Sainte Teresa de Calcutta
Il y a des gens qui ont un talent extraordinaire : ils arrivent toujours à voir ce qui ne va pas ! La nappe n’est pas parfaitement droite, quelqu’un n’a pas fait comme il fallait, telle chose n’est pas à sa place… Et pendant qu’ils remarquent tout cela, ils passent parfois à côté de l’essentiel. C’est un peu ce qui arrive aux Pharisiens dans l’Évangile. Les disciples ont faim. Ils arrachent quelques épis et les froissent entre leurs mains. Et les Pharisiens voient immédiatement le problème : c’est le sabbat !
Jésus, lui, voit autre chose. Il voit des hommes qui ont faim. Et il rappelle une vérité qui devrait être au cœur de toute vie chrétienne : Dieu n’a pas donné sa Loi pour enfermer l’homme, mais pour le faire vivre. Le sabbat est un don. Il est fait pour libérer l’homme, pour lui rappeler qu’il n’est pas une machine à produire, qu’il n’est pas défini par son travail, son rendement ou ses performances. Mais une règle qui devait conduire à Dieu peut devenir un écran entre Dieu et nous.
Saint Paul, dans la première lecture, emploie des mots étonnants pour parler de sa condition d’apôtre : « nous sommes pour ainsi dire l’ordure du monde, le rebut de l’humanité.» Il ne cherche pas à sauver les apparences. Il ne cherche pas à donner l’image d’un homme qui maîtrise tout. Il sait simplement qu’il appartient au Christ. Et c’est peut-être ce qui relie profondément Paul et Teresa de Calcutta. Mère Teresa répétait souvent qu'elle ne cherchait pas d'abord le succès, mais la fidélité à la mission qui lui avait été confiée Voilà une sainteté qui ne se mesure pas aux apparences. Elle ne consiste pas à réussir parfaitement sa vie chrétienne. Elle consiste à demeurer fidèle à l’amour, jusque dans les petites choses, jusque dans les journées où rien ne semble réussir. Teresa de Calcutta a passé sa vie à regarder là où beaucoup ne regardaient plus : le visage d’un pauvre, d’un mourant, d’un homme rejeté, d’une femme abandonnée. Elle aurait pu voir d’abord des situations difficiles, des problèmes sociaux, des personnes qui n’étaient plus « récupérables ». Elle a choisi de voir un visage.
Et c’est précisément là que l’Évangile devient très concret pour nous. Nous pouvons être très religieux et avoir parfois un regard qui enferme. Nous savons ce que les autres devraient faire. Nous avons parfois une opinion sur leur manière de vivre, de prier, d’éduquer leurs enfants, de participer à l’Église… Mais Jésus nous demande aujourd’hui : qu’est-ce que tu vois vraiment ? Vois-tu une personne, ou seulement son défaut ? Vois-tu une histoire, ou seulement une erreur ? Vois-tu quelqu’un qui cherche, ou seulement quelqu’un qui ne fait pas comme toi ?
« Le Fils de l’homme est maître du sabbat. » Autrement dit : le dernier mot appartient au Christ, et le dernier mot du Christ est l’amour.
Sainte Teresa de Calcutta n’a pas changé le monde en accomplissant des choses extraordinaires à chaque instant. Elle a changé des vies en permettant à des personnes de découvrir, dans son regard, qu’elles avaient encore une dignité, un nom, une place.
Pour ceux que le monde ne regarde plus : les pauvres sans voix, les malades oubliés,les vieillards isolés, les migrants sans terre, ceux qui dorment dans la rue et ceux qui souffrent en silence derrière une porte,
Pour ceux qui exercent une autorité, afin qu’ils sachent discerner au-delà des règlements, et qu’ils aient la sagesse de David qui sut reconnaître la faim de ses compagnons,
Pour notre communauté, que le Seigneur ouvre nos yeux comme il ouvrit les yeux de ses disciples, afin que nous ne passions jamais à côté d’un frère ou d’une sœur dont il nous confie aujourd’hui la rencontre,
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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