Saints Corneille et Cyprien
Nous connaissons tous des personnes difficiles à satisfaire. Vous leur proposez quelque chose : « Non, ce n’est pas comme ça. » Vous changez : « Ce n’est pas mieux. » Vous ne faites rien : « Alors là, vraiment, vous pourriez faire un effort ! » Jésus semble bien connaître ce genre de comportement : « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré. » Autrement dit : quand on ne veut pas accueillir, on trouve toujours une bonne raison de ne pas le faire.
Et c’est là que la première lecture devient étonnamment concrète. Saint Paul vient de parler de tous les dons qui existent dans l’Église : certains enseignent, d’autres servent, d’autres gouvernent, d’autres ont des charismes différents. Mais il ajoute aussitôt : « Je vais vous montrer une voie qui dépasse tout. » Et cette voie, c’est l’amour. Pas simplement le sentiment d’aimer. Pas l’affection spontanée pour les gens qui nous ressemblent. Paul parle d’un amour qui prend patience, rend service, ne jalouse pas, ne cherche pas son intérêt, ne tient pas compte du mal. On pourrait presque prendre chacun de ces verbes et se demander : comment cela se passe-t-il chez moi ?
Parce que l’amour chrétien commence précisément là où notre sympathie s’arrête.
J’aime facilement celui qui me comprend. Celui qui me remercie. Celui qui pense comme moi. Mais que devient mon amour quand quelqu’un m’agace ? Quand quelqu’un me contredit ? Quand quelqu’un ne correspond pas à ce que j’attendais ? C’est là que nous comprenons pourquoi l’Évangile parle de cette génération qui refuse Jean Baptiste parce qu’il est trop austère, puis refuse Jésus parce qu’il mange et boit. Le problème n’est pas Jean. Le problème n’est pas Jésus. Le problème est un cœur qui a décidé d’avance ce qu’il veut accepter. Et cela peut aussi nous arriver avec Dieu. Nous voudrions parfois un Dieu qui corresponde à nos attentes : assez proche pour nous consoler, mais pas trop exigeant ; assez miséricordieux pour nous pardonner, mais pas au point de nous demander de changer.
Saint Corneille et saint Cyprien ont vécu une Église traversée de tensions et de divisions. Pourtant, leur combat fut celui de la communion. Jean-Paul II soulignait qu’ils étaient « unis par un amour mutuel pour l’Église et par leur zèle pour l’unité de la foi ». Voilà peut-être leur message pour nous aujourd’hui : l’unité chrétienne ne consiste pas à être tous pareils. Elle consiste à apprendre à aimer au-delà de nos différences. Le pape François, commentant précisément ce texte de Paul, rappelait que cet amour « ne passera jamais ». Il demeure parce qu’il vient de Dieu et qu’il est plus fort que nos contradictions.
Alors peut-être que notre prière aujourd’hui n’est pas : « Seigneur, rends les autres plus faciles à aimer ! » Mais plutôt : « Seigneur, apprends-moi à aimer comme tu aimes. » À aimer quand je n’en ai pas spontanément envie. À patienter. À renoncer à avoir toujours raison. À ne pas réduire quelqu’un à son défaut ou à son caractère. Car à la fin, Paul nous dit quelque chose de vertigineux : les dons passeront, nos réussites passeront, même nos connaissances passeront. Ce qui restera, c’est l’amour. Et c’est peut-être le seul examen qui compte vraiment.
Pour ceux qui exercent une responsabilité dans l’Église et dans la société, afin qu’ils recherchent non leur intérêt personnel, mais le bien de ceux qui leur sont confiés, avec patience, humilité et esprit de service. Seigneur, nous te prions.
Pour nos communautés divisées, pour les familles où subsistent des tensions, pour ceux qui ne parviennent plus à se parler : que l’amour du Christ ouvre des chemins de réconciliation. Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous, afin que le Seigneur nous délivre de nos jugements trop rapides et nous apprenne à aimer ceux que nous avons parfois du mal à comprendre ou à accueillir. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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