Sainte Cécile

Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Amen, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si ce mauvais serviteur se dit en lui-même : “Mon maître tarde”, et s’il se met à frapper ses compagnons, s’il mange et boit avec les ivrognes, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des hypocrites ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
Il y a une chose que nous faisons à longueur de journées : attendre. Attendre un train, un résultat, un coup de téléphone… Et plus les années passent, plus certaines attentes prennent une autre dimension. On attend parfois qu’une personne change, qu’une blessure se referme, qu’un enfant trouve son chemin… Sainte Monique a attendu. Elle a attendu longtemps pour son fils Augustin. Elle a prié, pleuré, espéré. Et elle aurait pu se décourager. Mais elle a continué de veiller. C’est pourquoi sa mémoire trouve aujourd’hui un écho particulièrement beau dans l’Évangile : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. » Veiller c’est parfois simplement ne pas cesser d’aimer quand on ne voit encore aucun résultat.
Et c’est exactement ce que nous dit aussi saint Paul dans la première lecture. Il commence sa lettre aux Corinthiens par une action de grâce : « e ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus. » C’est étonnant, car nous savons que cette communauté de Corinthe connaît bien des difficultés. Pourtant Paul choisit de regarder d’abord ce que Dieu fait pousser.Sainte Monique aurait pu ne voir en Augustin qu’un fils qui s’égare. Elle a choisi de continuer à croire que Dieu travaillait en lui, même lorsqu’elle ne pouvait pas encore le voir. Voilà peut-être une vraie définition de l’espérance chrétienne : croire à l’œuvre de Dieu dans quelqu’un avant même d’en voir les fruits.
Le psaume nous fait chanter : « Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. » Chaque jour. C’est le secret de Monique : non pas une prière spectaculaire, mais une fidélité quotidienne. Elle n’a pas obtenu immédiatement ce qu’elle demandait. Mais elle a continué à tenir sa lampe allumée. Et Jésus nous parle justement d’un serviteur qui doit rester fidèle à sa tâche pendant l’absence du maître. Nous aimerions parfois savoir quand Dieu va agir. Nous voudrions connaître le calendrier de la grâce : « Seigneur, combien de temps encore ? » Dieu ne nous donne pas le calendrier. Il nous donne aujourd’hui. Aujourd’hui pour aimer. Aujourd’hui pour prier. Aujourd’hui pour pardonner. Aujourd’hui pour prendre soin de ceux qui nous sont confiés. Et parfois, aujourd’hui signifie simplement continuer à espérer.
Saint Augustin, que nous fêterons demain, écrira plus tard, en parlant de sa mère, qu’elle avait « pleuré pour lui plus qu'une mère ne pleure la mort corporelle d'un fils ». Cette parole des Confessions dit quelque chose de la profondeur de son amour. Mais son histoire nous rappelle aussi quelque chose de très beau : nous ne sommes pas les sauveurs de ceux que nous aimons. Monique a prié pour Augustin. Elle l’a aimé. Elle l’a accompagné. Mais c’est Dieu qui a fait son chemin en lui. Fameuse conversion : apprendre à confier à Dieu ceux que nous voudrions tellement changer. Veiller, ce n’est pas retenir. C’est parfois aimer assez pour remettre l’autre entre les mains de Dieu. Alors gardons nos lampes allumées. Pour que, lorsque Dieu viendra, il trouve en nous une lumière qui n’a pas cessé d’espérer.
Pour ton Église, Seigneur : qu’elle demeure éveillée au souffle de ton Esprit ; qu’elle sache reconnaître les semences de ta grâce dans le cœur des hommes et devenir pour le monde une maison ouverte.
Pour ceux qui veillent dans la nuit : les malades auprès de leur lit, les parents auprès d’un enfant, ceux qui gardent une ville, un pays, une frontière ; soutiens leurs mains fatiguées et fais lever sur eux ta lumière.
Pour ceux qui attendent : ceux qui espèrent une réponse, un travail, une guérison, une réconciliation, ceux dont le cœur veille depuis longtemps ; que leur attente ne soit pas vaine et que ton Royaume se lève à leur horizon.
Pour nous qui sommes ici : ouvre nos yeux aux visites discrètes de ta grâce ; apprends-nous à reconnaître, au milieu de nos jours ordinaires, les visages où tu viens, les appels où tu nous attends, les occasions où ton amour frappe à notre porte.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...
Aujourd'hui, choisissez une personne pour laquelle vous vous inquiétez ou dont vous attendez un changement. Au lieu de lui donner un conseil, de lui faire une remarque ou de chercher à intervenir, prenez cinq minutes de prière silencieuse pour elle. Et dites simplement : « Seigneur, je te la confie. Je ne peux pas faire son chemin à sa place. Mais je peux continuer à l’aimer. Fais en elle ce que moi je ne peux pas faire. »
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