Lundi de la 23ème semaine du Temps de l'Eglise
Depuis le Foyer de Charité de la Flatière toute cette semaine.
Il y a des silences qui sont beaucoup plus bruyants que les paroles. On peut rester assis sans rien dire… et avoir dans la tête une véritable réunion de conseil d’administration ou de conseil paroissial ! Cinq jours de silence peuvent donc paraître longs. Mais peut-être que le vrai défi ne sera pas de ne pas parler. Ce sera de réapprendre à regarder. Et donc commençons l’exercice spirituel. Regardons Jésus dans l’Évangile. Un homme a la main desséchée. Les scribes sont là. Mais ils ne regardent pas vraiment cet homme. Ils regardent Jésus. Ils cherchent à savoir s’il va respecter la règle. Et Jésus leur demande : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de la détruire ? » Puis il dit à l’homme : « Étends la main. » Et sa main redevient normale. Deux regards se rencontrent ici. Celui qui cherche à contrôler Dieu : « Voyons ce qu’il va faire. » Et celui qui accepte de se laisser surprendre par Dieu. C’est peut-être l’un des grands enjeux de notre retraite. Nous avons tous une certaine idée de Dieu. Une image reçue de notre enfance, de notre histoire, de nos blessures, de nos prières, de nos réussites et de nos échecs. Et parfois nous demandons à Dieu d’entrer dans cette image. Mais si c’était l’inverse ? Et si Dieu venait précisément élargir l’image que nous avons de lui ? Les femmes de la Bible vont nous accompagner pendant ces jours. Et elles seront peut-être pour nous des maîtresses inattendues de théologie. Un autre regard sur Dieu. Non pas un autre Dieu. Mais le même Dieu, enfin regardé autrement, à travers des femmes de toutes conditions, de toutes fois, de toutes vies. Il ne s’agira donc pas de s’attacher au femme, mais de voir, de découvrir, à travers elle, une autre facette de Dieu. Nous sommes donc invités durant cette semaine à l’inattendu de Dieu, à travers ces femmes, dans notre vie personnelle.
Saint Paul nous dit aujourd’hui quelque chose de rude : dans la communauté de Corinthe, il y a des divisions, des rivalités, des comportements qui contredisent l’Évangile. Et pourtant, Dieu ne cesse pas de travailler. Cela aussi peut nous rejoindre. Nous aimerions parfois que Dieu nous rencontre lorsque tout est bien rangé en nous. Mais l’Évangile nous montre un Dieu qui vient précisément là où quelque chose est desséché. Dans une main. Dans un cœur. Dans une relation. Dans une histoire. Dans un homme que tout le monde jugeait.
Le pape François, dans Evangelii Gaudium, relie à l’Incarnation et à la nécessité de mettre la Parole en pratique. Il écrivait : « La réalité est supérieure à l’idée. » Et cela vaut aussi pour notre relation à Dieu : Dieu est toujours plus grand que l’idée que nous nous faisons de lui. Alors peut-être que le silence qui commence aujourd’hui n'est pas un silence pour nous replier sur nous-mêmes. C'est un silence pour laisser Dieu nous surprendre.
Ne cherchons pas nécessairement à remplir ces cinq jours de belles pensées, de découvertes ou d'expériences spirituelles. Laissons plutôt Dieu nous regarder. Comme Jésus regarde cet homme à la main desséchée. Et peut-être qu’au bout du silence, nous découvrirons que ce n’est pas seulement nous qui avons changé notre regard sur Dieu. C’est peut-être Dieu qui aura changé notre regard sur nous-mêmes.
Alors, avant de parler, avant de comprendre, avant même de chercher… laissons-nous regarder par Dieu. Et peut-être qu’une main que nous pensions desséchée depuis longtemps commencera doucement à s’ouvrir.
Pour les femmes de toutes les générations, pour celles dont la parole est entendue et celles que personne n’écoute, pour celles qui portent la vie, la foi, la souffrance ou l’espérance : que leur histoire ouvre pour nous une fenêtre nouvelle sur ton visage,
Pour ceux dont la vie semble desséchée : main qui ne peut plus donner, cœur qui ne sait plus aimer, parole qui ne peut plus se dire, espérance qui semble morte : que ta parole leur redonne vie,
Pour nous qui entrons dans le silence, que nos bruits intérieurs s’apaisent, que tombent nos images trop étroites, et que nous découvrions, derrière nos attentes, le visage du Dieu vivant,
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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