Fini ...
Il y a des cadeaux qu’on reçoit et qu’on range quelque part. Une jolie boîte, un souvenir de vacances… et puis, au bout de quelques mois, on ne sait plus très bien où on l’a mis ! Il ne faudrait surtout pas que cela arrive avec la paix reçue pendant ces jours à Banneux. Car Jésus nous dit aujourd’hui quelque chose de très étonnant : « Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix. » Remarquons bien : Jésus ne dit pas « je vous souhaite la paix ». Il dit : « Je vous donne ma paix. » La paix chrétienne n’est donc pas seulement une belle idée. C’est un cadeau que le Christ dépose dans notre cœur. Mais quel cadeau !
Parce que Jésus ajoute aussitôt : « Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. » La paix du Christ ne signifie pas que tout va soudain devenir facile. Les malades parmi nous le savent bien. Une maladie ne disparaît pas simplement parce que nous avons prié. Une inquiétude ne s’efface pas toujours en quelques heures. Une guerre ne s’arrête pas parce que nous avons allumé un cierge. Alors, qu’est-ce que Jésus nous donne ?
Il nous donne sa présence. Cette paix qui permet de dire : « Tout n’est pas réglé. Mais je ne suis pas seul. » Et saint Jacques nous donne aujourd’hui un excellent moyen de vérifier si cette paix habite vraiment en nous. Il ne parle pas de grands sentiments spirituels. Il parle de notre manière de vivre : la sagesse qui vient de Dieu est « pacifique, bienveillante, pleine de miséricorde ». Autrement dit : si j’ai reçu la paix du Christ, elle doit finir par se voir quelque part !
Dans ma manière de parler. Dans ma manière de répondre. Dans ma manière d’accueillir celui qui m’agace. Dans ma capacité à pardonner. Dans ma patience avec celui qui avance moins vite que moi. La paix reçue devient une paix donnée.
Et c’est ici que Marie entre dans notre célébration. Nous avons chanté son Magnificat. Marie n’est pas une femme enfermée dans une paix confortable. Elle vient d’apprendre quelque chose qui bouleverse toute sa vie. Et pourtant, elle se met en route. Elle va vers Élisabeth. Elle porte en elle Jésus, et elle porte déjà quelque chose de la paix de Dieu aux autres. C’est peut-être cela, Marie, Reine de la paix : celle qui ne garde jamais Jésus pour elle.
Léon XIV le disait lors d’une prière pour la paix : « La paix est un chemin et Dieu marche avec vous. » Et il demandait à Marie de nous apprendre à devenir des « pacificateurs ». Voilà ce que nous sommes appelés à faire en quittant Banneux. Nous avons reçu. Maintenant, il faut donner. Vous qui êtes malades, vous ne repartez peut-être pas avec une solution à toutes vos difficultés. Mais vous pouvez repartir avec cette certitude : le Christ marche avec vous. Vous qui avez accompagné, porté, poussé des fauteuils, préparé, servi, écouté, souri parfois alors que vous étiez fatigués : vous avez déjà été des artisans de paix. Et maintenant, chacun de nous est envoyé.
La paix que nous avons cherchée ici, il faudra la rapporter chez nous. Dans nos familles. Dans nos communautés. Dans nos lieux de vie. Et jusque dans les petites situations où nous avons parfois le don extraordinaire de compliquer ce qui pourrait être simple ! Marie, Reine de la paix, ne nous permet pas de repartir seulement avec un beau souvenir de Banneux. Conduis nos pas. Conduis-les vers celui que nous avons du mal à aimer. Vers celui qui souffre. Vers celui qui est seul. Vers celui avec qui nous devons faire la paix. Et surtout, conduis-nous vers Jésus.
Car la paix que nous cherchons n’est pas d’abord un lieu où nous arrivons. Elle a un visage. Elle a un nom. Elle s’appelle Jésus-Christ.
Alors, en repartant de Banneux, gardons cette parole comme une dernière parole pour notre Triduum : « Je vous donne ma paix. »
Et demandons à Marie, Reine de la paix : Marie, garde en nous la paix de ton Fils. Et fais de nous, à notre tour, des chemins de paix.
Pour les peuples meurtris par la guerre, pour les victimes de la violence, les familles séparées, les enfants qui grandissent dans la peur, et tous ceux qui espèrent encore un chemin de paix, nous te prions.
Pour les malades qui ont vécu ces jours à Banneux, afin qu’ils repartent avec la certitude que le Christ demeure près d’eux dans leurs fragilités, leurs inquiétudes et leurs combats, nous te prions.
Pour les bénévoles, les accompagnateurs, les familles et les soignants, afin que tout ce qu’ils ont donné ici continue à porter du fruit dans leur vie quotidienne, nous te prions.
Pour ceux qui repartent avec une blessure, une solitude ou un pardon à donner, afin que la paix reçue du Christ devienne en eux force de recommencement et chemin vers les autres, nous te prions.
Pour chacun de nous enfin, afin que nous ne gardions pas pour nous la paix reçue, mais que nous devenions, là où nous vivons, des artisans de paix, de douceur et de réconciliation, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...
Puis, dans les jours qui viennent, faites un geste concret de paix envers cette personne : un appel, un message, une visite, un pardon demandé, une parole qui encourage, ou simplement une écoute. La paix reçue à Banneux ne demande pas à être conservée. Elle demande à être transportée. Et peut-être que notre plus beau souvenir de Banneux sera alors non pas ce que nous y avons reçu, mais la paix que nous aurons ramenée avec nous.
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