Transfiguration de Jésus
Vous partez faire une balade avec des amis. On arrive au sommet d'une montagne, devant un panorama magnifique, et aussitôt quelqu'un dit : « Attendez ! Ne bougez plus ! Une photo ! » Comme si nous avions peur que ce moment nous échappe. Alors nous photographons le paysage... parfois sans même le regarder.
Pierre, lui aussi, veut retenir l'instant. « Seigneur, il est bon que nous soyons ici. Dressons trois tentes... » Autrement dit : « Restons. Ne redescendons plus. » Il y a des instants dans une vie que l'on voudrait voir durer toujours : une naissance, une rencontre, une guérison, un coucher de soleil... ou une profonde expérience de Dieu. Mais l'Évangile nous apprend une chose essentielle : on ne construit jamais sa demeure sur le Thabor. Le disciple finit toujours par redescendre dans la vallée.
Pourquoi Jésus emmène-t-il Pierre, Jacques et Jean sur cette montagne ? Certainement pas pour leur offrir une parenthèse agréable. Il les prépare. Quelques jours plus tard, ces trois mêmes disciples seront avec lui sur une autre montagne, celle du Golgotha, puis dans un autre jardin, celui de Gethsémani. Ils auront besoin de se souvenir de cette lumière lorsqu'ils ne verront plus que l'obscurité. La Transfiguration n'efface pas la Croix. Elle lui donne un sens.
Comme l'écrivait saint Léon le Grand dans un sermon pour cette fête : « Le Seigneur manifesta sa gloire devant des témoins choisis afin que le scandale de la Croix ne trouble pas le cœur de ses disciples. » Voilà pourquoi cette fête est si importante. Elle nous apprend que la lumière de Dieu précède toujours les nuits que nous traversons.
La première lecture nous ouvre encore davantage le regard. Daniel contemple le Fils de l'homme venant sur les nuées. Son règne ne passera pas. L'évangile nous montre que ce Roi éternel est... un homme dont le visage resplendit. La gloire de Dieu possède désormais un visage humain. C'est peut-être l'une des plus grandes nouveautés du christianisme. Dieu ne se révèle pas d'abord dans la puissance. Il se révèle dans le visage de Jésus. Pierre ne rencontre pas une lumière. Il rencontre Quelqu'un. La lumière n'est que le rayonnement de cette rencontre.
Et puis survient cette nuée. Dans la Bible, la nuée n'est jamais un brouillard qui cache Dieu. Elle est le signe d'une présence trop lumineuse pour nos yeux. Et une voix retentit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé... Écoutez-le. » Remarquons bien. Elle ne dit pas : Admirez-le. Étudiez-le. Discutez-le. Elle dit : Ecoutez-le. Toute la vie chrétienne tient peut-être dans ce seul verbe. Nous passons beaucoup de temps à parler à Dieu. Lui voudrait parfois simplement que nous apprenions à l'écouter.
À la fin du récit, Jésus touche ses disciples. Ce détail est bouleversant. Avant de leur parler, il les touche. Comme toujours dans l'Évangile. Dieu commence par relever. Ensuite seulement il envoie. Et les premiers mots de Jésus sont : « Relevez-vous. N'ayez pas peur. » Voilà peut-être la véritable Transfiguration. Non pas un visage devenu lumineux. Mais un homme relevé de sa peur. Car lorsque la peur disparaît, la lumière peut enfin passer. Le miracle du Thabor n'est pas que Jésus devienne lumineux ; c'est que, pendant quelques instants, les disciples voient enfin la lumière qui était là depuis toujours.
Dieu fidèle, soutiens ceux qui gouvernent les nations. Là où grandissent les murs de la peur et de l'exclusion, fais lever des artisans de rencontre, afin que les peuples apprennent à se reconnaître frères.
Dieu de toute tendresse, tourne ton regard vers ceux dont la prière semble se perdre dans le silence : les malades, les personnes éprouvées, les parents inquiets pour leurs enfants, ceux qui ne voient plus d'issue. Que ton espérance devienne leur lumière.
Dieu de miséricorde, fais de notre communauté une terre où la foi persévère, même dans la nuit, où chacun accueille l'étranger comme un frère, et où les miettes de notre partage deviennent pain pour les plus pauvres.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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