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Sainte Claire


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !


 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.

Chez saint Jean, il y a un verbe qui revient très souvent : « Demeurer ». On pourrait croire qu'il ne se passe rien quand on demeure quelque part. On bouge, on voyage, on entreprend, on construit, on change… cela, au moins, donne l'impression que quelque chose se passe. Et pourtant, dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus répète le mot comme une invitation insistante : « Demeurez en moi. » Et si nous fêtions sainte Claire aujourd'hui précisément pour nous rappeler que demeurer peut être une extraordinaire manière d'avancer ?

Claire aurait pu avoir une vie tout autre. Elle appartenait à une famille noble d'Assise. Elle avait devant elle les perspectives que sa condition sociale lui ouvrait. Et puis elle rencontre François. Elle découvre le Christ. Et quelque chose se passe. Elle ne cherche plus à posséder davantage. Elle ne cherche même plus à devenir quelqu'un. Elle cherche simplement à demeurer avec le Christ. Elle va demeurer à Saint-Damien. Et elle y restera plus de quarante ans. Vu de l'extérieur, on pourrait presque dire : « Elle n'a pas beaucoup bougé ! » Et pourtant, quelle extraordinaire fécondité ! Des générations de femmes vont trouver dans cette petite communauté de Saint-Damien un chemin vers Dieu.

C'est là que la première lecture devient étonnante. Dieu dit par le prophète Osée : « Je vais la conduire au désert et parler à son cœur. » Le désert. Un lieu où il n'y a rien. Ou presque. Et c'est précisément là que Dieu parle. Parce qu'il y a peut-être dans nos vies une chose très difficile : faire assez de silence pour entendre ce qui compte vraiment.

Claire découvre le désert. Non pas nécessairement un désert géographique. Mais un espace intérieur où Dieu peut enfin parler au cœur. Et Dieu dit : « Je te fiancerai à moi pour toujours. » Voilà le secret de Claire. Sa pauvreté n'est pas d'abord une privation. Elle est une histoire d'amour. Elle ne renonce pas à beaucoup de choses pour avoir moins. Elle renonce à beaucoup de choses parce qu'elle a découvert quelqu'un. C'est très différent. On peut renoncer par peur ou par obligation, mais on peut aussi renoncer parce qu'on a trouvé quelque chose de tellement beau que le reste devient secondaire. C'est le langage même des amoureux. Quand on a trouvé celui ou celle que l'on aime, on ne dit pas : « Quelle terrible privation de ne plus être disponible pour tout le monde ! » On dit simplement : « J'ai trouvé. »

Et voilà pourquoi l'Évangile de Jean est si beau aujourd'hui : « Demeurez en moi, comme moi en vous. » Le sarment ne produit pas du raisin en faisant des efforts extraordinaires. Il porte du fruit parce qu'il demeure attaché à la vigne. C'est peut-être une des grandes tentations de notre vie : travailler pour Dieu, mais sans Dieu. Le secret du fruit n'est donc pas d'abord dans notre activité. Il est dans notre union au Christ.
Nous voudrions parfois changer de vie. Et c'est très bien. Mais Dieu nous demande parfois quelque chose de beaucoup plus simple : demeurer là où nous sommes, mais autrement. Demeurer dans notre famille, mais avec un regard nouveau. Demeurer auprès d'une personne malade, sans pouvoir la guérir. Demeurer fidèle dans une épreuve qui dure. Demeurer dans la prière alors que nous ne ressentons rien. Demeurer auprès de quelqu'un qui nous fatigue. Demeurer dans l'Église, même lorsque nous sommes déçus. Demeurer.

Il y a une très belle phrase de sainte Claire dans sa première lettre à Agnès de Prague : « Aime de tout ton cœur celui qui s'est donné tout entier pour ton amour. » Tout est là. Claire n'est pas fascinée par une idée. Elle est saisie par quelqu'un. Et celui qui aime le Christ peut alors demeurer.

Alors peut-être que la fête de sainte Claire nous pose aujourd'hui une question très simple : À quoi suis-je attaché ? Qu'est-ce qui me donne réellement ma sève ?

Pour ton Église, vigne du Père, que ses sarments demeurent unis au Christ et que sa sève circule jusqu'aux terres les plus pauvres.

Pour celles et ceux qui vivent dans le désert : désert de la solitude, de la maladie, du deuil ou du doute ; que ta voix leur parle au cœur
et que jamais ils ne se croient abandonnés.

Pour les consacrés et les contemplatifs, pour les monastères et les communautés cachées : que leur silence soit une lampe allumée pour un monde qui cherche son chemin dans le bruit.

Pour les pauvres, les petits et les oubliés : que nous sachions reconnaître en eux le visage du Christ pauvre, et que notre pauvreté de cœur ouvre entre nous des chemins de fraternité.

Pour notre communauté : apprends-nous à demeurer les uns auprès des autres, dans les jours de joie comme dans les jours d'épreuve ;
que notre fidélité discrète devienne une demeure où ton amour puisse habiter.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, prenons dix minutes sans téléphone, sans radio, sans télévision, sans rien faire d'autre, simplement devant le Seigneur. Pas nécessairement pour « réussir » une belle prière. Simplement rester là. Et lorsque les distractions arrivent, ne cherchez pas à les combattre : revenons doucement à cette seule parole : « Demeurez en moi, comme moi en vous. » C'est une action minuscule. Mais elle est profondément clarienne : ne rien produire, ne rien posséder, ne rien prouver… simplement demeurer. Et peut-être découvrirez-vous que, dans ce petit silence, quelqu'un était déjà là.

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