoir dormi. La différence apparaît lorsque retentit ce cri : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! » Les unes ont de l’huile en réserve. Les autres n’en ont pas. Qu’est-ce donc que cette huile ? Saint Augustin, qui connaissait bien ce texte, y voit un signe de la charité. Dans un sermon consacré précisément aux dix vierges, il explique que les lampes des unes et des autres peuvent brûler, mais que seule l’huile intérieure permet à la lumière de durer.

Voilà qui rejoint admirablement la première lecture. Paul annonce quelque chose qui paraît presque scandaleux : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, il est puissance de Dieu. » La sagesse chrétienne n’est donc pas d’abord une accumulation de connaissances. Elle est une lumière qui vient d’ailleurs. Augustin, lui, avait beaucoup appris. Il avait étudié, enseigné, cherché, discuté. Il possédait l’intelligence, la culture, la réussite. Et pourtant quelque chose manquait. Il découvrira progressivement que l’on peut savoir énormément de choses sur Dieu sans encore se laisser rejoindre par Dieu.

C’est là que les deux lectures se rencontrent. On peut avoir une lampe, sans avoir assez d’huile. On peut avoir des connaissances religieuses, des habitudes, des prières, des souvenirs de catéchisme, des certitudes même… et manquer de cette huile intérieure qui s’appelle la foi vivante, la charité, le désir de Dieu. C’est pourquoi la phrase d’Augustin au début des Confessions demeure si forte : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. » Ce cœur inquiet, Augustin n’a pas cherché à l’anesthésier. Il l’a laissé chercher. Et c’est peut-être précisément ce que nous avons à apprendre de lui.

Nous vivons dans un monde qui nous propose mille manières de calmer nos inquiétudes : acheter, consommer, nous distraire, remplir nos agendas, regarder nos écrans… Tout plutôt que de demeurer un instant avec cette question qui habite le fond de nous-mêmes : « Qu’est-ce que je cherche vraiment ? » Les vierges sages ne savent pas quand l’époux viendra. Elles savent seulement qu’il viendra. Nous non plus, nous ne savons pas quand Dieu nous visitera, sous quelle forme, par quel visage, à travers quelle parole. Mais nous pouvons garder notre lampe allumée. La vigilance chrétienne n’est donc pas la peur de manquer le rendez-vous. C’est le désir de ne pas passer à côté de Dieu lorsqu’il vient.

Et peut-être que, pour cette mémoire de saint Augustin, notre prière pourrait être simplement celle-ci : Seigneur, garde en nous un cœur qui cherche. Ne nous laisse pas devenir tellement habitués à toi que nous ne sachions plus t’attendre.
Et lorsque l’Époux viendra, fais que notre lampe soit encore allumée.

Pour ton Église, Seigneur, veilleuse au milieu de la nuit des hommes : que sa lampe ne s’éteigne jamais, mais que l’huile de la charité nourrisse sa flamme et la rende lumière pour ceux qui cherchent.

Pour ceux qui cherchent sans savoir encore ce qu’ils cherchent : pour les cœurs inquiets, les esprits en quête de vérité, ceux qui se sont éloignés de toute foi ; que ton Esprit fasse lever en eux une lumière qu’aucune nuit ne pourra éteindre.

Pour ceux qui traversent la nuit : malades, prisonniers, exilés, endeuillés, pour ceux qui attendent depuis si longtemps qu’ils n’osent plus espérer ; que se lève pour eux l’étoile de ta présence.

Pour chacun de nous : garde en nos cœurs une veille secrète ; que nos lampes ne brûlent pas seulement devant les hommes, mais que l’huile de la charité demeure au plus profond de nous.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, prenons dix minutes sans téléphone, sans musique, sans écran et sans rien faire d’autre. Asseyons-nous simplement devant Dieu et demandons-nous : « Seigneur, qu’est-ce que je cherche vraiment aujourd’hui ? » Ne cherchons pas nécessairement une réponse. Demeurons avec la question. Puis, avant de reprendre votre journée, disons  simplement : « Seigneur, garde en moi le désir de toi. »

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