Saint Jean-Marie Vianney
Il existe aujourd'hui des montres qui mesurent presque tout : le nombre de pas, les battements du cœur, la qualité du sommeil, parfois même le niveau de stress. À ce rythme-là, il ne manque plus qu'une application qui mesurerait la qualité de notre charité ! Mais justement... ce n'est pas mesurable. Le plus important dans une vie échappe toujours aux statistiques. On peut avoir un cœur en parfaite santé selon son cardiologue... et un cœur desséché selon l'Évangile. Les pharisiens, eux, s'intéressent aux mains. Pourquoi les disciples ne se lavent-ils pas les mains selon la tradition ? Jésus, lui, parle immédiatement du cœur. Il déplace la question. Le vrai danger n'est pas une poussière sur les doigts. Le vrai danger est une poussière qui finit par recouvrir le cœur. À force de gestes répétés sans amour, même la religion peut devenir une habitude vide. Les rites sont précieux ; ils sont comme les berges d'un fleuve. Mais des berges sans eau, comme dans ces temps de canicule, ne désaltèrent personne.
La première lecture semble d'abord bien pessimiste. « Ta blessure est incurable. » Qui n'a jamais entendu une phrase semblable ? « Il est comme cela, c'est trop tard, il n'y a plus rien à faire. » Mais Dieu ajoute aussitôt : « Voici que je vais restaurer les tentes de Jacob, pour ses demeures j’aurai de la compassion ; la ville sera rebâtie sur ses ruines » Voilà toute la différence entre notre regard et celui de Dieu. Nous déclarons facilement certaines situations désespérées. Dieu, lui, ne renonce jamais à reconstruire.
Saint Jean-Marie Vianney en est une magnifique illustration. À ses débuts, beaucoup pensaient qu'il ne ferait jamais un bon prêtre. Ses études étaient laborieuses. Le latin lui résistait. Rien ne semblait le désigner à une mission exceptionnelle. Et pourtant... Parce qu'il avait laissé Dieu façonner son cœur, des milliers de personnes venaient jusqu'à Ars. Non pour admirer un grand intellectuel. Mais pour rencontrer un homme transparent à la miséricorde de Dieu. Le pape Benoît XVI écrivait à son sujet : « Le Curé d'Ars était pleinement conscient que ce n'était pas lui qui convertissait les cœurs, mais Dieu seul. » Il ne cherchait pas à impressionner. Il cherchait simplement à laisser Dieu agir. Il disait lui-même cette phrase : « Le sacerdoce, c'est l'amour du Cœur de Jésus. »
Je crois que cette phrase ne concerne pas seulement les prêtres. Toute vie chrétienne consiste à apprendre peu à peu à aimer avec le Cœur du Christ. Voilà pourquoi Jésus parle aujourd'hui du cœur. C'est là que commence le Royaume. Alors peut-être que notre conversion ne consiste pas d'abord à multiplier les pratiques. Mais à demander chaque matin : « Seigneur, garde mon cœur vivant. » Un cœur qui ne juge pas trop vite. Un cœur qui pardonne. Un cœur qui écoute. Un cœur qui se laisse encore toucher. Le reste viendra presque naturellement. Comme un arbre vivant porte du fruit sans avoir besoin d'y penser. Amen.
Dieu fidèle, répands ton Esprit sur les pasteurs de ton peuple. Qu'à l'exemple de saint Jean-Marie Vianney, ils soient des veilleurs dans la nuit, des artisans de réconciliation et des témoins de la tendresse du Christ.
Dieu de toute consolation, penche-toi sur ceux dont les blessures semblent sans remède : les malades, les personnes éprouvées, les victimes de la violence, ceux qui ont perdu l'espérance. Fais jaillir pour eux une aurore de guérison.
Dieu qui scrutes les cœurs, enlève de nos vies tout ce qui ferme à l'amour. Fais de notre communauté une terre humble et féconde où chacun puisse grandir dans la vérité et la paix.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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