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Saint Nom de Marie


 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ? Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à celui qui construit une maison. Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite. Mais celui qui a écouté et n’a pas mis en pratique ressemble à celui qui a construit sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est précipité sur elle, et aussitôt elle s’est effondrée ; la destruction de cette maison a été complète. »

Aussi bien pour l’arbre que pour la maison, il nous faut creuser, travailler, déblayer. C’est ce que nous faisons depuis lundi soir : faire de la place. Mardi, nous avons déposé devant le Seigneur nos fardeaux. Mercredi, nos santés, nos fragilités, nos limites. Jeudi, notre péché. Hier, nous avons renouvelé les promesses de notre baptême et demandé à Marie de nous faire vivre de ce baptême, d’y être fidèle.

Mais nous ne l’avons pas fait simplement pour faire du vide. Car nous avons horreur du vide. Et Dieu aussi, si je puis dire, a horreur du vide ! Le vide en nous n’est pas une fin. Il est une place. Une place pour que quelqu’un vienne l’habiter.
Alors nous comprenons mieux saint Paul. Puisqu’il y a désormais de la place en nous, il faut faire attention à ce que nous allons y mettre. Les Corinthiens mangeaient de la viande provenant des sacrifices offerts aux idoles. Paul leur dit en substance : Attention ! Vous ne pouvez pas entrer dans la communion avec le Christ et, en même temps, vous remettre à table avec les idoles.
« La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? »
Et Paul va encore plus loin : puisque le pain est un, nous sommes un seul corps.

Voilà donc ce qui doit remplir le vide : non pas n’importe quoi, mais une présence. Non pas une nouvelle occupation, mais une communion. Le Christ.

Hier, en renouvelant notre baptême, nous avons posé à nouveau les fondations. Et aujourd’hui Jésus nous parle de l’arbre et de la maison.
« Un bon arbre ne peut pas donner de mauvais fruits. »
Autrement dit : ce qui habite profondément en nous finit toujours par apparaître quelque part.
Nous pouvons avoir les plus belles paroles, les plus beaux engagements, les plus belles résolutions. Mais il suffit parfois d’un imprévu, d’une fatigue, d’une contrariété, d’une personne qui nous agace… et voilà que sort quelque chose que nous aurions préféré ne pas montrer ! C’est alors que nous découvrons ce qu’il y a réellement dans notre cœur.

Et Jésus ajoute cette autre image : la maison bâtie sur le roc. Il ne suffit pas d’écouter ses paroles. « Celui qui vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique… celui-là est comme un homme qui bâtit une maison. »
Écouter et mettre en pratique. Recevoir et vivre. Foi et charité.

Le danger, au terme d’une retraite, serait de croire que nous avons tout acquis. L’arbre est bien arrosé. Les fondations semblent solides. Nous avons prié, réfléchi, fait silence, déposé des choses. Et pourtant, nous savons bien que la vie va reprendre son cours. La canicule peut revenir. La tempête aussi. Une relation peut nous éprouver. Une mauvaise nouvelle peut surgir. Ce que nous pensions solidement établi peut soudain vaciller.
C’est précisément pour cela que Jésus ne nous dit pas seulement : « Écoutez mes paroles. » Il dit : « Mettez-les en pratique. » La foi n’est pas quelque chose que nous rangeons dans un tiroir après la retraite. Elle devient une manière de vivre.

Et cela rejoint merveilleusement la mémoire du Saint Nom de Marie. Marie n’a pas seulement entendu la Parole de Dieu. Elle l’a laissée prendre chair dans sa vie. Elle l’a portée, parfois sans comprendre, parfois dans la joie, parfois dans l’obscurité. Son « oui » n’est pas resté une belle parole : il est devenu une vie.

Le pape Léon XIV nous invitait récemment à « contempler le mystère de Dieu et de l’histoire avec le regard intérieur de Marie ». C’est peut-être ce que nous avons essayé de faire pendant ces cinq jours : apprendre à regarder Dieu autrement, pour apprendre aussi à regarder notre vie autrement.

Et dans 24 heures, il faut repartir. Le psaume nous indique très simplement comment : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? »
La réponse n’est pas d’abord une performance extraordinaire.
« J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. » La prière.
Puis : « J’accomplirai mes vœux envers le Seigneur. » La fidélité.
Et enfin, ce que nous avons découvert depuis le début : la communion. 
Car notre retraite n’aurait pas beaucoup de sens si nous repartions avec un regard plus clair sur Dieu mais avec le même regard sur nos frères.
Saint Jean nous le rappelle avec une grande rudesse : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu, qu’il ne voit pas. »
Alors peut-être que notre véritable « action de grâce » sera très simple.
Un pardon à commencer. Une parole à oser. Une personne à regarder autrement. Une prière à reprendre. Un geste de charité que nous savons devoir faire.

Nous n’avons pas à refaire notre vie demain matin. Mais nous pouvons repartir avec une décision très humble : laisser le Christ habiter la place que nous avons faite en nous.

Alors l’arbre pourra porter du fruit. La maison pourra traverser la tempête. Et peut-être découvrirons-nous que le silence de ces cinq jours ne s’achève pas vraiment aujourd’hui. Il continuera, quelque part en nous, comme une source cachée. Une place laissée à Dieu. Une place où sa Parole peut prendre racine. Une place d’où pourra naître, demain, un fruit que nous ne connaissons pas encore.


Pour l’Église, arbre planté au milieu du monde : que ses fruits soient ceux de l’Évangile, de la paix et de la miséricorde. Seigneur, fais porter du fruit à ton Église.

Pour ceux dont la vie semble desséchée, pour ceux qui ne trouvent plus de terre où prendre racine, pour les pauvres, les exilés, les oubliés : que quelqu’un vienne leur offrir un peu d’ombre et de repos. Seigneur, fais refleurir l’espérance.

Pour ceux qui portent en eux une maison fissurée : une blessure ancienne, une relation brisée, une foi devenue fragile. Que ton Esprit descende jusque dans leurs fondations. Seigneur, sois leur roc.

Pour toutes les femmes dont nous découvrons le visage dans l’Écriture, et pour celles dont la parole est encore ignorée aujourd’hui : que leur vie nous aide à découvrir ton visage autrement. Seigneur, ouvre nos yeux et notre cœur.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, s’asseoir simplement devant le Seigneur et regarder quelque chose de très ordinaire : une fenêtre, un arbre, une lumière, un mur, une croix. Puis répéter lentement : « Seigneur, qu’est-ce que je ne regarde plus parce que j’ai l’habitude de le voir ? Et qu’est-ce que tu voudrais m’apprendre à regarder autrement ? » Ne pas chercher de réponse. Laisser simplement la question faire son chemin.




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